Haute couture, signée Jean-Claude Boisset

Dans une France du vin qui cherche encore ses marques sur le plan de la communication et de l'innovation en matière de vin, la maison bourguignonne Jean-Claude Boisset sort du lot d'un bon goulot. Il fallait d'ailleurs une bonne dose de culot derrière le goulot pour coiffer d'une capsule à vis 50 % de la production du Grand Cru Chambertin maison (eh oui!) dans le millésime 2005, une prise de position qui en a décoiffé plus d'un, en Bourgogne comme ailleurs!

L'affaire, démarrée en 1961 par Jean-Claude, n'a cessé de progresser depuis. De l'homme, j'écrivais en mai 2007 dans cette page: «Jean-Claude Boisset serait plutôt un entrepreneur doublé d'un bâtisseur. Jaffelin, Ropiteau, Bouchard Ainé & Fils, De Loach, Mommessin, Thorin, J. Moreau & Fils, Domaine de la Vougeraie et combien d'autres, c'est lui, avec, dans la foulée, sa fille Nathalie et son fils Jean-Charles qui prennent désormais en main les destinées de la maison. La dernière aventure de la famille? Le Clos Jordanne qui est depuis peu le nouvel étalon de mesure en matière de pinot noir dans la vallée de la Niagara. La maison innove aussi parce qu'elle sait déléguer, par exemple au jeune Gregory Patriat, pour l'impressionnante gamme Jean-Claude Boisset (Savigny, Nuits-St-Georges, Cote de Beaune etc.) dont on devrait entendre parler au Québec.»

Eh bien, ça y est! Un peu plus de 12 mois plus tard, ce sont pas moins de 12 vins de cette gamme qui arrivent sur les tablettes, dont la majorité (10 des 12 vins) dans les boutiques Signature. Le tandem Boisset-Patriat était de passage au Québec cette semaine avec ces perles bourguignonnes sous le bras.

Du cousu main

«Nous avons repensé la marque en 2001 en nous concertant avec Gregory Patriat, anciennement de chez Leroy, et nous avons décidé, après avoir identifié une quarantaine d'appellations en Côte d'Or, de passer à l'action avec des achats de raisins très ciblés. Le but est ici de faire ni plus ni moins que du cousu main pour une production qui oscille autour de 2000 bouteilles ou moins», dira Jean-Charles Boisset, dont l'enthousiasme monte d'un cran avec chaque projet mis en chantier parmi tout ceux qu'il mène déjà de front (le tout dernier en lice a été signé cette semaine avec François Pouliot, de La Face cachée de la pomme).

On sent aussi cette complicité naturelle avec le jeune Patriat à qui il délègue la destinée de la marque Jean-Claude Boisset, dont les premières bouteilles voyaient le jour avec le très beau millésime 2002. Il n'a pas tort: qu'il soit à la vigne comme au chai, Grégory Patriat sait très exactement ce qu'il ne veut pas faire.

Et que ne fait-il pas, justement? De levurage, d'enzymage — «Ça tue la typicité» —, encore moins de boisage oenologique, d'acidification et de chaptalisation. Quant à l'utilisation de la gomme arabique abondamment employée en Bourgogne pour mieux gommer les angles et arrondir les cuvées, ne lui en parlez même pas!

Il en perd son pinot. «Du côté des barriques, je travaille depuis 2006 avec le jeune tonnelier Stéphane Chassin, dont les chauffes ajustées [le brûlage des douelles intérieures qui imprime le caractère spécifique au vin] conviennent parfaitement à l'optique de finesse et d'élégance que je veux donner à la gamme », ajoutera-t-il. Cette approche subtile du boisé se vérifie d'ailleurs sur l'ensemble des vins dégustés.

Enfin, «avec la capsule Stelvin, je veux simplement m'assurer d'une régularité qualitative d'une bouteille à l'autre, sans vices de fond lié au liège». Vous connaissez ma position là-dessus. C'est celle véhiculée depuis trois ans dans les pages de mon guide annuel d'achat, une position qui endosse parfaitement la «logique» de consommation actuelle voulant que les vins achetés à la SAQ soient en partie consommés 30 minutes, sinon 24 heures suivant l'acte d'achat.

Même si le vin logé sous capsule se bonifie aussi en bouteille, contrairement à la croyance populaire! Ce qui ne m'empêche pas non plus d'être ouvert à l'idée que le liège en question imprime lui aussi un goût qui n'a souvent rien à voir avec celui du bouchon. C'est aussi cela, le mystère du vin.

Les vins

Si les quantités sont plus élevées du côté de la production des bourgognes régionaux (autour de 20 000 bouteilles annuellement, dont 200 caisses au Québec), elles sont plutôt de l'ordre de la boutique Winery pour le reste.

Dans l'ensemble, les vins sont d'une pureté mais surtout d'une lisibilité de terroir que viennent souligner avec doigté un élevage des plus pertinents. En somme, des vins modernes, dans le meilleur sens du terme.

- Bourgogne Chardonnay 2006 (23,95 $ - 11008112): 40 % des raisins en provenance de l'appellation Rully avec 10 % fût neuf, bien sec, net, suave, avec une jolie tension qui maintient le fruité au premier plan. ***, 1.

