Analyse - L'environnement préoccupe davantage le PQ que le PLQ

L'analyse des programmes des trois partis représentés à l'Assemblée nationale révèle que le Parti libéral perçoit la question de l'environnement comme un obstacle à ses grands projets économiques. À l'inverse, le Parti québécois propose d'importants bonds en avant, dont une modernisation de la Loi sur la qualité de l'environnement elle-même.

Le slogan du parti de Jean Charest — «L'économie d'abord, oui» — s'inscrit dans une vision archaïque de l'économie qui refuse de se laisser encadrer par des règles environnementales et qui mise toujours sur l'exploitation — d'autres diraient «l'épuisement» — des ressources naturelles. On est loin d'un Barack Obama qui veut relancer l'économie en faisant une transition accélérée vers les énergies vertes!

Dans son plan Nord, le PLQ propose de produire 3500 MW d'électricité, dont seulement 700 à partir de parcs éoliens, alors que le Nord québécois recèle probablement le plus important gisement éolien de la planète. Jean Charest veut aussi y stimuler l'exploitation minière, mais sans remettre en question la vieille loi sur les mines, le seul secteur économique qui attend encore sa révolution tranquille.

Si les libéraux s'engagent à protéger 50 % des territoires nordiques, on ne sait pas quelle valeur écologique auront les territoires épargnés. Quant aux 100 millions de plants qu'il promet de planter en forêt, il s'agit d'un plan diamétralement opposé à la gestion écosystémique proposée par la commission Coulombe. Enfin, les libéraux promettent d'investir 37 milliards en infrastructures, sans préciser si ce plan va stimuler l'utilisation de l'automobile. Et, sur cet énorme montant, ils n'ont pas trouvé les maigres 300 millions qui permettraient de doubler le budget du ministère de l'Environnement, lequel passerait de 0,3 à 0,6 % du budget de l'État, soit toujours moins de 1 %. Ils consacreront cependant 250 millions à la rénovation domiciliaire, mais pas nécessairement à l'amélioration de l'efficacité énergétique des maisons, ce qui pourrait se solder par des agrandissements et des ajouts susceptibles d'accroître leur facture énergétique.

Mais la mesure la plus inquiétante du programme libéral réside dans l'engagement d'instituer un «groupe spécial pour accélérer les grands projets privés», ce qui risque de se faire d'abord et avant tout aux dépens des écosystèmes. Le programme du Parti québécois semble aller dans le même sens quand il promet, lui aussi, de «simplifier la réglementation et les mesures administratives» sans préciser dans quel secteur.

Par contre, le PQ propose des réformes structurelles en environnement de grand intérêt. En plus d'une réforme de la loi et de la réglementation sur l'atmosphère, son programme propose un retour à la «planification intégrée des ressources», que la loi instituant la Régie de l'énergie imposait, ce qui donne la priorité aux filières ayant un impact moindre sur l'environnement par rapport aux filières les moins chères. Le PQ se distingue fortement des libéraux par sa vision du développement énergétique. Il développerait 4000 MW d'hydroélectricité, mais entre 2020 et 2030, ce qui signifie un moratoire de 12 ans sur cette filière. Par contre, le parti de Mme Marois lancerait des projets éoliens d'une puissance installée globale de 12 000 MW, ce qui implique une utilisation maximale de la capacité des réservoirs hydroélectriques avant de sacrifier de nouvelles rivières.

Le programme du PQ propose deux autres objectifs structurels majeurs: l'adoption de cibles de réductions absolues des GES du Québec de 20 % d'ici à 2020, comme le modèle européen, qui serait basée sur une réduction de 20 % de la dépendance au pétrole et de 25 % de celle envers le transport routier. Rien de tel du côté du PLQ. De plus, le PQ propose un plan de transport intégré qui se donne pour objectif de doubler l'offre de transports en commun au Québec, de doter les autoroutes de voies de covoiturage et de transports en commun, tout en instituant une véritable «écofiscalité» en transports personnels, ce qui pénaliserait les véhicules énergivores et récompenserait les autres.

Ni le PLQ ni l'ADQ n'ont osé s'engager à réintégrer dans les limites du parc national d'Orford les 459 hectares expropriés. Hormis de plus petits partis comme Québec solidaire et le Parti vert, seul le PQ en prend l'engagement formel.

L'ADQ, tout comme le PLQ, n'avance aucune nouvelle mesure de nature strictement environnementale, pas même un engagement d'atteindre sous peu la norme de 8 % d'aires protégées. Le PQ vise par contre 12 % d'ici 10 ans. Aucun parti ne propose non plus de financer substantiellement le Centre québécois du droit de l'environnement. Le PQ, par contre, s'engage à financer les groupes environnementaux.

Le volet environnemental de l'ADQ se limite à valoriser les énergies vertes renouvelables, tout en souhaitant une forte déréglementation qui pourrait affecter, dans une mesure inconnue, les règles environnementales.

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