Des livres pour boire entre les lignes

Le voyage commence là où vous posez les yeux, entre les lignes d'un beau livre, avant même d'avoir savouré la première gorgée de vin. Combinez les deux et voilà votre imaginaire qui s'élargit, tel l'estuaire du Saint-Laurent à Cap-aux-Oies.

Ceux qui aiment fouler le terrain, suivre les courbes de niveau pour mieux pénétrer régions, lieux-dits et autres climats trouveront à l'intérieur de la toute dernière édition de L'Atlas mondial du vin, des auteurs anglais Jancis Robinson et Hugh Johnson (Éditions Flammarion), matière à vivre l'oenotourisme dans le confort de leur salon, sans recours au GPS.

Faut-il se méfier des compilations? Elles valent en tout cas ce que vous voulez bien y trouver afin d'éviter tout dépaysement. Mais vous pourriez l'être, dépaysé, avec ce beau gros bloc de plus de 1000 pages modestement intitulé Les 1001 vins qu'il faut avoir goûtés dans sa vie (Éditions Trécarré).

Différentes plumes y décrivent avec précision, parfois avec humanité, ces belles bouteilles replacées dans leur contexte et signées par des artistes qui mériteraient d'être plus souvent célébrés. La beauté de la chose?

On n'assomme pas ici le lecteur avec ce réflexe obsessionnel, pour ne pas dire névrotique, du pointage sur 100 points qui fait les beaux jours de la critique anglo-saxonne et qui, par souci de sensationnalisme bassement commercial, s'immisce maintenant ici même, au Québec.

Comme nous connaissons tous autour de nous un petit «smatte» incollable en matière de vins, je vous avais invité à la même époque l'année dernière à lui fournir l'occasion de l'être plus encore en l'abonnant à la chic revue française Le Rouge & le Blanc (www.lerougeetleblanc.com). Quatre numéros annuels seulement, mais diable que cette revue exempte de publicité est fouillée, précise, rigoureuse et précieuse par sa démarche, qui vise à nous connaître l'intérieur de l'univers vitivinicole, sans une once de compromis, en toute intégrité.

C'est dans cet esprit que Les Éditions du Vin Le Rouge & Le Blanc viennent de faire paraître Le vin au naturel (Sang de la Terre — www.sangdelaterre.fr) du rédacteur en chef même de la revue, François Morel.

L'auteur, dont on sent rapidement à la lecture qu'il sait de quoi il parle, s'attache, à travers cinq chapitres, à faire le constat actuel de la production, avec ses hauts et ses bas, en faisant s'exprimer aussi des personnalités du vin qui sont loin, elles aussi, d'être des deux de pique. L'ouvrage est savant sans être pédant, et il rend à coup sûr plus intelligent!

Côté guides, en plus des Phaneuf/Fournier, Chartier, Debeur et le mien, tous consacrés à l'offre locale proposée par le monopole, citons le Guide des vins du monde entier 2009 de Hugh Johnson (Flammarion), qui offre, en un clin d'oeil et par ordre alphabétique, pays, producteurs, régions et appellations; Le Guide Hachette des vins 2009 (Hachette), un collectif (plus de 900 personnes!) qui embrasse la France entière au chapitre des sélections; ou encore Les meilleurs vins de France 2009 (La Revue du Vin de France) des auteurs Poussier, Gerbelle, Poels, Burtshy, Petronio et Maurange, l'indispensable «guide vert» qui cible plus précisément, celui-là, la production qualitative de l'Hexagone.

Enfin, pour son humour, ses prises de position mais surtout son amour des vins de Bordeaux, le Guide du Bordeaux, du journaliste Oz Clarke (Gallimard), intéressera l'amateur des beaux crus de la Gironde.

Pour les Fêtes: trois soirées, trois budgets

Soirée fun

- S'elegas 2007, Nuragus di Cagliari, Argiolas (15,65 $ - 10675159): toute l'âme de la Sardaigne niche au creux de ce blanc sec rond et aromatique, à la fois moderne et d'une prenante originalité. Les calmars frits feront l'affaire. ***, 1.

- Cono Sur Reserva, Pinot Noir 2007, Chili (16,55 $ - 874891): caractère expressif d'un pinot noir qui sait se faire accrocheur mais qui dissimule aussi une trame fruitée ferme et bien fraîche. La finale épicée trouvera, sur une volaille farcie, à ouvrir ses ailes avant de partir pour le Sud. ***, 1. ©

- Graham's Late Bottle Vintage 2003, Symington (20,75 $ - 191239): fun, très fun, et osons ici le mot sexy, car il y a de la chair autour du fruit, lui-même lové autour d'une structure vineuse bien présente et passablement consentante. Signé Symington! ***, 2.

Soirée choc

- The Money Spider 2007, d'Arenberg, McLaren Vale (22,60 $ - 10748397): il y a ici à la fois de l'exotisme et du sérieux dans ce blanc sec original, rond, ample, généreux et finement minéral sur la finale. De quoi relancer une cuisine indienne ou asiatique .***1/2, 1.

