Du papier encore en 2009

2009 sera-t-elle l'année de tous les dangers pour les journaux? En tout cas, l'année 2008 se termine alors que les médias affrontent de sérieuses tempêtes.

Ce fut une année symboliquement marquée au Québec par la perte d'un réseau complet d'information, TQS. Même si le réseau parvient à rentrer dans ses frais dans un an ou deux (ce qui reste vraiment à prouver), ses nouveaux propriétaires n'ont jamais promis de faire revivre un jour des salles de nouvelles.

En apparence, les bulletins de nouvelles dans les autres chaînes ne semblent pas menacés. En réalité, on peut vraiment se demander de quelles ressources disposeront les réseaux dans les prochains mois. Non seulement CTV et Global ont annoncé des compressions importantes cet automne dans leurs groupes respectifs, mais la rumeur veut que le gouvernement Harper soit tenté de privatiser Radio-Canada. Pour le moment, on ne peut faire état que de rumeurs, puisque l'on ne sait même pas quel gouvernement nous aurons à la tête du pays cet hiver.

L'apocalypse?

Il reste que ce sont les bouleversements dans les journaux qui font surtout sensation depuis l'automne. Aux États-Unis, les pertes des quotidiens s'accumulent de semaine en semaine, et la crise s'est cristallisée autour de deux annonces spectaculaires: les menaces de faillite pour le groupe Tribune, éditeur du Los Angeles Times et du Chicago Tribune, et le projet du Christian Science Monitor d'abandonner le papier au profit du Web à compter d'avril.

Le 9 décembre, on trouvait dans la section affaires du New York Times un article à faire dresser les cheveux sur la tête. À l'occasion d'une conférence de l'industrie à Manhattan, on a pu prendre connaissance des prévisions publicitaires pour 2009, qui sont pires que jamais. Tous les analystes révisaient leurs chiffres à la baisse. On vous passe les détails, mais il faut retenir ceci: tout le monde s'entendait pour affirmer que c'est l'imprimé qui sera touché par la baisse publicitaire, beaucoup plus que la télévision, et cette baisse serait la pire depuis les années 30, ou la pire de l'histoire (les analystes rivalisent de comparaisons apocalyptiques).

Au Québec et au Canada, aucun groupe médiatique ne semble en expansion. CanWest a annoncé la perte de 500 emplois cet automne, CTV plus de 100, Radio Nord au Québec vient d'annoncer l'abolition d'une quarantaine de postes. Même La Presse annonce le non-remplacement de plusieurs postes de journalistes (chez Gesca, pas moyen de connaître les états financiers: on ignore si le journal est prospère ou non...).

Quebecor sur la ligne de feu

Mais c'est vraiment le groupe Quebecor qui est sur la ligne de feu. D'abord parce que Sun Media, filiale de Quebecor, vient d'annoncer une réduction de sa main-d'oeuvre de 10 % (600 emplois) dans l'ensemble du pays. Mais aussi parce qu'un conflit se prépare au Journal de Montréal, conflit qui pourrait avoir de profondes répercussions sur tous les médias en 2009.

Les négociations entre les employés et la direction peuvent encore aboutir, mais on voit mal comment un lock-out en janvier pourrait être évité, le fossé étant énorme entre les parties.

La direction de Quebecor a maintenant placé la barre très haut: la négociation est historique, affirme-t-elle, et il s'agit de la seule occasion pour renverser la vapeur, en prévision des années houleuses qui s'en viennent dans le monde des médias. Plus précisément, Quebecor a besoin de revoir des pans complets de l'actuelle convention collective des artisans du journal pour réaliser son projet: alimenter massivement Internet et les nouvelles plates-formes (dont les cellulaires) avec l'information produite par toutes ses propriétés médias.

La lecture que fait Pierre Karl Péladeau, le patron de Quebecor, de l'actuelle situation des médias n'est pas fausse: les mutations sont profondes, dit-il, à cause d'une véritable culture de la gratuité (l'information est gratuite partout, sur Internet mais aussi avec les quotidiens gratuits), les habitudes de lecture se modifient et se déplacent vers le Web, et le marché publicitaire est fasciné par Internet.

Mais toute la question consiste à savoir si la direction de Quebecor négocie véritablement de bonne foi autour de cette question, et s'il est vrai que le journal est en si grand danger financier (ce dont les syndiqués doutent au plus haut point).

Céder à Internet

Mais au-delà de ce conflit, c'est une réflexion globale sur les journaux qui est en train de surgir. Personne ne croit sérieusement que les journaux vont disparaître d'ici deux ans: les journaux, ce sont aussi des produits de consommation, et une grande partie des lecteurs veulent encore les lire sur papier. Mais l'espace que les journaux doivent céder à Internet va en grandissant, et leur financement traditionnel (publicité et tirage) est véritablement en perte de vitesse, ce qui entraîne des compressions de plus en plus importantes. Ce qui finit, au bout du compte, par nuire à la qualité de l'information.

D'ailleurs, plusieurs analystes font remarquer que les groupes de presse, pour survivre, devront apprendre dans les prochaines années à vivre avec des marges bénéficiaires moins élevées, et à faire des profits moins importants. C'est le genre de discours que détestent entendre les grands patrons des médias.

Au Devoir, cette chronique continuera à suivre ces bouleversements en 2009. Sur papier, encore, sur Internet, bien sûr... et après la période des Fêtes que l'on vous souhaite fort agréable!

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pcauchon@ledevoir.com

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