- Bourgogne Pinot Noir 2006 (23,95 $ - 11008121): une cuvée issue de cinq villages en Côtes de Nuits, très franc, plus enlevé sur le nez qu'en bouche, qui demeure pour l'instant assez stricte. **1/2, 1.

- Côtes de Nuits Villages Creux de Sobron 2006 (33,75 $ - 11010036): un blanc sec qui dépasse la simple appellation pour un superbe achat, moitié moins cher qu'un meursault. Beaucoup d'amplitude, de substance, de tenue, avec une finale minérale qui scelle le tout avec rigueur et style. Top! ***1/2, 1, ©.

- St-Aubin 1er Cru sur Gamay 2006 (43,75 $ - 11009879): une appellation montante d'un cru bien exposé (gamay est la parcelle) pour un vin satiné, discrètement vanillé, de bonne densité et qui se nuancera. ***1/2, 2, ©.

- Meursault Limozin 2006 (68 $ - 11010079): fruité moelleux bien mûr, justement tendu, vibrant, sans surcharge. ***1/2, 2, ©.

- Nuits-St-Georges Les Charbonnières 2006 (60 $ - 11010044, à venir en décembre): sous «Aux Corvées» au sud de l'appellation, à base de vieilles vignes (80 ans), fruité charnu, de bonne densité, frais, mûr, bien typé Nuits. ***1/2, 2, ©.

- Chambolle Musigny 2006 (135 $ - 11010010- magnum): «Le chambolle, c'est le puligny en blanc: on touche ici le Saint-Graal du pinot!», lançait Grégory. Il n'a pas tort quant à sa texture, fine et palpable, qui ne manque toutefois pas de tenue. ***1/2, 3, ©. Le 2005 (65 $ - 11016876) est pure merveille de sensualité avec son fruité soyeux mûr et abondant. ****, 3, ©.

- Clos de la Roche 2006 (155 $ - 11009916): 600 bouteilles au total d'un vin dont on sent rapidement la classe et l'extrême finesse (çà «sent» le terroir du Musigny), ici musclé mais en douceur. Fermé actuellement. ****, 3.

- Gevrey Chambertin 1er Cru Lavaut St-Jacques 2006 (106 $ - 11010061): ce gevrey atteint un niveau que reconnaîtront les véritables amateurs. Un gevrey porté par un fruité net, consistant, abondant, structurant, d'une clarté mais aussi d'une longueur qui trahissent ses origines. Belle bouteille de cave! ****, 3, ©.

- Tout frais, tout beau, d'une autre maison celle-là, le pinot noir du Domaine des Perdrix (28,50 $ - 917674) nous arrive avec ce tonus et aussi cette clarté qui balisent le millésime. Le vin a du nez, une jolie densité fruitée bien palpable et une légère pointe de fermeté qui maintient le palais longuement sur le fruit. Finale nette qui invite déjà la dinde farcie à se manifester. ***, 1, ©.

***

- Potentiel de vieillissement du vin: 1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus. ©: Le vin gagne à séjourner en carafe.

- Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2009 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.

***

www.vintempo.com

***

Les vins de la semaine

La belle affaire

Sauvignon/Chenin Blanc 2006, Chamarré, vin de Pays du Jardin de la France

(12,85 $ - 10967573)

Coiffée d'un de ces affreux bouchons mousse au lieu d'un dévissable (c'est pour quand?), cette multicuvée issue d'une mosaïque de terroirs demeure habilement vinifiée avec une expression nette et tonique des cépages. Sec, léger, croquant. 1.

***

Le mousseux

Cuvée de l'Écusson Brut,

Bernard Massard, Luxembourg (18,85 $ - 095158)

Vu les prix prohibitifs des champagnes, le détour luxembourgeois me semble une judicieuse affaire avec cette cuvée où s'assemblent avec justesse riesling, chardonnay ainsi que les pinots, blancs et noirs. Expressif et d'un bon volume fruité, sur un ensemble peu dosé. 1.

***

La primeur en blanc

Chardonnay Nativa 2006, Vina Carmen, Chili

(18,85 $ - 904656)

Au nez comme en bouche, ce chardonnay livre avec un éclat peu commun une prestation où la clarté, la substance et la vigueur s'activent, sans pour autant verser dans la caricature exotique. Que du fruit, pas de bois et un ami des cuisines indienne et asiatique doucement épicées. 1.

***

La primeur en rouge

Quinta do Tedo Escada d'Oro 2006, Douro

(16,70 $ - 10371673)

L'impression de chausser les schistes du Douro comme des pantoufles tant on sent ici la trame minérale chaude, avec ce mélange de solidité et de moelleux qui se noue et se fond, sans agression aucune. L'exemple même d'un vin de caractère. 2.

***

Le vin plaisir

Pinot Noir 2006, Mezzacorona, IGT Vigneti delle Dolomiti (15,90 $ - 10780311)

À moins de 16 $, un pinot noir qui fait la barbe à bon nombre de bourgognes régionaux plus prétentieux côté prix. L'esprit est intact, mûr et passablement soutenu, quoiqu'un brin rustique, avec un fruité homogène, bien frais, en parfaite symbiose avec les vins du nord italien. 1.