Petite discussion autour du CELI

Le compte d'épargne libre d'impôt (CELI) fait son entrée cette année dans le paysage fiscal canadien. Cette nouveauté force à revoir les calculs, et dans un contexte où l'épargne est généralement limitée, à proposer les arbitrages entre REER, CELI et REEE (s'il y a un ou des enfants). La chronique de la semaine dernière se voulait une collaboration à cette réflexion. Elle a fait jaser.

Du strict point de vue fiscal, et dans le cas où un choix doit être fait, il a été souligné la semaine dernière que si le taux d'imposition est égal à l'entrée et à la sortie, on choisira indifféremment une cotisation au REER ou une contribution au CELI. Si, au moment du retrait, le taux d'imposition est moins élevé, le REER, qui est un régime d'étalement du revenu imposable, aura un avantage. À l'inverse, si le taux lors du retrait est plus élevé, le CELI l'emporte.

Cela dit, il a été proposé une façon de voir comment on pouvait optimiser une contribution de 10 000 $ partagée entre le REER et le CELI. Les calculs suivants ont été soumis.

- Scénario 1: Un investissement de 5000 $ par année, pendant dix ans, est fait dans un CELI, et un autre de 5000 $ est injecté dans le REER. L'économie d'impôt générée par le REER est réinvestie dans ce régime. Après dix ans, au taux annuel de 5 %, le capital-REER atteint 99 100 $ et celui du CELI, 66 034 $, pour un total de 165 134 $.

- Scénario 2: Si la totalité des 10 000 $ est injectée dans le REER et que le retour d'impôt de 5000 $ est dirigé vers un CELI, après dix ans, au taux annuel de 5 %, le capital-REER totalise 132 068 $ et celui du CELI reste à 66 034 $, pour un total de 198 102 $. La différence entre les deux stratégies est d'environ 33 000 $, favorisant une contribution maximale au REER (deuxième scénario).

Vu autrement, dans le premier scénario, la sortie de fonds totale est de 10 000 $ par année, mais le placement total est de 12 500 $. Dans le deuxième, la contribution est la même, soit 10 000 $ par année, mais le placement total est de 15 000 $.

Enfin, dans le cas d'un Régime enregistré d'épargne-étude, le fait qu'une contribution à ce régime soit accompagnée d'une subvention rend ce véhicule plus avantageux d'un point de vue économique. Toujours au taux d'intérêt de 5 %, un investissement de 2500 $ par année dans un CELI devient 33 017 $ après 10 ans. Il serait de 42 922 $ si les 2500 $, augmentés de la subvention gouvernementale (de 750 $), avaient été dirigés vers un REEE, dans les mêmes conditions.

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Cela étant, les réactions sont venues. En voici quelques-unes:

[...] Je suis d'accord avec vous sur le fait que, à rendement égal, le REER rapporte un plus gros montant, même sur un an, car le montant de base investi se retrouverait supérieur. Pardonnez-moi si je me trompe, mais vous semblez avoir oublié un élément. En effet, au bout de 10 ans, le REER aura atteint 132 068 $, et le CELI, 66 034 $. Par contre, ne faut-il pas aussi tenir compte du fait qu'une personne ayant cotisé au REER devra payer environ 47 000 $ d'impôt au moment du retrait, rapportant son investissement à 85 000 $ plutôt qu'à 132 068 $ et que donc, la différence au bout de dix ans, est de 20 000 $ entre le CELI et le REER.

Il faudrait aussi prendre en compte le fait qu'avec le vieillissement de la population, les taux d'imposition seront portés à augmenter et que donc la différence pourrait s'amenuiser de la sorte. De plus, le 47 000 $ est basé, avec approximations en arrondissant et en ne tenant compte que des crédits d'impôt de base, sur le fait que le REER serait l'unique source de revenus de l'épargnant, mais si on utilise la méthode la plus fréquemment utilisée en fiscalité pour faire ce change de comparaison, c'est-à-dire en utilisant le taux d'imposition marginal le plus élevé (l'épargnant a d'autres sources de revenus au moment du retrait, lui faisant atteindre le taux d'imposition le plus élevé), le montant d'impôt serait plutôt de 70 000 $, et donc, l'investissement net descendrait à 62 000 $ et l'épargnant se mordrait les doigts de ne pas avoir plutôt opté pour le CELI.

J'en suis encore à décortiquer personnellement les options CELI et REER, et c'est la conclusion à laquelle je suis arrivé.

Alexandre C., étudiant en comptabilité

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Les scénarios de votre chronique du samedi 17 janvier ne sont pas tout à fait comparatifs. Mentionnons tout d'abord que si on considère la valeur après impôt des placements, l'écart n'est plus que de 16 509 $ (132 068 $ moins 115 559 $) au lieu de 33 000 $. Cet écart provient uniquement du fait que l'on ne considère pas l'économie d'impôt supplémentaire associée au réinvestissement du 2500 $ dans le REER dans le second scénario.

D'ailleurs, si l'on réinvestissait le 2500 $ dans le CELI au lieu du REER, on arriverait aux mêmes résultats que le premier scénario soit, 132 068 $ après impôt.

En conclusion, tel que vous le mentionnez, le CELI et le REER donnent exactement le même résultat à un taux d'imposition égal au moment de la cotisation et au moment du retrait, peu importe la répartition du montant investi entre le CELI et le REER.

Paul R., CA

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Dans votre exemple REER-CELI, il y a une grossière erreur qu'il faudrait corriger. Selon les calculs présentés, on compare l'option 1 à l'option 2.

Option 1: 5000 $ dans le REER et 5000 $ dans le CELI. Total: 5000 $ + 5000 $ + 2500 $ (retour REER sur 5000 $) = 12 500 $

Option 2 : 10 000 $ dans le REER et 5000 $ dans le CELI avec le retour d'impôt. Total: 10 000 $ + 5000 $ = 15 000 $

Le problème est qu'on oublie le retour d'impôt de 2500 $ de l'option 1. Donc, le calcul est carrément erroné. Les deux options sont équivalentes et il y a plusieurs moyens de le voir et de le prouver.

La méthode simple, enlever 2500 $ dans le calcul de l'option 2 que l'on garde dans ses poches comme à l'option 1. La méthode compliquée, réinvestir les retours d'impôt successifs (2500 $ + 1250 $ + 625 $ + 312,50 $, etc.) et obtenir le même montant à la fin. La méthode compliquée ne correspond pas à la pratique, mais le calcul est au moins correct.

De plus, vos calculs supposent un taux marginal de 50 %. Un peu élevé pour le commun des mortels... mais au moins c'est une hypothèse possible, contrairement au calcul.

En espérant que l'erreur soit corrigée

Jean D.

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