Médias - Prédictions... jusqu'en 2050 !

En 1999, le réalisateur Steven Spielberg avait réuni un groupe d'experts du MIT pour tenter de définir ce à quoi pourrait ressembler une ville comme Washington 50 ans plus tard.

Il s'agissait d'un exercice en prévision du tournage, en 2002, d'un de ses meilleurs films, le thriller d'anticipation Rapport minoritaire.

Tous ceux et celles qui ont vu le film se souviennent des images très frappantes de l'agent Anderton, interprété par Tom Cruise, en train de consulter une banque de données informatisée en «réalité virtuelle», traçant des gestes dans l'espace qui permettent de tourner des pages, d'agrandir des images, de visionner des vidéos 3-D.

Dans cette société de 2054, les individus sont fichés au moyen de leur empreinte rétinienne. Lorsqu'ils circulent dans la rue, les messages publicitaires s'adressent à eux en s'adaptant à leur profil personnel de consommation, après les avoir identifiés par leur rétine.

Délire futurologique? On n'en est pourtant pas si loin. Plusieurs sites Internet vous font déjà des offres ciblées en conservant en mémoire votre comportement lors de vos dernières visites.

À la mi-décembre, le Pew Internet & American Life Project, un organisme réputé, publiait sur Internet un rapport fascinant, réalisé par des chercheurs de l'Elon University de Caroline du Nord, Imagining the Internet (que l'on peut consulter au www.elon.edu/predictions).

Le groupe de recherche a soumis à plus de 600 experts de la grande Toile un certain nombre d'hypothèses, en leur demandant d'imaginer à quoi ressemblera Internet en 2020.

Le consensus le plus largement partagé: dans 12 ans, les appareils mobiles, et particulièrement les nouveaux «téléphones intelligents», beaucoup plus puissants que les cellulaires actuels, seront la première porte d'accès à Internet dans le monde.

On comprend mieux pourquoi Quebecor investit autant dans le cellulaire de nouvelle génération et se montre aussi préoccupé par la production de contenus sur les nouvelles plates-formes.

Les experts s'entendent également sur quelques autres idées. Dans 12 ans, la reconnaissance vocale et les écrans tactiles feront partie du quotidien (dans le cas des écrans tactiles, c'est déjà le cas pour les propriétaires d'un iPhone). L'architecture générale d'Internet n'aura pas encore été remplacée par une nouvelle génération. Quant à la propriété intellectuelle, selon 60 % des répondants, elle ne sera pas vraiment protégée. Autrement dit: les petits malins qui savent comment copier et partager le contenu sans payer seront encore très actifs.

L'autre grand consensus est celui-ci: la réalité virtuelle sera en plein essor, et la frontière entre le temps personnel et le temps de travail, et entre l'espace physique et la réalité virtuelle, sera de moins en moins étanche.

Les utilisateurs ayant les appareils les plus performants passeront une partie de leurs heures de travail et de loisir dans des mondes virtuels en tous genres, qui serviront tant au commerce qu'au divertissement. Les experts y voient une série d'avantages et d'inconvénients: conférences et enseignement dans des espaces virtuels, mais également augmentation de l'obésité, de la violence et de l'accoutumance, et problèmes divers liés à notre perception de la réalité.

Une majorité de répondants (56 %) croient également que si le Web 2.0 et les nouveaux réseaux sociaux sur Internet «rapprochent les gens», la «tolérance sociale» n'augmentera pas dans l'ensemble de la population.

L'année 2020, c'est dans douze ans à peine. Il s'agit donc d'un avenir assez proche. Après avoir bien défini cet horizon, le projet Imagining the Internet explore les développements subséquents.

L'année 2020 est celle du développement des robots, qui vont commencer à remplir des tâches quotidiennes, selon les experts, et les criminels pourront être guéris par une intervention au cerveau qui leur permettra de mener une vie «normale» (bonjour les débats éthiques!). La télévision holographique, elle, avec les programmes en trois dimensions qui flottent dans les airs, est prévue en 2025.

