Perspectives - Une année sans ristourne?

Pendant que les banques poursuivent le nettoyage de fin d'exercice de leur bilan, la crise financière vient menacer la rentabilité du Mouvement Desjardins. Une perte pourrait être inscrite au quatrième trimestre qui, si elle couvre l'ensemble de l'exercice, viendra compromettre le versement des ristournes aux membres.

En 2008, le calendrier n'avantage pas les institutions financières qui, comme le Mouvement Desjardins ou la Financière Manuvie, voient leur exercice prendre fin le 31 décembre. Avec des marchés financiers particulièrement secoués au quatrième trimestre, la période d'octobre-décembre risque d'être problématique pour les équilibres comptables de ces institutions. À un point tel qu'au Mouvement Desjardins, on n'écarte pas la possibilité de devoir inscrire une perte au dernier trimestre qui pourrait, selon son ampleur, déborder vers l'ensemble de l'exercice. Le cas échéant, 2008 deviendrait une des rares années sans ristourne pour les membres du mouvement coopératif.

Les banques ont présentement l'avantage du calendrier dans le jeu des comparaisons entre institutions. Avec un exercice se terminant au 31 octobre, leurs données de 2008 renferment un difficile mois d'un trimestre octobre-décembre s'annonçant particulièrement sombre pour les marchés financiers. Les banques ont ainsi le loisir de «profiter de l'occasion» pour nettoyer leur bilan 2008 tout en espérant diluer les effets restant de novembre et de décembre et les étaler sur 12 mois. Pour les autres, pour les institutions financières du 31 décembre...

La Financière Manuvie a donné une illustration de l'impact possible mardi. Déjà, à la mi-octobre, le plus important assureur au pays, coté triple A, avertissait que les tensions sur les marchés rendaient trop onéreuses les opérations de couverture de ses risques. Mardi, l'institution soulignait qu'elle prévoit augmenter les provisions relatives aux garanties des rentes à capital variable pour les porter à quelque cinq milliards au 31 décembre 2008, contre 526 millions au début de l'exercice.

Puis, Manuvie s'est lancée dans l'emploi du conditionnel. «Par conséquent, si les marchés boursiers demeurent dans leur état actuel, il est attendu que les provisions pour rentes à capital variable soient augmentées d'environ 2,7 milliards, ce montant étant enregistré au quatrième trimestre. Principalement à cause de l'augmentation prévue des provisions relatives aux rentes à capital variable, mais aussi en raison de l'incidence de l'effondrement des marchés boursiers sur les placements et autres sources de revenus, une perte d'environ 1,5 milliard est prévue au quatrième trimestre.» Ce serait alors la première perte trimestrielle de son histoire.

Toujours en supposant que la détérioration des marchés ne se poursuivra pas en décembre, Manuvie pense terminer l'exercice 2008 avec un bénéfice net de 900 millions, contre 4,23 milliards en 2007.

Cette persistance des secousses financières rattrape également le Mouvement Desjardins. L'institution québécoise repose sur de solides «fondamentaux» et sur une saine capitalisation, mais ce qu'on peut appeler «les éléments périphériques» provoquent des distorsions comptables notoires. N'eussent été les réévaluations à la baisse des PCAA ou encore les placements en portefeuille des filiales en assurance, l'excédent net de 554 millions des neuf premiers mois aurait plutôt été de près du milliard de dollars, a souligné le porte-parole du Mouvement Desjardins, André Chapleau. Mais les marchés étant ce qu'ils sont, et vu la détérioration qui s'est accélérée en octobre...

Le rapport financier du troisième trimestre de l'institution coopérative est sans équivoque dans sa mise en garde. Jusqu'au 30 septembre, l'institution n'avait pas eu à subir de pertes sur ses papiers commerciaux adossés à des actifs (PCAA). Soulevant les risques liés aux PCAA et aux actifs sous-jacents après cette date, «le passif-dépôt et les provisions techniques, reliés au rendement de ces produits, ont été réduits de façon considérable et la probabilité est forte que le Mouvement ait à assumer une perte aux états financiers cumulés du quatrième trimestre de 2008». L'institution va plus loin: «De plus, le Mouvement peut-être appelé à substituer ces PCAA pour des liquidités additionnelles associées à ses obligations envers ces structures.»

À ces pressions venant des PCAA, toujours illiquides et dont la restructuration ne cesse d'être reportée, s'ajoute celle des produits structurés à capital garanti, qui reposent entre autres sur d'autres PCAA et sur le recours à des fonds de couverture. Toujours dans son rapport financier, le Mouvement Desjardins a rappelé qu'il avait lancé un important programme de désinvestissement de ces fonds alternatifs depuis août 2007. «Les derniers ordres de désinvestissement ont été envoyés en septembre et en octobre 2008», peut-on lire. Ces liquidations porteraient sur une somme nominale «substantielle», dit Desjardins, mais évaluée de source non officielle à quatre milliards.

Quant aux produits structurés, au 30 septembre dernier, l'institution détenait 1,66 milliard de dollars de PCAA avant dévaluation. S'ajoutent les 779 millions avant dévaluation associés aux produits d'épargne à capital garanti.

Les pressions viennent donc de quatre fronts: les PCAA en cours de transformation, ceux liés aux produits à capital garanti, la liquidation des fonds de couverture et les placements en portefeuille des filiales d'assurance. De toute évidence, de nouvelles écritures comptables seront donc requises au quatrième trimestre étant donné la détérioration persistante des marchés. Selon le chiffre qui circule depuis quelques jours, les radiations additionnelles seraient de 500 millions.

«On ne sait pas. Ce sera selon l'état des marchés au 31 décembre», a rappelé André Chapleau.

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