La journée de tous les superlatifs

Les animateurs de CNN lançaient hier matin une hypothèse: la cérémonie d'assermentation de Barack Obama pourrait être l'émission de télévision la plus écoutée de l'histoire des États-Unis.

On pourra vérifier dans les prochains jours si cela est vrai. Pour mémoire, l'émission la plus écoutée de l'histoire de la télévision américaine demeure le dernier épisode de M.A.S.H. en 1983, avec 106 millions de téléspectateurs, suivi du Super Bowl de l'année dernière, avec 97,5 millions.

À ce jour, la cérémonie d'assermentation d'un président la plus regardée fut celle de Ronald Reagan, en 1981, avec 42 millions de téléspectateurs.

Les médias américains, eux, ont tout fait pour créer une frénésie, annonçant depuis plusieurs jours que l'Histoire allait se vivre en direct le 20 janvier. Un spécialiste des communications d'une université du Connecticut a même déclaré, emporté par son délire verbal, qu'il fallait imaginer comme phénomène télévisuel les Jeux olympiques, le Super Bowl et la Coupe du monde de soccer tout à la fois, avec le couronnement de la Reine Élisabeth II en prime.

C'était donc la journée de tous les superlatifs, avec une surutilisation de l'adjectif «historique». Tous les réseaux américains ont diffusé l'événement du matin au soir. RDI et LCN étaient en ondes dès le matin, Radio-Canada et TVA dès 11h, presque en continu tout l'après-midi en direct de Washington.

À travers ce déluge d'images, on retient des moments marquants, au plan télévisuel: l'arrivée d'Obama sur la tribune avant la cérémonie d'assermentation, les images de foules recueillies partout au pays, le chapeau invraisemblable d'Aretha Franklin (qui n'est plus que l'ombre d'elle-même au plan vocal), Dick Cheney en fauteuil roulant, les prises de vue à couper le souffle d'une foule de deux millions de personnes à Washington, les images de Barack et de Michelle Obama qui descendent de limousine pour marcher dans la rue (tout le monde retient son souffle en songeant à l'inavouable: et s'il se faisait tirer?), et puis leurs deux petites filles complètement craquantes, qui s'amusent à prendre des photos de la foule...

Parmi les bizarreries de la journée, on a remarqué que TVA, qui a pourtant proposé d'excellentes analyses du discours d'Obama, comptait également sur Herby Moreau en studio pour commenter la cérémonie. Mais la palme de l'incongruité revient sûrement à TQS qui, au moment où Obama prononçait son discours, discutait de l'industrie de l'amiante chez André Arthur, censé animer la seule émission d'affaires publiques de TQS. Au secours, le CRTC!

NBC et CNN offraient leurs images au monde entier, et Radio-Canada s'alimentait à ces deux réseaux, surtout aux images de NBC parce qu'elles étaient offertes en format 16/19 (la télévision publique avait aussi ses propres caméras sur place).

Cette journée historique a également été marquée par une activité exceptionnelle sur Internet. Tous les grands médias, écrits ou électroniques, proposaient une couverture «spéciale» et même des diffusions en direct sur le Web. CNN et Facebook avaient d'ailleurs établi un partenariat pour offrir un site conjoint où les images de la journée, diffusées en direct, étaient commentées en temps réel par des milliers d'internautes.

Le site Internet du comité organisateur de la fête offrait une profusion de détails en tous genres, dont les recettes complètes du repas offert sur l'heure du midi aux dignitaires (le gâteau éponge pomme cannelle avec crème glacée avait l'air pas mal du tout).

Et la redoutable équipe de webmestres de la campagne électorale d'Obama prenait officiellement le contrôle hier du site Internet de la Maison-Blanche. Un responsable de l'équipe a déclaré à l'AFP que «la Maison-Blanche va devenir un endroit passionnant. On va pousser le bouchon le plus loin possible», en mettant en place une démocratie virtuelle participative nouveau genre entre l'administration et les citoyens. Toutes ces promesses à tenir... Ouf!

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1 commentaire
  • Bianca Viens - Inscrite 21 janvier 2009 14 h 44

    Surexposition

    Enfin quelqu'un se prononce envers cette comédie qui selon moi n'est qu'un coup de publicité afin d'alléger le poids que porte les États-Unis sur le méfaits des années antérieurs.

    Laissons de grâce Obama présider avant de faire croire au monde entier un revirement de situation. Moment historique certes, un afro-américain est élue, mais si la politique américaine est arrangé tout comme son cinéma, que représente réellement cette investiture?