- Marsannay «Saint-Jacques» 2005, Fougeray de Beauclair (41,25 $ - 917302): la plus septentrionale des appellations bourguignonnes nous livre ici, à l'intérieur d'un peu plus d'un hectare, un cru qu'il serait tout bête de ne pas considérer, surtout dans ce millésime. Pas donné, mais il y a le parfum, la texture, et la race du bourgogne rouge qui attire, chavire, régale et pousse le dîneur attablé devant une belle poularde à déboucher rapidement une seconde bouteille. Un bourgogne «dentelle» mais qui a aussi du fond, un style précis, une fluidité exemplaire, une longueur digne de son rang. Dépêchez-vous, car il se raréfie à vue d'oeil! ****, 2. ©

- Extra Vieux Pineau des Charentes, Brillet (38,50 $ - 589739): vous venez de le servir à l'aveugle, bien frais sans le moindre glaçon, sur une pointe de tarte aux pommes ou aux poires, un vieux cheddar ou une part de foie gras aux figues et vous voyez autour de vous la joie poindre: cette mistelle racée, moelleuse et profonde aura tôt fait de touchre le coeur de vos invités! ****, 3.

Soirée chic

- Champagne 1er Cru Blanc de Blancs Brut, De Saint Gall (56 $ - 542209): ceux que la trame aérienne lisible, frivole et impertinente du chardonnay attire dans ses filets seront aux premières loges avec ce champagne de séduction, dont le satiné de bulles convie le palais à flirter avec un fruité pur et consistant, mais aussi un palais libre à butiner longuement sans se lasser. Un champagne polyvalent qui laisse la femme et l'homme dignes et passablement heureux. ***1/2, 2.

- Côte Rôtie 2006, Pierre Gaillard (70 $ - 731133): vous l'aurez passé bien évidemment en carafe deux bonnes heures avant de le servir sur une pièce d'agneau lentement braisé afin de lier les sucs de la bête et cette syrah dont la force mesurée ne cesse pourtant de gagner en intensité et en largeur. Dominante fumée sur trame fruitée de cerise noire, fraîcheur, corps et longueur. ****, 3. ©

_ Porto Vintage 2003, Taylors (140 $ - 10455383): du grand art par son soyeux, le relief insistant d'un fruité d'exception mais aussi la richesse d'une sève homogène, lisse, longue et palpable sans être trop dense ni sucrée. Quinze autres années de bouteilles l'ennobliront encore plus. ****1/2, 3. ©

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- Potentiel de vieillissement du vin: 1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus. ©: le vin gagne à séjourner en carafe.

- Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2009 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.

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www.vintempo.comm

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Les vins de la semaine

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La belle affaire

Roaz Reserva 2006

(12,35 $ - 10325221)

Ce vin de la côte ouest portugaise élaboré avec le castelao et l'aragonez offre un profil fruité et épicé des plus savoureux, avec une flexibilité et une fraîcheur qui lui assurent en bouche beaucoup de réalisme et de dynamisme. C'est simple, rustique, et tout ce qu'il y a d'attachant. Surtout sur la côte de porc. 1.

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Le cidre de glace

Cryomalus 2007, Antolino Brongo (28,95 $ - 11002626)

C'est du côté de Saint-Joseph-du-Lac, à partir de cinq variétés à tomber dans les pommes et dont la McIntosh constitue l'assemblage de base, que nous arrive ce fringant, pour ne pas dire percutant, cidre de glace. Arômes nets et tranchés, et vertigineuse acidité, à peine arrondie par une sucrosité discrète mais juste. 3.

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La primeur en blanc

Sauvignon Blanc 2007,

Marlborough, Matua Valley, Nouvelle-Zélande

(18,95 $ - 10968744)

Remarquez la déferlante en provenance de ce pays dont le sauvignon blanc est l'acteur de premier plan. Le candidat bondit une fois de plus avec une saine énergie derrière la capsule, avec son fruité friand, croquant, tonique et de jolie consistance. 1.

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La primeur en rouge

Coma Vella 2003,

Mas d'en Gil, Priorat

(36,25 $ - 10857657)

Une solide base de grenaches à laquelle s'ajoutent carignan, cabernet sauvignon, syrah et merlot, pour un nez puissant mais détaillé et harmonieux, aux accents de garrigue sauvage et de réglisse. Bouche ample, charnue, mais aussi corsée, que prolonge une finale minérale fine. 2.

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Le vin plaisir

Château des Jacques 2005, Moulin-à-Vent, Jadot

(28,40 $ - 507970)

Impossible de ne pas satisfaire le compagnon adoubé du Beaujolais que je suis sans déboucher cette merveille de consistance fruitée, de flexibilité de texture, d'affirmation sereine du gamay portée au niveau de la joie pure. Pour plaisir immédiat, ou séjour en cave. 2.

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