La démocratie révisée

Les gens qui invoquent régulièrement la démocratie sont souvent ceux qui la méprisent et la restreignent. George Bush et Stephen Harper font partie de ces personnes sans scrupules qui donnent à tous des leçons de démocratie et qui, régulièrement, la foulent aux pieds.

Le premier ministre a menti deux fois à la population. En prétendant qu'il avait besoin d'un mandat pour résoudre la crise économique, puis, doté de ce mandat, en tentant de modifier radicalement le paysage politique du pays sans proposer de solution à la crise. Comme le cow-boy arrogant qu'il est, le compétiteur de rodéo, il a pris prétexte de nos difficultés communes pour satisfaire ses fantasmes idéologiques.

C'est lui qui tentait un coup d'État en voulant changer le pays contre la volonté du pays. Et pour une fois, la première depuis trois ans, l'opposition a mis ses culottes pour s'opposer à ce gouvernement qui tente de gouverner comme s'il possédait un mandat majoritaire.

Parlons de démocratie. C'est le règne de la majorité de la population qui s'exprime par le vote. Le régime parlementaire britannique, aussi suranné que la monarchie britannique, permet à quelqu'un qui ne récolte que 37 % des suffrages populaires de gouverner. Le même système oblige celui-ci à obtenir la confiance de la Chambre, la confiance de la majorité des électeurs. Que fait le démocrate Harper? Il ferme le parlement, suspend les droits démocratiques des Canadiens et de leurs représentants. Pis encore, il ferme le parlement alors que des décisions urgentes pour l'économie doivent être prises. M. Harper a interdit la démocratie. Cela s'appelle un coup d'État.

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Ici, au Québec, nous allons voter dans deux jours. Je suis absolument sidéré par le manque d'enjeux, par l'incapacité des partis à imposer un thème mobilisateur. Serait-ce que les deux grands partis n'ont plus d'idées et que Mario Dumont ne peut rien faire d'autre que de récupérer tous les thèmes démagogiques qui firent son succès lors de la dernière campagne?

Le malaise est plus profond. Le PQ et le PLQ, influencés par le résultat de l'ADQ lors des dernières élections, se sont mis à la recherche des mêmes électeurs, la classe moyenne, et ont articulé les mêmes thèmes. On ne parle que de famille, de santé et de sécurité économique pour la classe moyenne. Sur ces sujets, le PQ et le PLQ ne se distinguent que par des nuances sur les moyens. Il n'y a pas de débat politique dans cette province. Nous avons besoin de nouvelles voies, de nouvelles idées, de nouvelles manières d'envisager notre avenir.

Une société ne peut pas progresser dans l'unanimisme, la pensée dominante. Elle doit entendre d'autres voix. C'est dans la confrontation des points de vue qu'une société progresse. Bien sûr, tous ces points de vue différents existent dans notre société, mais ils manquent de crédibilité car ils n'obtiennent pas la sanctification parlementaire et donc l'attention des médias. On dirait que de bonnes idées ne peuvent faire les manchettes et animer le débat que si leurs porte-parole sont des députés.

Le Québec a besoin de nouvelles voix pour parler de la lutte contre la pauvreté, de l'économie sociale, de l'environnement, d'une agriculture respectueuse de l'environnement, de la construction de logements sociaux. Durant le débat des chefs, ces thèmes n'ont pas été abordés, sinon par Mario Dumont qui a relié la pauvreté à la criminalité et les autochtones à la contrebande.

Si quelques candidats de Québec solidaire étaient élus, la dynamique politique québécoise serait modifiée. Les thèmes et les solutions progressistes que le parti propose seraient présents dans le débat public.

Françoise David est une femme exceptionnelle, d'une rigueur intellectuelle et d'une honnêteté remarquable. Femme d'engagement, proche des gens, sincère, généreuse. Le Québec ne peut pas se priver d'une telle femme. Nous serions tous perdants si elle n'était pas élue dans Gouin.

Amir Khadir est une sorte de génie. Un homme courageux et franc. Je ne sais pas comment il fait pour concilier médecine, grosse famille et vie politique. Nous avons besoin d'hommes comme lui pour défendre le système de santé public. Alors, dans Mercier, pour l'avenir du Québec, il faut voter Amir.

Vous me direz que deux députés de Québec solidaire ne changeront rien. Vous vous trompez. Les idées, les discours différents, les remises en question, ne doivent pas se limiter aux blogues et aux lettres confidentielles. Ces voix nouvelles et nécessaires doivent obtenir leur légitimité démocratique pour s'imposer dans le débat politique québécois.

Le Québec sera plus riche avec Françoise David et Amir Khadir, plus riche en idées et en diversité, plus riche en réflexion et en innovation.

Ne serait-il pas temps d'avoir des représentants élus qui nous parlent d'enjeux fondamentaux avec une approche différente de celle des deux grands partis? L'élection de Françoise David et d'Amir Khadir améliorerait notre démocratie et donnerait enfin une voix à toutes les forces progressistes qui sont aujourd'hui exclues du débat collectif.

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Collaborateur du Devoir

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