Que les snobs se lèvent

En les regardant, tous, le nez dans le vent, nous aurions la surprise d'y retrouver la plupart des gens que nous connaissons, ceux que nous admirons comme ceux que nous détestons, parce que «snobs», nous le sommes tous. Pas toujours de la même façon et pas toujours, surtout, pour les mêmes raisons, mais à des degrés divers selon les sujets et les époques, personne n'y échappe. Ma foi, ceux et celles qui prétendent ne pas l'être sont les plus touchés. Les véritables non-snobs sont si rares qu'il ne vaut même pas la peine d'en faire une liste. Par contre, la liste des snobs remplirait tout le journal que vous tenez dans vos mains, et cette liste ne serait même pas complète. Avouons-le, le Québec au grand complet est snob.

J'ai pouffé de rire quand j'ai entendu que certains illuminés du Parti québécois avaient trouvé le moyen d'embarrasser Pauline Marois en laissant couler une analyse de sa personnalité auprès des journalistes de La Presse fédéraliste, analyse dans laquelle on affirmait qu'elle était snob. J'ai espéré que Pauline réagisse en disant que, non seulement elle était snob, mais qu'elle était fière de l'être, car j'aurais souhaité qu'elle montre ainsi son sens de l'humour devant une attaque aussi ridicule. Elle a préféré se défendre maladroitement, parce que blessée.

Histoire du snobisme

C'est tout à fait par hasard que j'ai acheté, il y a quelques semaines, l'Histoire du snobisme, un magnifique livre de Frédéric Rouvillois, publié chez Flammarion. Je l'avais posé sur ma tablette de livres à lire durant les vacances de Noël parce qu'il me semblait que la campagne électorale américaine, que je suivais alors avec passion, n'allait pas me laisser le temps de me plonger dans un sujet comme le snobisme. Je ne pensais jamais que ce serait la campagne électorale québécoise qui m'en fournirait l'occasion. En le lisant, je suis en train de découvrir que se faire traiter de snob, ce n'est pas une insulte mais pratiquement un compliment.

Les snobs ont du goût. Dès qu'ils en ont les moyens, ils recherchent les vêtements bien faits, les bons vins et les plats bien cuisinés. Ils encouragent les arts et la culture, ils ont forcé les fabricants de voitures à se dépasser afin de satisfaire cette clientèle qui ne veut que ce qu'il y a de mieux. Ils ont inventé l'art de pratiquer certains sports, comme le tennis. Les snobs sont presque toujours des épicuriens.

C'est un écrivain anglais, William M. Thakeray, qui a donné ses lettres de noblesse au snobisme. Dans une série d'articles pour le journal The Punch, publiés entre février 1846 et février 1847, l'auteur a écrit: «Au commencement, Dieu fit le monde et avec lui les snobs; ils sont de toute éternité, sans être plus connus que l'Amérique avant sa découverte. Aujourd'hui seulement, la foule a fini par avoir un vague sentiment de l'existence de cette race.»

Les vrais snobs font avancer une société. Ils forcent le dépassement pour faire la preuve de leur valeur au milieu des foules. Et puis il y a les autres, ceux qui dépassent les limites en tout, ceux qui se prennent pour d'autres, ceux qui deviennent des moutons devant les modes qu'on leur propose et qui, au lieu de se dépasser, n'aspirent qu'à ressembler aux autres, au plus grand nombre, jusqu'à se glisser dans une identité qui n'est pas la leur dans le but d'impressionner, de retenir l'attention, de rester dans la lumière, quel que soit le prix à payer.

Ils iront tous au même restaurant, parce que c'est là qu'il faut être vu. Ils porteront tous la même coiffure, parce que c'est ce qu'il faut porter. Ils iront même jusqu'à n'utiliser que la bicyclette au lieu de la voiture parce que c'est le dernier credo à la mode. Ils feront les pires bassesses pour faire partie des «happy few» d'un monde qu'autrement ils trouvent bien ennuyeux.

Dans l'Histoire du snobisme, j'ai trouvé une anecdote qui m'a fait rire. C'est Brillat-Savarin qui raconte que, s'adressant un jour à l'une de ses amies, une femme du monde, Madame de V., il lui dit: «Réjouissez-vous, chère amie, on vient de présenter à la Société d'encouragement un métier au moyen duquel on fera de la dentelle superbe, et qui ne coûtera presque rien.» Elle lui répondit avec un air de souveraine indifférence: «Hé, si la dentelle était bon marché, croyez-vous qu'on voudrait porter de semblables guenilles?»

Plus j'avance dans ma lecture, plus je suis convaincue qu'être snob, dans nos sociétés modernes, ce n'est plus un défaut, c'est une vertu. Là où tout est laid, les snobs cherchent la beauté. Là où on jette après usage, les snobs encouragent la durée.