Par la suite, on quitte la chronique médias pour plonger dans la chronique sciences: base lunaire vers 2040, premiers Jeux olympiques bioniques et téléchargement d'information, d'images, de mémoire et de sentiments directement dans le cerveau à compter de 2050, et ainsi de suite.

Fascinant. Mais il ne faudrait pas oublier en cours de route que, selon la tournée de l'an dernier du Conseil de presse du Québec, des régions rurales complètes et des dizaines de municipalités du Québec n'ont pas encore accès à Internet haute vitesse...

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pcauchon@ledevoir.com

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7 commentaires
  • Hugo Lavoie - Abonné 5 janvier 2009 05 h 02

    et quoi encore, en l'an 2000 on devait voler dans les airs!!!

    Pensez donc au pétrole... En 2020 en aura-t-il encore pour soutenir en nourriture tous ces futurs "technocitadins" obèses ??? Laissez-moi en douter.

  • Michel Caisse - Inscrit 5 janvier 2009 06 h 48

    Passionnant mais...

    Et l'environnement dans tout ça ? Réglé ? J'en doute, et que penser du nationalisme religieux ?
    Non, pas besoin d'expert pour comprendre qu'en 2050 nous serons en train de payer la facture de nos prédécesseurs. Et nous n'avons pas à nous sentir coupables, nous n'avons pas le pouvoir de changer les choses et ceux qui l'ont, ne se préoccupent pas de l'avenir, mais de leur fortune.

  • André Chamberland - Inscrit 5 janvier 2009 11 h 23

    Vivre au présent

    Vivre n'est ni rester accroché au passé, ni se projeter dans le futur éloigné.
    Ici et maintenant, voilà ce qui est important.
    La mondialisation de l'info nous a plongé dans les guerres, la misère, les problèmes, les nivelages par le bas, l'extrémisme religieux, politique, financier et criminel.
    Nous nous y laissons entraîner au point d'aller faire la guerre des autres et ne n'avoir plus sur nos écrans de télévision que des chicanes et guerres sans fin de peuples extérieur et qui tentent d'exporter leurs esprits de chicane chez-nous.
    Revenons au ici et maintenant et laissons les éternels guerriers et les gens nés pour se chicaner régler leurs affaires en familles. Ne nous laissons plus écoeurer par ceux qui importent chez-nous des conflits qui ne nous regardent pas. On est en train de détruire la qualité de vie de toute la terre entière pour sauver un bout d'arène de sport guerrier, religieux, politique ou financier.
    Le futur sera ce qu'on en fera ou ce qu'on en laissera faire à d'autres. Les médias doivent revenir à davantage d'information locale et régionale, à moins de sentionnalisme, à des nouvelles plus positives et qui améliore la qualité de vie de leur région. Ils doivent cesser de se faire les propagandistes des chicaniers, guerriers, politiciens et financiers qui faussent tous nos valeurs humaines.
    La technologie devrait supporter la paix, le bien-être des individus, les besoins des gens, pas des puissants qui détournent info et techno à leurs fins de propagande et pour embrigader.
    Coupons la publicité, surtout la sale publicité politique comme celle que nous avons vue au Canada en 2008. Rehaussons le niveau de nos émissions télévisuelles, retranchons tous les jeux de guerre de nos marchés et de nos médias, refusons de demeurer les esclaves et de faire le jeu des grosses compagnies et des puissants avides de plus de pouvoir et de plus d'argent encore, cessons de nous autodétruire et de nous complaire dans les guerres et les chicanes des autres et réglons nos propres problèmes.

  • Michel Simard - Inscrit 5 janvier 2009 13 h 34

    Périlleux la futurologie

    Que prédisaient les gens de 1908 sur ce qui se passerait en 1950 ? Ils étaient bien incapables de s'imaginer toute l'évolution technique et l'évolution sociale de la première moitié du XXe siècle. De la folie des années 1920 à la crise en passant par deux guerres et l'affirmation de l'empire américain, jusqu'au démantèlement des empires coloniaux. Ont-ils prévu la bombe atomique, l'aviation de guerre et transocéanique ?

