Vaincre le cynisme

Mario Dumont a mené une bonne campagne. La barre était haute pour l'ADQ. Plusieurs disaient que c'est la campagne de sa vie. Mario Dumont a réussi le pari qu'il s'était fixé, soit d'expliquer la différence adéquiste. Le débat des chefs a été une occasion d'en clarifier certains aspects. Au point de presse qui a suivi, il a mentionné que «les gens peuvent aimer ou ne pas aimer, mais j'ai proposé de nouvelles idées pour le Québec». J'ai proposé une vision renouvelée», avait-t-il dit. À la veille du déclenchement de la campagne électorale, Mario Dumont avait par ailleurs souligné que la crise financière est l'occasion de redéfinir le Québec et de nous propulser vers l'avant. Il y a une crise, mais il ne faut pas oublier qu'il y aura une après-crise. Le plan défendu par Mario Dumont et son équipe est porteur pour le Québec. Rappelons que, au fil des années, de nombreuses mesures suggérées par l'ADQ ont tournées en ridicule, puis récupérées par d'autres.

Jean Charest a décidé de lancer une campagne parce qu'il voulait s'assurer de garder le pouvoir, de continuer à avoir les mains sur le volant. Il aura passé 33 jours à ne pas vouloir répondre aux questions, à être sous le radar. Jean Charest n'a pas expliqué clairement les impacts financiers d'une performance décevante de la Caisse de dépôt et n'a pas défendu de façon satisfaisante son bilan en santé. Son silence obstiné s'est d'ailleurs intensifié ces derniers jours avec la crise politique à Ottawa. Bref, il voulait laisser passer la campagne dans l'indifférence.

Il y a eu deux constantes dans la campagne de Mme Marois. D'abord, son parti s'est avéré être son pire adversaire. Elle a d'une part dû faire face à la publication d'un rapport interne sur sa personnalité. D'autre part, il y a eu de la bisbille à propos de l'investiture du candidat péquiste dans la circonscription de L'Assomption. Au début de la campagne, Mme Marois se targuait d'être rassembleuse. La crise parlementaire a bouleversé son plan. Elle en a profité pour changer de stratégie. Elle a notamment affirmé que le Québec devait être souverain puisque le Canada est ingouvernable et a salué le chef du Parti libéral du Canada, Stéphane Dion. J'avoue avoir été un peu décontenancée. M. Charest a tardé à réagir et à commenter. Cela ressemble un peu à la campagne qu'il a conduite, alors qu'il ne voulait pas se mouiller. Et Mario Dumont a lancé un appel au calme. Les réactions des différents chefs à la crise parlementaire à Ottawa illustrent de belle façon le type de campagne qu'ils ont choisi de mener.

L'objectif ultime des deux partis d'opposition était — et demeure — de vaincre le cynisme et de s'assurer que les gens qui n'avaient pas envie d'élections aillent tout de même voter lundi. J'ose croire que les Québécois s'informeront, regarderont l'offre des partis et iront voter. Les décisions des politiciens affectent directement notre quotidien et notre budget. Il est important de suivre et d'essayer de comprendre ce qui se passe.

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