C'est la vie: Comme une cow-girl dorée

J'ui ai dit: «Namour, on va se faire du fun, une fin de semaine country. Pacte la vanne, on part!» Il a craché son pissenlit en se braquant: «Fuckin' shit, baby love! Pas encore du country!» Ça voulait dire oui. Je le sais parce que lorsque c'est non, il ne dit rien. Mon cow-boy fringant était prêt à partir en moins de temps qu'il n'en faut pour débarquer d'un bronco qui a les gosses squeezées dans le tord-nez. J'ai chanté tout le long jusqu'à l'île d'Orléans; mille après mille, j'étais triste, mille après mille, je m'ennuyais, et il ne pouvait pas savoir comme je pouvais l'aimer.

«Des ménagères nous racontent leurs peines d'amour, que nous mettons en chansons. Parfois, il n'y a qu'à faire les arrangements.» - Julie Daraîche


«Ce qui manque ici, c'est l'esprit country. Il y a trop de chansons mal écrites sur des mélodies insignifiantes qui se contentent de parler de cheval et de campagne.


Moi, j'ai pas de cheval.» - Bourbon Gauthier


Même quand je ne connaissais pas les paroles, je remplaçais par «pleuré», «trop salé», «patates pilées», «assis su'l'bord d'la galerie», «yéyé», «mon p'tit bébé», «tout nu comme Jésus-Christ». Et puis, quand Namour chialait à cause des rimes niaiseuses, je chantais la chanson de Marthe Fleurant: «Oh! belle-maman, votre fils ne me comprend pas. Oh! belle-maman, voulez-vous règler mon cas? Je me sens si dèprimée, je suis si dècouragée. Mais si vous pouviez m'aider, je saurais vous remercier.»


Anyway, le country, c'est génétique en plus d'être géographique. Ça serait long de lui expliquer que j'ai passé plusieurs étés de mon enfance dans un Winnebago de 28 pieds à écouter Willy Lamothe, Paul Brunelle, Marcel Martel et sa fille Renée sur les cassettes huit-pistes de mon grand-père. On peut sortir le Gaspésien de sa Gaspésie, mais on ne peut pas sortir le country du Gaspésien. J'avais sept ans quand Le Ranch à Willy passait à la tévé le mercredi soir, je connaissais par coeur les paroles de Cow-girl dorée (écrites par Robert Charlebois). J'avais 13 ans quand j'ai lâché Willy pour Plume Latraverse, qui chantait du country — sans que je m'en doute — avec son chum Cassonade-Faulkner: «Saouul comme une botte. Mou comme une crotte. Chaud comme un spot dans mes culottes.»


J'avais dix ans quand je chantais des ballades western à mon cheval Léo pour l'endormir; j'ai compris intuitivement que le rythme du galop et du country, c'était comme la selle et le cow-boy: fait pour s'épouser. Namour, lui, tant que le country virera pas techno, ça le fera pas shirer du d'sour, et il va continuer à trouver ça colon comme le cancer du lobe d'oreille. Il n'a rien compris à cette musique qui chante la fierté des classes populaires, du dur labeur, de la liberté individuelle, de la simplicité de la vie rurale et du bonheur suburbain. Je ne l'invente pas, c'est comme ça que c'est écrit à l'exposition Cow-boy dans l'âme au Musée de la civilisation de Québec.


D'ailleurs, c'est là que j'ai compris la distinction entre country et western. Enfin, presque. Le western était tanné d'avoir l'air quétaine, alors, à partir des années 80, il a revendiqué l'appellation country aux États-Unis. Mais au Québec, le western, c'est de la chanson country chantée en français. Le country est considéré comme plus américain. Par exemple, la danse en ligne, c'est country. Les cow-boys et les chevaux, comme au Festival de Saint-Tite, c'est western. Ce qui n'empêche pas les amateurs de chevaux d'être country dans leur façon de vivre. Batince que c'est compliqué.


Ils disaient aussi que le country est un patchwork musical: country folk anglo-irlandais, allemand, italien, afro-américain, slave, instruments hawaiiens, amérindiens, cajuns, ballades de cow-boys. Sans compter tous les petits chemins de traverse qui sont apparus: bluegrass, honkytonk, rockabilly (inventé par Elvis), Nashville sound, outlaw, urban cowboy, new country, country-grunge.





