Les stimuli fiscaux prennent la relève

Les banques centrales de par le monde ont beau réduire à l'unisson leurs taux directeurs respectifs, il faudra davantage que le jeu de la politique monétaire pour remettre les économies occidentales sur les rails de la croissance.

Et davantage il y aura, soyez-en assurés. Les baisses des taux et les centaines de milliards de dollars pour renflouer les banques et les institutions financières sont parvenues à stabiliser le système financier. Les taux du marché monétaire et des prêts interbancaires ont réagi vivement à la baisse au cours des dernières semaines ce qui est certainement un pas dans la bonne direction.

Mais, pour couronner le tout, les gouvernements de par le monde se préparent à appuyer sur l'accélérateur fiscal. Déjà, certaines mesures ont été prises ici et là comme celles pour appuyer les petites et moyennes entreprises en France ou comme les retours directs d'impôt aux familles aux États-Unis. Mais le grand coup de semonce est venu il y a un peu plus de deux semaines de la Chine dans un premier temps, puis des États-Unis dans un second temps.

La Chine a décidé de débloquer des fonds à la hauteur de 600 milliards $US pour accélérer les travaux d'infrastructure. Ce n'est pas une bagatelle puisque Jeff Rubin, le stratège et économiste en chef de la banque CIBC, estime que le programme ajoutera 3 % au taux de croissance du PIB sur trois ans, soit 1 % par année. Voilà une dépense susceptible de se transformer par une hausse de la demande pour l'acier, le charbon, le ciment et autres matériaux.

Aux États-Unis, le gouvernement a dévoilé pour sa part son plan d'intervention pour les hypothèques en défaut. Comme vous le savez, ils seront au sud de notre frontière quelques millions de familles à devoir déposer bientôt leur bilan si rien n'est fait. Le gouvernement a donc décidé de modifier les clauses des hypothèques à problème. Le but visé: ramener les mensualités à 38 % du revenu brut familial. De la sorte, la plupart de ces familles pourront demeurer chez elles et attendre des cieux plus cléments.

Les personnes admissibles: celles accusant un retard d'au moins trois mois sur le versement des mensualités. Pour ce faire, les institutions pourront abaisser le taux exigé jusqu'à 3 % l'an pour les cinq prochaines années. Après quoi, le taux exigé grimpera de 1 % l'an jusqu'à ce qu'il revienne au niveau du marché.

Le solde de l'hypothèque sur lequel sont calculées les mensualités pourra aussi être réduit. Cette mesure a pour but d'inciter les propriétaires dont la maison vaut moins que l'hypothèque à la conserver plutôt que de l'abandonner aux mains des créanciers. La portion réduite du solde est alors reportée à la fin de la période d'amortissement de l'hypothèque. Le report peut être long puisque plusieurs hypothèques ont des périodes d'amortissement allant jusqu'à 40 ans. La portion ainsi reportée ne portera pas d'intérêt.

Toutes les institutions financières devront participer au programme pour les hypothèques garanties par les agences Fannie Mae et Freddy Mac, les deux agences nationalisées en septembre dernier par le gouvernement américain.

Voilà un programme susceptible de ne pas coûter une fortune au gouvernement et capable de stabiliser à terme le marché immobilier. Les institutions financières voudraient bien que le programme soit étendu à toutes les hypothèques et non seulement à celles garanties par les agences gouvernementales. Ces institutions cherchent ainsi à inclure dans le plan de sauvetage les hypothèques à haut risque (subprimes) contre lesquelles toutes sortes de produits dérivés ont été émis. Le gouvernement n'a pas pour l'instant acquiescé à cette demande.

Par contre, le Trésor et la banque centrale américaine ont ciblé un autre problème: l'imperturbabilité des taux hypothécaires. En dépit d'une baisse magistrale du taux directeur de la banque centrale (il est passé en un peu plus d'un an de 5,25 % à 1 %), les taux hypothécaires sont en effet restés collés au plafond. Or, il n'y aura point de redressement du marché immobilier sans au préalable une baisse sensible des taux hypothécaires. La Réserve fédérale a donc décidé la semaine dernière de s'attaquer de plein fouet au problème en consacrant 600 milliards $US au rachat des titres hypothécaires et de leurs produits dérivés issus par les agences gouvernementales. La nouvelle a eu un effet immédiat en poussant les taux hypothécaires à la baisse. Le taux hypothécaire de 30 ans est ainsi vite passé de 6,1 % à 5,7 %.

Comme vous pouvez le voir, les gouvernements munis de leur outil fiscal ne ménageront aucun effort pour insuffler une nouvelle vigueur à l'économie mondiale. Et cela finira bien par fonctionner.

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