Besoin de stimulation

Si on ne les savait pas tellement honnêtes, on aurait presque l'impression que certains essaient de se servir de la crise économique comme prétexte pour adopter des mesures que les circonstances ne commandent pas.

Faisant fi des appels répétés des principales institutions économiques internationales, de l'exemple de presque tous les pays développés et de l'avis de la plupart des experts, le gouvernement de Stephen Harper a longtemps rejeté l'idée que le Canada ait besoin de mesures spéciales de stimulation économique pour aider le pays à sortir de la morosité ambiante. Il s'apprêtait même, le mois dernier, à faire exactement le contraire, c'est-à-dire poursuivre coûte que coûte l'objectif du déficit zéro, quitte à sabrer les dépenses publiques. Il aura peut-être fallu une soudaine illumination de ses conseillers économiques, mais plus probablement la menace d'un renversement par les partis d'opposition pour qu'Ottawa se mette, comme les autres, à parler du besoin pressant d'un plan de relance.

Il est entendu que l'impact de ce plan gouvernemental sera nécessairement limité, compte tenu du fait que le sort d'une petite économie ouverte comme celle du Canada dépend en grande partie de facteurs extérieurs, au premier rang desquels vient la santé du géant américain. Le plan viserait à donner un peu de pep à l'économie intérieure en attendant que l'état de ces facteurs extérieurs s'améliore et que commencent à faire effet la baisse massive des taux d'intérêt de la Banque du Canada et de nombreuses autres mesures adoptées ces derniers mois pour stabiliser le secteur financier et stimuler l'économie.

«Ce que j'entends partout au Canada, c'est qu'on doit investir encore plus dans les infrastructures», a déclaré la semaine dernière le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, en tournée de consultation en vue de son budget du 27 janvier. «Mais j'entends aussi qu'on doit envisager de nouvelles baisses d'impôts», a-t-il affirmé.

Tous les experts semblent convenir, en effet, qu'une augmentation des investissements publics dans la rénovation de routes, la construction d'écoles, la conversion aux technologies vertes, ou dans toutes autres infrastructures nécessaires serait la meilleure mesure en ce qui a trait aux emplois créés et aux retombées économiques. On évalue généralement ces retombées à 1,50 $ pour chaque dollar dépensé. Un autre avantage est que de tels programmes sont faciles à limiter dans le temps, une grande crainte des économistes étant que les gouvernements n'arrivent pas à retirer suffisamment vite les mesures de stimulation économique une fois la reprise venue, ce qui encouragerait l'inflation et la création de nouvelles bulles spéculatives.

Le nombre de projets d'infrastructure prêts à se mettre en branle rapidement est toutefois limité. Tout comme il y a une limite aux bénéfices économiques que pourrait tirer, par exemple, la région de Charlevoix de la rénovation de l'échangeur Turcot à Montréal. D'où l'intérêt de chercher aussi du côté de l'augmentation de transferts fiscaux ou de baisses d'impôt.

Pour des baisses d'impôts

Le dernier exemple en date d'un tel recours a toutefois mené à un échec pitoyable aux États-Unis. Cherchant à relancer l'économie, l'administration Bush a envoyé, au début de l'été, pour 168 milliards de remboursements d'impôts aux contribuables et aux entreprises. Moins de 20 % de cette somme aurait été dépensée, dont la moitié pour acheter des biens importés, les gens ayant préféré économiser cet argent en cette période difficile. Selon une récente étude du Boston Consulting Group, les Canadiens auraient encore plus tendance à chercher à rétablir leur équilibre financier.

La solution est de donner cet argent à ceux qui sont les plus susceptibles de le dépenser rapidement, c'est-à-dire les gens dans le besoin, recommandaient encore récemment les experts du Conference Board et du Fonds monétaire international (FMI). Cela peut prendre la forme de chèques envoyés à des ménages à faible revenu ou encore de programmes d'assurance-emploi, de prestations familiales ou de remboursement de TPS plus généreux. En plus d'être économiquement plus efficaces et de relever d'une certaine justice sociale, de telles mesures de stimulation ont l'avantage de pouvoir être limitées dans le temps.

Le gouvernement Harper semble continuer, néanmoins, de penser que des baisses d'impôts (ou de TPS) feraient aussi l'affaire. Pour influer plus efficacement sur le niveau des dépenses des consommateurs et des entreprises à court terme, il faudrait que ces baisses d'impôts ne soient pas perçues comme un cadeau ponctuel, mais qu'elles soient là pour de bon, ont expliqué la semaine dernière les cinq principales banques canadiennes qui encouragent le gouvernement dans cette voie. Mais, même là, il est plus que probable que l'impact à court terme restera modeste malgré tout, ont toutefois admis nos banquiers.

En fait, ce serait à long terme que l'économie canadienne verrait tous les avantages à disposer d'un cadre fiscal moins lourd et plus concurrentiel, ont-ils poursuivi. Ces nouvelles baisses d'impôts permanentes ne manqueraient évidemment pas d'influer sur l'équilibre budgétaire du gouvernement, aussi il ne faudrait pas perdre de temps pour corriger la situation en réduisant en conséquence ses dépenses de programme, dont la croissance est devenue incontrôlée, afin de revenir au déficit zéro pour 2010.

En clair, cette éventuelle partie d'un plan de relance n'aurait aucune des qualités recherchées dans les circonstances, mais cela ne ferait rien. L'occasion est trop belle de baisser les impôts et de reprendre le contrôle sur la croissance de l'État.

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edesrosiers@ledevoir.com