Et puis euh - Cinq ou quatre

En fin de semaine, j'étais tranquillement assis là à ne déranger personne et à configurer en pensée et par écrit les plans et devis d'un gouvernement de coalition dirigé par un éventuel premier ministre battu à plates coutures aux dernières élections et ayant déjà annoncé sa démission et qui devrait compter sur le nécessaire soutien de séparatistes, ce qui ne manqua pas de me flanquer un violent tournis doublé d'une foi renouvelée en le potentiel humoristique de la politique fédérale, lorsqu'une énorme nouvelle me tomba dessus sans crier gare, ni en criant rien d'autre non plus.

La réforme du pentathlon moderne.

Évidemment, quand vous regardez vos Jeux olympiques à la télévision, vous préférez voir de la gymnastique, du patin de fantaisie, du volleyball de plage ou vos Canadiens qui gagnent des médailles. C'est d'ailleurs pour cette raison précise qu'on vous montre beaucoup de ça et à peu près pas de pentathlon moderne. Ce qui ne signifie pas que le pentathlon moderne n'est pas un sujet tout à fait passionnant.

Le pentathlon moderne fut inventé par Pierre Frédy, baron de Coubertin, et intégré au programme olympique en 1912. De la même manière que le pentathlon antique était censé révéler les qualités d'un bon soldat — course à pied, lutte, saut en longueur, lancer du javelot, lancer du disque (selon des sources, il n'était pas rare, pendant la guerre du Péloponnèse, de voir Spartiates et Athéniens se garrocher allègrement des disques, motif probable pour lequel le conflit a duré si longtemps) —, le baron avait imaginé une compétition illustrant le dur parcours à effectuer pour un soldat du XIXe siècle qui se retrouverait malencontreusement coincé derrière les lignes ennemies: courir à pied, se battre à l'épée, nager, tirer du fusil et monter un cheval inconnu. Pas nécessairement dans cet ordre, mais on voit un peu le concept.

En somme, il faut faire preuve d'une belle polyvalence pour réussir dans le secteur. Mais ça n'a pas empêché, au fil des ans, la discipline d'être critiquée parce que trop compliquée à suivre, pas assez pratiquée à travers le monde ou difficile à montrer à la télévision. À plusieurs reprises, le pentathlon moderne a failli disparaître du programme olympique. Il faut dire que le vrai soldat d'aujourd'hui qui va se battre pour la liberté et trouver Oussama ben machinchouette demeure relativement peu appelé à chevaucher quelque fougueux destrier ou à dévoiler ses aptitudes à l'escrime.

Toujours est-il que du 20 au 23 novembre — n'ayez crainte si je ne l'ai appris qu'en fin de semaine, je suis toujours en retard dans les nouvelles, toujours le dernier à tout apprendre, un de ces quatre je trépasserai et ne le saurai que plusieurs jours plus tard —, les dirigeants de l'Union internationale de pentathlon moderne se réunissaient au Guatemala. Remarquez, peut-être n'étiez-vous pas non plus au courant de l'existence de cette rencontre cruciale, et qu'en conséquence je ne suis pas le dernier à l'avoir appris. Mais bon, ça n'excuse pas le retard.

Et comme il est mentionné plus haut, ils ont décidé à cette occasion de réformer le pentathlon moderne. En vertu de cette refonte, les épreuves de course et de tir au pistolet, jusqu'à maintenant distinctes, seront combinées. Ce qui signifie que les concurrents devront, comme il est de coutume de le faire au biathlon, courir, s'arrêter pour tirer, repartir en courant, s'arrêter de nouveau pour tirer, et ainsi de suite jusqu'à la consommation des siècles.

À noter pour vos archives, toutefois, que, contrairement aux biathloniens qui portent leur carabine dans le dos pendant qu'ils skient de fond, les pentathloniens, eux, ne traîneront pas leur flingue dans leur short.

Il s'agit bien sûr d'une modification aux répercussions considérables, et le monde n'en sera avec pas de doute plus jamais le même. Le bon tireur, par exemple, qui atteignait systématiquement la cible grâce à son calme légendaire et son sang-froid bien connu en pareilles circonstances, comment se comportera-t-il lorsqu'il débarquera au stand tout essoufflé, ahanant comme un damné? Et la bonne coureuse, ça lui fera quoi de devoir briser son sublime rythme et d'interrompre sa célèbre foulée pour aller cartonner?

Vous dire, c'est toute la hiérarchie du pentathlon moderne qui risque d'être chamboulée. Et il n'est pas du tout à écarter qu'au lieu des 30 secondes qui ont été consacrées à la discipline par la télé à Pékin, on nous en montre 35 ou 40 à Londres en 2012.

Là-dessus, ma perspicace intuition sent poindre dans vos esprits fiévreux qui discernent confusément qu'il est en train de se passer quelque chose une question: à partir de désormais, ça va s'intituler comment, ce truc? Parce qu'au fond, n'est-ce point, il y a toujours cinq sports, et conséquemment «pentathlon moderne» demeure approprié, en revanche de quoi il n'y a plus que quatre épreuves, et donc il s'agirait en vérité d'un «tétrathlon moderne» ainsi que le veut la racine grecque. Quoique le biathlon lui-même, deux et un tout à la fois, a choisi le deux.

En fait, c'est comme les trois mousquetaires qui étaient quatre, mais dans l'autre sens.

Je tiens donc à vous informer que l'UIPM a élu de conserver l'appellation «pentathlon moderne». Ce contre quoi je projette m'insurger par voie de pétition auprès de tous les fans finis de pentathlon moderne (j'en connais zéro, mais avec Internet, tout est possible). Car si on peut débattre à l'envi des subtilités de la justesse du pentathlon et du tétrathlon, il reste deux choses.

Un. Si le père de Coubertin se croyait moderne en 1912, on sait aujourd'hui qu'il a vécu dans du passé qui fait longtemps. Nous sommes rendus ailleurs. Il faut parler de postmodernité.

Deux. Pour éviter les chicanes entre le quatre et le cinq, soyons délibérément flous. Cette discipline est en réalité du multiathlon. Du multiathlon postmoderne.

J'ai tellement hâte aux Jeux de Londres.

***

Dans un geste extrêmement décevant, le gouvernement australien a annoncé il y a quelques jours que le test soumis aux candidats à la citoyenneté serait modifié et qu'entre autres choses, une question portant sur le cricket serait retirée.

Décevant parce que, franchement, si vous voulez l'avis d'un seul homme, quelqu'un qui ne connaît pas son sport professionnel ne devrait pas avoir le droit de vote.

Dans une autre pétition, tenez, je vais exiger du gouvernement de coalition (le Nouveau Bloc libéral?) qu'il ajoute à notre test une ou huit questions sur Canadien.

jdion@ledevoir.com

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