Simple comme la vérité


«Alors que tant d'artistes bourgeois répètent d'énormes banalités sur les tons les plus prétentieux, les artistes country énoncent de grandes vérités sur le ton le plus banal», écrit l'anthropologue Bernard Arcand dans le livre Cow-boy dans l'âme, en collaboration avec Serge Bouchard.


Comme d'autres les papillons, je collectionne les titres de chansons country pour leur naïveté, leur poésie primaire, rurale, leur vérité surtout. J'en ai 203 (intraduisibles), mais je vous offre les meilleurs en attendant que Gildor Roy m'invite à son émission d'été: If the phone doesn't ring, it's me; If you can't live without me, why aren't you dead?; Get your tongue out of my mouth, because I'm kissing you goodbye, All the guys that turn me on turn me down; At the gas station of love, I got the self service pump; Did I shave my legs for this?; If you leave me, can I come too?; I'm so miserable without you, it's almost like having you here; Here's a quarter (call someone who cares); How can I miss you If you won't go away?; Hold on to your man, cause she's single again; How did you get so ugly overnight?; I flushed you from the toilet of my heart; I gave her the ring, and she gave me the finger; If I ain't got it, you don't need it; If I'd killed you the first time I thougth about it, I'd be out of jail by now; If love were oil, I'd be a quart low; Make me late for work today; My head hurts, my feet stink, and I don't love Jesus. Ça sonne familier?


Bernard Arcand ajoute encore: «Quand tout a été dit, il ne reste plus qu'un homme et une femme qui s'aiment, l'un et l'autre inquiets de perdre ce grand amour, parce que la vie autrement serait triste et que la vie mérite d'être belle. Point. Inutile d'en rajouter pour compliquer tout le reste, les amateurs de country fréquentent peu les officines de la psychanalyse.» La rumeur veut qu'en faisant tourner un disque country à l'envers, le chanteur retrouve son chien, sa blonde l'aime toujours et son pick-up est réparé. Vous l'essaierez: même avec un disque scratché, ça fonctionne.





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Aimé: le livre Cow-boy dans l'âme de Bernard Arcand et Serge Bouchard (Éditions de l'Homme). Superbement illustré et bien écrit, ce livre n'est pas qu'un complément à l'exposition du Musée de la civilisation, c'est aussi un pan de notre histoire, de notre mythologie culturelle, à la gloire des bons et des méchants, des cow-boys et des Indiens. L'expo, quant à elle, se poursuit jusqu'au 15 mars 2003 à Québec.


Fait: un arrêt à Sainte-Anne-de-la-Pérade en chemin vers Québec. Il y aura un festival country-western du 7 au 9 juin prochain avec une vingtaine d'artistes. Une messe country sera chantée à l'église le dimanche à 11h avec le duo Yves et Margot! www.laperade.qc.ca\festivalcountry.


Rigolé: pendant le film About A Boy avec Hugh Grant, qui incarne un cow-boy urbain, solitaire et égoïste qu'un petit garçon fera craquer. Visitez le site Internet, il en vaut la peine: www.about-a-boy.com. Profitez-en pour faire le test: How cool are you?


Acheté: le dernier disque des Cowboys fringants, Break syndical. Un peu folk, pas assez country à mon goût, mais des textes qui revendiquent et changent des amours niaises et des rimes faciles. Les Cowboys fringants sont fiers d'être associés au Motel Capri, 658, rue Notre-Dame, à Repentigny: % (450) 581-2282.


Promis: à la danseuse France Geoffroy d'annoncer son prochain atelier de danse intégrée, les 15 et 16 juin de 13h30 à 17h30. Cette fin de semaine intensive s'adresse à tous: personnes handicapées, danseurs, thérapeutes, comédiens, vous. La danse intégrée vise l'intégration des personnes handicapées et de leur fauteuil roulant comme véhicule du mouvement. Rien à voir avec la danse en ligne. Pour renseignements: % (514) 524-6537.


Trouvé: un chapeau de cow-boy purificateur d'air à la vanille pour mon West (go West, qu'ils disaient... ). Disponible en six parfums chez Tire Canadienne (cela est une commandite). «Ce rafraîchisseur est enregistrer avec le bureau internationale de patentes et le bureau de patentes aux États-Unis.» No comment.