Théâtre - Trouver les maux pour les dire

Il y a exactement deux ans, à quelques jours près, une feuille volante s'échappait de mon programme alors que je m'installais dans un des ronflants sièges-baquets à bascule de l'ancien Théâtre de Quat'Sous. On pouvait y lire un message en forme de cri. De cri d'alarme... Le petit texte émanait du CEAD et il mettait en relief, déjà, des choses extrêmement préoccupantes...

Nos lecteurs curieux pouvaient reconnaître dans ce billet l'essentiel du dossier mis au jour par les collègues Stéphane Baillargeon et Louise-Maude Rioux-Soucy, comme nous l'écrivions à l'époque. «Révision des programmes culturels fédéraux, réévaluation de la politique de diplomatie ouverte, compressions budgétaires, réduction de personnel et fermeture éventuelle de centres culturels à l'étranger. Tout cela sous prétexte d'équité et d'efficacité financière et en faisant appel au "gros bon sens" comme on le conçoit à l'ouest des Grands Lacs. On se souviendra que ce "sens concret de la réalité" avait amené, il y a quelques années, un député réformo-conservateur à tenter de faire annuler l'achat scandaleux, selon lui, d'une toile de Rothko à "un prix de fou"... »

C'était il y a deux ans, ici même dans cette page. Étonnant, non? Étonnant de se retrouver exactement là, aujourd'hui...

Après ce formidable appel d'air que furent les États généraux du théâtre, en novembre 2007. Après que le milieu eut enfin pu se rassembler sous une même commune bannière et affirmer sa volonté d'assumer son rôle dans le développement de la société québécoise en général... et dans le particulier des différences qui le et la fondent. Après l'avoir fait et continué à le faire avec des productions culturelles souvent décapantes tout autant que par des prises de position affirmées dans tous les grands dossiers.

Après deux campagnes électorales aussi. Après les demi-vérités et les mensonges déguisés que l'on sait, après les abolitions de programmes et après même que le milieu culturel eut lancé la fronde contre l'intransigeance des conservateurs dès l'ouverture des hostilités sous la plume de Wajdi Mouawad. Après tout cela qui ne fut au fond que le faible signal de ce qui allait venir vraiment. Se retrouver exactement là...

Dur. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'on ne peut pas reprocher à Stephen Harper de ne pas respecter ses promesses au sujet du merveilleux monde de la Culture, ce Sodome et Gomorrhe des temps modernes où l'on se vautre dans les galas sous le feu des caméras en exhibant, c'est bien connu, ses colliers de perles, ses tuxedos (di!) et ses Rolex. Howdy!

Survivance fondamentaliste

Ça s'est passé à la Maison Théâtre. Durant ces trois jours de rencontre autour du théâtre pour ados qui réunissaient des «théâtreux» européens et québécois pour le troisième volet d'une vaste consultation amorcée en France et en Belgique. Événement auquel je n'ai pu, pour cause de festival et de journal à faire que voulez-vous, consacrer qu'une seule journée. Mais ce fut suffisant.

Suffisant pour constater l'importance de ces rencontres et de ces influences réciproques qui enrichissent toutes les pratiques théâtrales. Tout le monde gagne à ce qu'il y ait partout plus d'échanges et à ce que plus de publics de théâtre en profitent; j'ai du moins vu là certains yeux s'entrouvrir... Mais ce fut quand même suffisant pour être rapidement confronté encore à cette distance et à cette rigidité tout européennes face au théâtre destiné aux adolescents... quand ce n'est pas aux enfants tout court. Une sorte de survivance fondamentaliste du «contre le théâtre pour», vous vous souvenez?

Comme si l'on s'obstinait à ne pas vouloir nommer les choses pour ce qu'elles sont... Comme si le théâtre, comme si la culture dans son ensemble ne s'était pas fragmentée elle aussi en suivant le courant. Comme si l'on refusait de constater que cette diversification permet d'atteindre et de toucher plus de publics. Et que, en passant la main trop vite, on ignore ainsi la valeur artistique de la programmation jeunes publics en n'y voyant souvent, au mieux, qu'un divertissement ou qu'une «animation culturelle».

Pourquoi faut-il constamment rappeler que depuis plus de 20 ans maintenant, le Théâtre Le Clou s'adresse aux adolescents avec des productions remarquables qui parlent de l'urgence qui est la leur — une urgence qui devrait bien sûr nous inspirer tous mais que, tsé, y'a un âge pour ça, hein. Vous pourrez d'ailleurs vous y confronter directement à cette dérangeante urgence de dire et de vivre puisque l'une des plus récentes productions de la compagnie, Assoiffés de Wajdi Mouawad, prend l'affiche du Théâtre d'Aujourd'hui du 9 au 20 décembre. Osez. Pour Noël...

Mais ce n'est pas vraiment ce que j'allais souligner. C'est plutôt cette distance que prennent nos cousins francophones, surtout les Français, cette presque convulsion qui agite leur bouche lorsqu'ils se voient forcés dans une discussion de prononcer les mots: «théâtre pour... vers... en direction... des adolescents ou peut-être ouais des enfants, mais nous, on vous le dit tout de suite, on trouve que c'est beaucoup mieux quand les parents de toutes les générations sont là... Parce que nous, on est contre les ghettos». Comme s'ils connaissaient tout des ghettos et que l'on n'avait rien compris ici à vouloir parler directement aux adolescents plutôt qu'à leur proposer une relecture de Racine ou de Corneille — c'est un exemple, je n'ai rien contre Jean ni Pierre. Comme si la création pour ados ou, pire peut-être, pour enfants, était une perte de temps...

Comme si, lorsqu'ils sont obligés d'en parler parce que les micros sont ouverts, ils avaient quelque chose de profondément répugnant dans la bouche, au point de ne pas pouvoir en prononcer le nom. Comme si tout cela était foncièrement ridicule, tabou, sale presque. Vaseux, au moins.

M'énerve...

En vrac

- Le Conservatoire d'art dramatique de Montréal nous faisait savoir la semaine dernière que la période d'inscription aux auditions d'entrée pour l'année scolaire 2009-10 était en cours. Pour être admis, les candidats doivent être titulaires d'un DEC le 1er septembre 2009, mais «certaines exceptions peuvent être considérées après l'âge de 21 ans». Ceux qui souhaitent se présenter aux auditions — on a jusqu'au 1er mars 2009 pour s'inscrire — sont invités à réserver leur place pour une séance d'information qui aura lieu au Conservatoire le samedi 17 janvier. On se renseigne au tél: 514 873-4283, sur le site Internet www.conservatoire.gouv.qc.ca/cadm ou en se présentant au 4750, Henri-Julien à Montréal. À l'École nationale, soulignons que les conditions sont grosso modo les mêmes, mais les inscriptions ne sont acceptées que jusqu'au 15 février. On peut aussi s'inscrire en ligne ou télécharger le formulaire PDF à compter de demain sur le site de l'École, www.ent-nts.ca.

mbelair@ledevoir.com

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