Le temps d'un Noël

Participer à la vie active est aussi une question de valeurs. En favorisant la consommation locale, on aide les artisans, qui vont ainsi pouvoir eux-mêmes engager de la main-d’oeuvre de chez nous.
Photo: Participer à la vie active est aussi une question de valeurs. En favorisant la consommation locale, on aide les artisans, qui vont ainsi pouvoir eux-mêmes engager de la main-d’oeuvre de chez nous.

Je me vois déjà en train d'y repenser, dans quelques semaines... Il était midi moins le quart, le 24 décembre, et mes emplettes de Noël laissaient à désirer... Où en étais-je? De la dinde, du foie gras, des tourtières, tout se mélangeait et la confusion était totale. Au fait, me dis-je, fêtons-nous encore Noël en 2008?

La crainte s'était emparée de moi une semaine plus tôt, avec une certaine appréhension quant à l'avenir. À ce moment, il m'est revenu en tête les réserves de conserves que ma mère stockait dans la cave, au cas où. Si elle m'entendait du ciel, elle qui avait en mémoire les tickets et les cartes de rationnement de la dernière guerre!

Je disais donc, les conserves de macédoine et de nouilles en sauce qui s'empilaient pour les jours sombres et qui ne trouvaient que rarement preneur à la maison... À tout moment, les médias me rappellent ce que je ne sais que trop: les banques alimentaires sont vides, les amis du Doc Julien ont un grand besoin d'argent et bon nombre d'enfants ne trouveront probablement pas de quoi se réjouir sous le sapin. Si bien qu'une fois de plus, je me suis senti coupable.

Coupable d'acheter du fromage après les difficultés vécues par les fromagers tandis que ceux-ci en ont bien besoin, coupable de faire travailler des artisans du chocolat, d'acheter une bûche de Noël garnie de copeaux de chocolat riches et onctueux, un gâteau aux fruits qui sent bon la cannelle... Coupable, je l'étais.

Devrais-je, pour me donner bonne conscience, prendre une bûche sans signe extérieur de richesse, un gâteau au fruit unique, un pâté de foie comme ma grand-mère le faisait jadis, un pain de viande sans âme et fade, pour me sentir pudique et moins coupable d'avoir envie d'un Noël gourmand?

Un éclair passa pour me rappeler qu'avec l'argent de ces deux élections, nous aurions pu en donner à bien du monde, du fromage et de la dinde, et même peut-être de la bûche avec bien du crémage. Un p'tit chausson avec ça?

Faire travailler les artisans

Bien sûr, il est regrettable que l'industrie de l'automobile soit en crise, mais je ne vais tout de même pas pleurer pour les amoureux de Hummer ou de quatre roues motrices le plus souvent inutiles, qui consomment plus que tous les véhicules japonais existants. On aurait pu prévoir cela bien avant, non? En fait, plus je m'interrogeais, plus j'avais envie de crier, comme dans la dernière publicité de Wal-Mart qui se trouve soudain une fibre patriotique québécoise pour vanter la famille Bergeron ou les fromages Boivin.

A-t-on pensé à ces familles d'artisans qui souffrent, qui ont du mal à écouler leurs produits dans les chaînes, à ces petits à qui on demande d'inscrire les valeurs nutritionnelles sur l'emballage comme nulle part ailleurs? Que dire de tous ces petits producteurs pour qui Noël est l'attente? Ceux pour qui Noël fait l'année et donne l'espoir d'une vie meilleure?

Ces artisans ont besoin de nous et espèrent que le vin ou le cidre de glace sera de la fête, que la dinde de Charlevoix, qui coûte plus cher à produire que la dinde «beurrée» des États-Unis, trouvera preneur, enfin que ce qui nous distingue de nos voisins contribue à valoriser tous ces petits producteurs qui, avec fierté, prônent un Québec alimentaire éduqué.

Un choix qui passe par les valeurs

Personne ne peut nier que 2009 sera une année difficile, qu'il faudra peut-être encore voter et que la relance économique passera aussi par l'encouragement à consommer québécois. Vais-je me sentir mieux après la Guignolée des médias, après celle du Dr Julien ou encore après avoir donné à la mairie de ma localité ma part de conserves, qui me font penser à mère? Participer à la vie active est aussi une question de valeurs. En favorisant la consommation locale, on aide les artisans, qui vont ainsi pouvoir eux-mêmes engager de la main-d'oeuvre de chez nous.

Tout cela favorise le développement de notre économie et redistribue dans la société une partie de nos valeurs et de nos biens. Pour une fois, les riches seront un peu moins riches, et les pauvres, toujours plus pauvres. Je ne me priverai pas pour autant de l'orange de Noël, des comptines de mon oncle Georges et de son Minuit, chrétiens, des chicanes du beau-frère qui louange le Canadien, mais surtout de la tourtière du Lac-Saint-Jean qui se veut être la seule «vraie».

Et que dire de la bûche rapportée par mes soins, qui sera comme toujours garnie de chocolat riche et crémeux, mais surtout du goût de Noël, qu'il ne faudrait jamais perdre, quoi qu'il arrive?

Du Breton charcute nature

Les viandes du Breton, qui se veulent naturelles, viennent de mettre sur le marché une gamme de produits de charcuterie sans antibiotiques. Sous emballages aseptisés de 175 g, on retrouve diverses chiffonnades de jambon, de rôti de dinde et de porc, qui sont désormais vendus en supermarché. Seul bémol: comme bien des produits similaires, la concentration de sel est trop élevée et gâche quelque peu le goût de la viande. www.dubreton.com

Philippe Mollé est conseiller en alimentation. On peut l'entendre tous les samedis matins à l'émission de Joël Le Bigot, Samedi et rien d'autre, à la Première chaîne de Radio-Canada.

***

Biblioscopie

Petit précis de cuisine moléculaire

Anne Cazor et Christine Liénard

Éditions Marabout,

159 pages, 2008

Un ouvrage réservé aux spécialistes de la cuisine moléculaire ou aux aventuriers de cette alimentation nouveau genre.

Comment se servir de l'azote, faire du thé aux perles mentholées ou encore des sushi soufflés? L'essayer, c'est l'adopter.

***

Recette de la semaine

Truffes au chocolat

et flocons d'érable

- 500 g de chocolat noir 65 %

- 250 ml de crème 35 %

- 45 g de beurre

- 45 g de flocons d'érable

- 30 g de cacao

Mélanger le cacao et les flocons d'érable.

Faire fondre en partie les morceaux de chocolat noir au bain marie, puis faire bouillir la crème et versez tout en remuant sur le chocolat à demi fondu. Ajouter le beurre et bien lisser le mélange. Laisser refroidir durant 3 ou 4 heures. Confectionner des boules de la grosseur d'une noix et passer dans le mélange de flocons d'érable et cacao.

Conserver au frais.

À voir en vidéo