Campagne électorale et alimentation: on reste sur sa faim

Parmi les engagements du Parti libéral du Québec, à peine deux visent spécifiquement l’alimentation. Sur notre photo, le chef Jean Charest et son épouse, Michelle Dionne, visitent une ferme avicole de Saint-Hyacinthe pendant la campagne électoral
Photo: Agence Reuters Parmi les engagements du Parti libéral du Québec, à peine deux visent spécifiquement l’alimentation. Sur notre photo, le chef Jean Charest et son épouse, Michelle Dionne, visitent une ferme avicole de Saint-Hyacinthe pendant la campagne électoral

C'est le paradoxe des campagnes électorales depuis des lunes: l'élément crucial d'une démocratie, celui qui garde l'électeur en vie, en l'occurrence l'alimentation, de la fourche à la fourchette, est toujours le thème le moins débattu par les partis en lice. Et l'analyse des programmes des cinq formations politiques qui s'avancent vers le scrutin de lundi prochain confirme certainement la tendance.

Un doute? Sur la soixantaine d'engagements électoraux présentés par le Parti libéral du Québec (PLQ), deux à peine visent spécifiquement l'alimentation. Pour l'amateur de mathématiques, cela représente donc 1,6 % des promesses faites par l'équipe de Jean Charest qui, en cette matière, souhaite «doubler le budget du programme "Le Québec dans votre assiette"», mais aussi créer un «Bureau de promotion des produits alimentaires québécois». Point.

Le Parti québécois (PQ), lui, montre un peu plus d'appétit en distillant quelques engagements alimentaires dans une section de son plan électoral portant sur le développement de l'agriculture et la consolidation du secteur des pêcheries et du tourisme. Dans les grandes lignes, l'équipe péquiste souhaite par exemple «soutenir les efforts des producteurs» pour qu'ils adoptent «des pratiques agricoles durables et [...] biologiques» et pour qu'ils développent «de nouveaux produits». Le PQ s'engage également à mieux «promouvoir les produits québécois au sein des réseaux de distribution, en particulier auprès des épiceries, supermarchés et magasins à grande surface» et veut «soutenir une stratégie de commercialisation audacieuse de nos produits marins», peut-on lire dans son document électoral.

Autre promesse: les troupes de Pauline Marois s'engagent à «adopter une politique sur l'étiquetage de tout produit contenant des OGM [organismes génétiquement modifiés]». Le PQ prend toutefois la peine de ne pas préciser le caractère obligatoire de cette politique, ce qui laisse du même coup présager l'adoption de normes volontaires, comme il en existe actuellement du côté fédéral. Ce principe d'étiquetage, laissé à la discrétion des industriels, n'a fait apparaître sur le marché, pour le moment, aucun produit se vantant de contenir des transgènes.

Et les petits partis?

À gauche toute, sur l'échiquier politique provincial, Québec solidaire (QS) a aussi décidé de proposer neuf mesures directement ou indirectement liées à l'alimentation. Sans surprise, la formation politique qui se vante d'être la plus écologiste dans la course parle de soutien aux «initiatives écologiques, biologiques et du terroir» par «un financement important à travers des crédits verts et des écosubventions», mais elle s'engage aussi à «appuyer la promotion des produits locaux», de la production à la mise en marché.

En ce qui concerne les OGM, le parti politique à deux têtes — c'est en tout cas ce que confirment les affiches électorales de QS, largement exposées dans les rues de Montréal — n'en démord pas. Il appelle à l'étiquetage obligatoire des produits qui en contiennent et commande aussi un moratoire sur la mise en culture de nouveaux transgènes partout au Québec. Ailleurs dans les champs, la formation de Françoise David et d'Amir Khadir prévient que, sous sa gouverne, un moratoire sur l'éthanol de source agricole sera décrété, et ce, pour s'assurer que l'agriculture serve bien à nourrir le monde, et rien d'autre.

La bouffe, le Parti vert du Québec (PVQ) y pense un peu, lui aussi, avec trois engagements qui risquent d'avoir un impact direct dans l'assiette des Québécois. Des détails? Les verts de Guy Rainville — le chef — veulent «améliorer la qualité de notre alimentation et de l'environnement» en favorisant «le développement de l'agriculture biologique», peut-on lire dans leur programme. Dans cette optique, le PVQ promet d'appuyer «les fermes de petite taille et les agriculteurs qui veulent développer un produit unique».

Les écolos ont aussi deux projets pour qu'alimentation et santé fassent meilleur ménage: ils veulent «sortir la malbouffe des écoles et des institutions publiques», mais aussi rendre «obligatoire», eux aussi, l'étiquetage des OGM. Sans plus.

Enfin, au chapitre des promesses électorales à saveur alimentaire, l'Action démocratique du Québec (ADQ) s'illustre, quant à elle, par sa frugalité. La formation de Mario Dumont s'approche en effet de la ligne d'arrivée électorale avec une promesse dévoilée cette semaine à Saint-Rémi: développer «les produits du terroir et la recherche» dans le monde agricole. Cette mesure vise, entre autres, à faire de l'agriculture «un secteur de croissance», a expliqué le parti de droite par voie de communiqué.

Comme on dit: la table est mise.

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Cette semaine, une autre question mérite d'être posée. Au cours des dernières années, l'explosion du prix du pétrole sur les marchés internationaux a amené les compagnies aériennes à refiler la facture aux consommateurs-voyageurs en imposant une surtaxe pour l'enregistrement d'une deuxième valise, en réduisant le poids admissible des bagages ou encore en ajoutant un supplément pour carburant lors du calcul du prix final du billet

Bon joueur, Air Canada a décidé au début de l'automne de revenir un peu en arrière — alors que le prix du baril commençait à descendre — en laissant passer plus facilement les deuxièmes valises lors de l'enregistrement et en intégrant le supplément pour l'essence au prix normal du billet. Par souci de transparence, indiquait alors le transporteur aérien.

Or, cette semaine, l'Association internationale du transport aérien (IATA) nous apprenait que le prix du kérosène est depuis 12 mois sur une pente descendante. Des preuves? Entre fin novembre 2007 et fin octobre 2008, les compagnies aériennes ont payé 16 % moins cher le litre de ce pétrole lampant nécessaire pour faire voler leurs oiseaux de fer. En un an, la chute a été de 36,2 %. Et forcément, aujourd'hui, l'aspirant voyageur peut se demander, sérieusement, s'il va profiter lui aussi de cette réduction de coûts dans les prochains mois.

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