Dans l'attente d'un rebond boursier

Le rebond boursier n'apparaît toujours pas dans le champ de vision. Les analystes ont beau dire qu'il finira bien par se produire, les consommateurs sont encore trop mal en point et les ménages, trop hésitants, alors que les petits investisseurs ont capitulé et que les institutionnels tentent encore de limiter les dégâts.

L'histoire peut bien nous rappeler le jeu des anticipations et l'effet précurseur de l'investissement boursier, mais lorsque la liste des risques associés au scénario de reprise demeure longue et parle encore de fortes probabilités, l'humeur ne peut être propice à un retour vers l'univers des actions. Malgré ce pessimisme généralisé, certains analystes osent esquisser l'ébauche d'un scénario de reprise boursière timide, qui devrait débuter vers la mi-2009. Quand la morosité extrême incite à la prudence extrême...

Les prévisionnistes marchent sur la pointe des pieds. Car l'image résume bien la situation. On pense à ce consommateur (américain) qui a vu son actif immobilier chuter de plus de 20 % et son portefeuille boursier, de plus de 40 %. À ce même consommateur (américain) qui ne parvient plus à obtenir du crédit pour s'acheter une voiture ou un autre bien de consommation durable et qui, par surcroît, craint pour son emploi alors qu'il est déjà surendetté. Ce portrait, relevé par les économistes du Mouvement Desjardins, illustre bien l'humeur qui règne. Et si ce consommateur tombe dans la dépression, les paramètres actuels — une récession de 18 à 22 mois pour les États-Unis, commencée au début de 2008, de trois trimestres négatifs pour le Canada, dont le dernier de 2008 — ne tiennent plus.

La liste des facteurs de risque pouvant faire déraper le scénario de base s'allonge. Les économistes de Desjardins évoquent la possibilité que nous ne soyons que dans l'oeil de cette tempête. La crise financière pourrait alors regagner en intensité, provoquant la faillite d'autres institutions et une nouvelle paralysie du marché du crédit. Ou encore, la déflation pourrait s'installer. Ou enfin, une crise des finances publiques pourrait succéder à la crise financière, avec des gouvernements incapables de combler leur besoin de financement, une situation susceptible d'être amplifiée par la déroute des devises. Mais cessons de broyer du noir, ce ne sont que des éléments de risque hypothétiques.

Donc, en ce qui concerne l'investissement, la conjoncture actuelle demeure propice au marché obligataire, tant pour son rendement que pour l'étiquette de valeur refuge accolée à certains émetteurs obligataires de première qualité. On mise sur de nouvelles baisses des taux directeurs au Canada (aux États-Unis, la Fed a atteint la zone du taux zéro). Le taux cible à un jour pourrait descendre aussi bas que 0,75 point de pourcentage au Canada, selon le Mouvement Desjardins, à 1,25 % selon la Financière Banque Nationale (FBN). Il est présentement à 1,5 %. «La persistance des tensions financières, l'assombrissement des perspectives économiques mondiales et les importantes pressions désinflationnistes découlant de l'effondrement des prix des matières premières continuent à favoriser les obligations du gouvernement canadien», peut-on lire dans les perspectives du Mouvement Desjardins.

En Bourse, tant chez Desjardins qu'à la FBN on mise sur un rebond en 2009, commençant en mi-année. D'ici là, les cours devraient demeurer volatils mais évoluer dans une tendance neutre, le marché tentant d'établir un plancher après l'effondrement de 40 % depuis l'été 2008. Avec une reprise économique attendue à l'été 2009, peut-être davantage à l'automne pour les États-Unis, le rebond boursier s'éloignerait de son modèle classique en devenant coïncident. L'histoire nous enseigne pourtant que la reprise des cours devance de six mois celle de l'activité économique. Ou encore qu'elle prend forme aux deux tiers d'une récession. Or prudence oblige...

Cette même prudence vient refroidir l'enthousiasme quant à l'ampleur du rebond. La FBN a repris les conclusions du survol des six grands épisodes de turbulences financière déjà fait par le FMI pour rappeler qu'au cours de ces périodes, les Bourses avaient, en moyenne, regagné 25 % trois mois après le creux, 48 % après six mois et 86 % après un an. Élargie aux sept dernières corrections majeures de l'indice américain S&P 500, la référence historique fait ressortir un rebond moyen de 37 % de cet indice un an après l'atteinte de son creux.

«Le fait que la baisse des Bourses ait été particulièrement violente et qu'elle n'ait pas été causée par une surévaluation excessive du marché est un autre facteur qui laisse entrevoir un rebond des indices à moyen terme», lit-on dans les documents de Desjardins, qui ajoute: «Même en supposant une forte récession américaine en 2009, les mesures d'évaluation du marché boursier sont à des niveaux attrayants.» On peut noter des ratios cours-bénéfice revenus à leur niveau le plus faible depuis 1985. Ou un écart entre la valeur boursière et aux livres revenu à un creux de plus de dix ans.

N'empêche, cette fois, on n'entrevoit même pas le jour où l'indice S&P/TSX de la Bourse de Toronto retrouvera son sommet historique des 15 000 points atteint cet été. Pour la FBN, la cible sur 12 mois du S&P/TSX est de 9800, soit une poussée de 18 % par rapport au niveau actuel. Une progression similaire est attendue aux États-Unis, avec une cible de 1050 pour le S&P 500. Chez Desjardins, on parle de gains de 20 et de 15 % respectivement pour ces deux indices de référence (du niveau actuel au sommet). Avec une cible de 10 500 pour l'indice baromètre de Bay Street, de 1035 pour celui de Wall Street.

Prolongeant leur regard à 2010, les analystes de l'institution coopérative voient le S&P/TSX toucher un sommet de 11 550. Quant aux 15 000 points...

Au passage, les analystes de la FBN suggèrent de regarder de plus près les actions bancaires canadiennes. Ces banques sont des entreprises saines. Or les effets de la conjoncture économique difficile et de cette crise financière ont été trop lourdement ressentis de ce côté-ci de la frontière. Surtout, leur dividende est attrayant. Certes, il y a risque qu'il soit réduit, mais «depuis 1973, les dividendes des cinq grandes banques sont restés pratiquement intouchés, même pendant les récessions», appelle-t-on. Et l'on s'inspire de cet écart entre le ratio de dividende et le taux d'intérêt sur l'obligation du gouvernement canadien à échéance de dix ans, qui se maintient à un niveau record. Cet écart est de 2,37 points de pourcentage, «pas moins de 10 écarts-type au-dessus de la moyenne», s'exclame la FBN.

Bons placements 2009!

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