Ce sont les faux snobs qu'il faut dénoncer. Ceux qui font les analyses de caractère au PQ en font partie. Et tant d'autres qui ont tendance à se prendre pour le nombril du monde.
29 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 14 novembre 2008 03 h 00

    Pour se réconcilier avec le snobisme

    Pour se réconcilier avec le snobisme, et en rajouter au texte de Madame Payette si cela est possible, réécoutons toujours avec plaisir la chanson de Boris Vian, J'suis snob, et songeons qu'à l'origine du mot était la notation administrative pré-républicaine des titres de famille dont certains se trouvaient démunis, donc sans noblesse. Ce qui dans les registres officiels s'annotait "s.nob." ...

  • Serge Charbonneau - Inscrit 14 novembre 2008 03 h 49

    Votez pour le snobisme !

    Éloge au snobisme.

    Mme Payette s'est laissée aller à faire du Denise Bombardier.

    Quand le snobisme prend toute la place, c'est signe que nous sommes dans une des pires campagnes électorales de tous les temps.

    Faut le faire, parler de snobisme pendant tout un texte.

    Moi aussi comme dit Mme Lise:
    «J'aurais aimé que Pauline réagisse en disant que, non seulement elle était snob, mais qu'elle était fière de l'être». Et hop! L'incident est clos et on passe à autre chose.

    Le snobisme... on peut bien dire ce que l'on veut, ce ne sont pas les mots, les paroles qui nous font être comme nous sommes. On est comme on est, un point c'est tout.
    Et on s'en fout. Ce qui importe c'est: ce que la snob veut faire. Ce qui importe c'est: ce que la snob a dans la tête et dans le coeur.

    Qu'elle soit snob, noire ou rouge, homme ou femme, c'est où s'en va le Québec qui doit nous importer.

    J'ai rarement vu une campagne avec une telle absence de fond.
    Mme Payette dans sa longue dissertation du snobisme, n'aide en rien.

    On le sait, Mme Payette, que votre préféré c'est Pauline. On le sait qu'elle est snob et on s'en fout. Ce que nous aurions aimé savoir c'est pourquoi vous allez voter pour elle?
    Allez-vous voter pour Pauline parce qu'elle est snob, tout simplement?
    C'est bien mince. Et, c'est bien triste.

    Pauline a sûrement des idées, un programme, une équipe, un projet...
    Pauline veut-elle être élue pour promouvoir le snobisme?



    Serge Charbonneau
    Québec

  • Catherine Paquet - Abonnée 14 novembre 2008 04 h 37

    Pour être un "bon" snob il faut en avoir les moyens...

    Avez-vous remarqué, que, sans évidemment le souligner, Mme Payette écrit:"Les snobs ont du goût. Dès qu'ils en ont les moyens..." ils demandent ce qu'il y a de mieux et bla bla bla...
    Il faut être snob pas pour rire pour affirmer ensuite que tous les Québécois sont snobs. Mme Payette: Combien de Québécois vivent du bien-être social? Combien de Québécois vivent dans des CHSLD? Combien de Québécois ont les moyens d'être de "bons" snobs?

  • Patrick Charrier - Inscrit 14 novembre 2008 05 h 55

    Un peu léger

    Un peu légère, votre analyse du snobisme. Il faudrait aller du côté de chez Proust, qui a fait du snobisme l'objet presqu'exclusif de son oeuvre. Le snobisme, c'est le mimétisme pratiqué comme un des beaux-arts, comme le montre si bien René Girard (Mensonge romantique, vérité romanesque). On ne peut pas le définir comme force de progrés, mais bien au contraire comme aveuglement conformiste. Les happy fews sont bien nombreux à se presser dans les mêmes lieux. Les milieux intellectuels et artistiques, les plus mimétiques, sont les plus snobs et les moins capables de cette "conversion" qui fait du snob repenti une personne lucide...ou peut-être un snob pire encore...

  • Lyse Marcott - Abonnée 14 novembre 2008 06 h 58

    Etre ou ne pas etre SNOB?

    Merci Mme Payette, vous m`avez réconcillié avec ce mot, snob. Quand j`étais plus jeune on me croyait snob, et j`ai toute ma vie essayé de changer cette perception, maintenant ca n`a plus d`importance car je m`assume tel que je suis et ne changerai pas. C`est dommage que Mme Marois se soit défendue au lieu de prendre conscience de sa valeur comme nous avez si bien expliqué. Mais c`est souvent le travail de toute une vie. Toute ca me fait bien plaisir ce matin de lire que les snobs sont des gens qui ont du gout...oui nous devrions etre plus nombreux. Mais dites-moi quand avez-vous