    Rappelez vous tous ces exercices de futurologie des années 1970 essentiellement axés sur le transport et qui n'ont jamais vu venir les télécommunications. Ici, dans ces prévisions des années 2020, 2050, on nous parle essentiellement des modes d'aujourd'hui, dans une futurologie d'au plus 2 ans (internet, touches tactiles, réalité virtuelle) ou d'hypothèses spéculatives à long terme où l'opinion de l'un vaut bien celle de l'autre - c'est-à-dire pas grand chose.

    On aura remarqué que des transformations sociales, au moins aussi importantes que les changements techniques, sont totalement absentes de ces portraits futuristes où les décors ne sont guère occupés que par des figurants. L'avenir entrevu par M. Serge Grenier (prospective ou souhait ?) vaut ainsi davantage mention puisqu'il part d'une analyse. Il est par ailleurs étonnant de voir comment tous les films de science fiction se caractérisent par des organisations totalement centralisées où l'interaction des sous-groupes de la société est faible, souvent avec en sous-trame un méchant État totalitaire, comme quoi on semble bien incapable d'imaginer autre chose que ce l'on connaît (?).

  • Jean-Christophe Jasmin - Inscrit 5 janvier 2009 13 h 57

    Prédictions conservatrices

    Excellent article en somme, bien qu'il manque certains éléments importants. Tout d'abord le cas de la réorganisation des "modes de production" engendrés par la technologie. Comme l'automobile a transformé notre manière d'occuper le territoire où l'imprimerie la manière dont ont communique et par extension, comment on pense le monde, Internet va engendrer et engendre déjà des effets considérables. On comprend que la breveté de cet article ne permet par qu'on aille plus en profondeurs dans ces conditions. (Un autre exemple peut-être de la manière dont le médium détermine le message). Permettez-moi donc, chers internautes, d'aller un peu plus loin.
    L'article survole le phénomène de la réorganisation des modes de production en soulignant que la ligne entre travail et loisir serait de plus en plus flou. Ironique que quelques décennies à peine on annonçait l'avènement de la société des loisirs; qu'une chanson, aujourd'hui plutôt comique, célébrait cette « nouvelle ère » du fait que « les hommes ne travaillent presque plus ». Ici, on donne plutôt raison à Hegel selon qui « le travail rend libre » voyant que le travail est un loisir de plus en plus commun. Internet permet à cette forme de travail-loisir de prendre une toute autre forme. Offrant une matrice pour organiser et diviser le travail entre différents contributeurs à travers le monde, on voit apparaître des produits sophistiqués qui n'auraient pas pu exister à l'extérieur d'un contexte d'entreprise. On n'a qu'à penser à la panoplie de programmes Open-source tels que Linux ou Firefox qui prennent de plus en plus de place. Jusqu'à tout récemment, les fruits de ce mode de production étaient limités au mode ésotérique de l'informatique mais le web 2.0 a démontré cette tendance lourde où le contenu est généré par les utilisateurs mêmes. Le service qu'offrent les grands noms de l'internet aujourd'hui (Facebook, Flickr, Google, Reddit, etc.) est une plateforme d'organisation de l'information, pas un contenu comme le font les médias imprimés. Si on se projette en 2020, je pense que la grande différence est que le mode de production « open-source » se sera propagé dans de nouveaux secteurs : coopératives légales, ONG, recherche, biotechnologie, etc. La question est à savoir si on saura transformer notre mode de propriété intellectuelle adéquatement pour permettre à cette nouvelle forme d'innovation de prendre place ou si les lobbys des institutions présentes préserveront le statut quo?
    D'autre part, je crois que l'avenir de l'internet se joue autour d'une tension croissante entre personnalisation et anonymat. D'une part l'internet permettra une grande personnalisation de services adaptés à nos besoins. Par exemple on n'est pas loin de listes d'épiceries adaptés à nos allergies, notre condition de santé, nos objectifs financier et physiques... D'autre part, la transparence quasi absolue qu'exige ce niveau de personnalisation et la fluidité naturelle de l'information laisseront plusieurs de glace face aux merveilles de cette technologie. L'anonymat que nous avaient donné les grandes villes au cours d'un siècle d'urbanisation serait reperdu; on vivrait de nouveau dans un village virtuel, sujet aux ragots des voisins. Facebook en est un bon exemple.