Coups de théâtre - Continuons le combat !

Dans Kiwi, Daniel Danis a choisi de raconter la réalité de ces enfants abandonnés des bidonvilles. Photo: Anne Ransquin
Photo: Dans Kiwi, Daniel Danis a choisi de raconter la réalité de ces enfants abandonnés des bidonvilles. Photo: Anne Ransquin

La dixième édition des Coups de théâtre, qui prenait fin hier à la Maison de la Culture Plateau Mont-Royal avec la deuxième représentation de L'Ombre de l'escargot, aura été couronnée de succès avec un taux de fréquentation exemplaire. En scolaire, 100 % des places ont été occupées par les enfants et, en tout public, les salles pleines à plus de 91 %, selon le communiqué diffusé en fin de journée hier par le festival.

Joint au téléphone, Rémi Boucher tenait à souligner la qualité des productions offertes, tout comme la présence d'une soixantaine de diffuseurs internationaux accueillis grâce à une aide supplémentaire du Québec venant contrer la démission d'Ottawa dans le secteur. Conséquence directe: les meilleurs spectacles québécois se sont vu offrir des tournées à l'étranger. Accueillant quatre spectacles en anglais pour la première fois — et encore plus de petits écoliers anglophones qu'à l'habitude —, Coups de théâtre aura ainsi réussi à faire le plein de nouveaux visages et de nouveaux spectateurs tout autant que de nouvelles écritures.

À ce sujet, il faut revenir sur le passage particulièrement remarqué de Kiwi de Daniel Danis présenté deux fois devant des salles combles à l'Usine C. Une réussite exceptionnelle autant dans la forme que dans le propos, ce texte, qui vient de valoir à son auteur le premier prix Louise-LaHaye de la relève en écriture dramatique pour les jeunes publics, s'est imposé avec brio devant plus de 300 ados particulièrement bruyants l'autre matin. On y aborde de plein fouet la réalité de ces enfants abandonnés des bidonvilles qui, un peu partout déjà sur la planète, doivent se regrouper en «famille» et en clan pour réussir à survivre au froid et à la faim tout autant qu'aux outrages de tout type quand ce n'est pas aux escadrons de la mort. Dur. Brillant aussi.

Brillant parce que Daniel Danis a choisi de raconter sans détour cette terrible histoire en utilisant une écriture scénique «trash» qui colle tout à fait au propos: bande sonore crue, caméra à l'épaule, images, extraits vidéo et deux écrans sur lesquels on voit s'écrire le sort de Kiwi et de la bande qui lui a sauvé la vie. C'est époustouflant de vérité et l'on ne peut que souhaiter que cette production revienne dans nos parages que l'on puisse en reparler plus en détail.

Avec les trois spectacles qui avaient marqué la première semaine du festival (Chaperon rouge, Isberg, Migration des oiseaux invisibles), avec Petit Pois aussi, d'Agnès Limbos, et les deux petites formes (Un malheur de Sophie, Aucassin et Nicolette) proposées par l'Artifice de Dijon, Kiwi représente très certainement l'un des moments les plus forts de la dixième édition des Coups de théâtre... si l'on tient compte que j'aurai à peine pu voir la moitié des spectacles à l'affiche. Dans quelques cas toutefois (La Robe de ma mère de Serge Marois, L'Ombre de l'escargot des Nuages en pantalon et le Cabaret dansé de Cas Public), nous aurons l'occasion d'y revenir au cours des prochains mois.

Détail important à souligner d'un large trait rouge, Coups de théâtre a réussi cette année à s'ouvrir au milieu, et il faut s'en féliciter. En appuyant la présentation du colloque organisé par le CEAD et la Maison Théâtre sur l'écriture et la diffusion du théâtre pour ados et en y faisant écho, en sollicitant une fois de plus la SMCQ et deux compagnies de danse, en proposant plus d'une dizaine de créations de compagnies d'ici, Rémi Boucher et son équipe viennent de faire la preuve de la vitalité et de l'importance du festival. Bravo. Comme on disait dans le temps: ce n'est qu'un début, continuons le combat...

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