Et puis euh - Brad Pitt

On s'était promis, la dernière fois, de se jaser de hockey féminin bulgare. Il s'agissait bien sûr d'une petite blague, puisque je vous sais bien plus intéressés par la campagne électorale que par le hockey féminin bulgare, et même par le hockey masculin bulgare. D'ailleurs, à ce sujet (la campagne), je ne crois pas avoir souffert d'hallucinations auditives lorsque le premier ministre a parlé d'un nouveau Colisée à Québec. Or, messieurs dames, posons la question: à quoi diable pourrait servir un nouveau Colisée? À présenter les épreuves de patin de fantaisie lors des Jeux olympiques d'hiver de 2046? Allons donc. Un Colisée tout neuf ne peut signifier qu'une chose: l'imminence du retour des Nordiques.

Évidemment, cela va nécessiter des transformations profondes dans l'organigramme de la Nationale Hockey Ligue. Les Nordiques s'installeront dans la division Nord-Est — autrefois Adams, comme dans «match typique de la division Adams», expression en vogue à l'époque pour désigner le vrai jeu intense comme il ne s'en fait plus, travailler fort dans les coins et tout ça —, ce qui tassera Buffalo puisque, géographiquement, Montréal, Ottawa et Boston sont pas mal septentriono-oriental, en tout cas beaucoup trop pour qu'on puisse les imaginer ailleurs, et Toronto ne peut s'en aller pour des raisons générales de rivalité naturelle avec Ottawa et historique avec Montréal.

Mais il n'y a pas de place pour Buffalo dans la section Atlantique, où l'on retrouve les trois équipes de la région de New York et les deux de la Pennsylvanie. On envoie donc Buffalo dans le Sud-Est, où Buffalo affectionnera sans doute le climat plus clément. Ce qui forcera toutefois le transfert de Caroline dans l'Ouest. Enfin, c'est très très compliqué, mais s'il le faut pour qu'enfin une erreur historique soit corrigée, on doit être prêt à déménager Phoenix sur un autre continent.

D'ailleurs encore, à ce sujet encore (Phoenix), il n'est pas inintéressant de constater un troublant enchaînement de faits. Considérons donc: les Cardinals de l'Arizona sont la plus ancienne franchise de la Ligue nationale de football toujours existante — c'est la franchise qui est toujours existante, pas la Ligue, bien que par un tour de passe-passe proprement hallucinant, la Ligue soit aussi toujours existante. Ils datent de 1920. Or, à leurs premières années dans la NFL, ils jouaient à Chicago. En Illinois, l'État de Barack Obama. Ils sont aujourd'hui en Arizona, l'État de John McCain. Entre les deux, ils ont joué à St. Louis, au Missouri, un État baromètre. À un moment donné, pendant la guerre, ils ont fusionné avec les Steelers de Pittsburgh, et l'équipe a porté le sobriquet de «Card-Pitt», ce qui rappelle une anecdote qui n'a rien à voir mais se révèle du plus haut croustillant et que voici.

Il y a quelques années, lors du tournoi de championnat de basketball universitaire américain de la NCAA, l'université de Pittsburgh rencontrait l'université Bradley. Or on sait que, lorsqu'on regarde du sport professionnel ou amateur à la télé, il est de mise d'apercevoir dans un coin de l'écran, généralement le supérieur gauche, le score affiché en permanence. Dans le temps, ce procédé n'existait pas, en raison de problèmes techniques. Si vous arriviez au beau milieu d'un match, vous pouviez attendre jusqu'à cinq ou six minutes avant que le descripteur ne daigne donner le score ou qu'on aille à une pause publicitaire. C'était très difficile pour les nerfs, mais on était bâtis solides, endurcis à marcher des milles pieds nus dans la neige pour aller à l'école. À noter: huit milles en montant. Car oui, on montait pendant huit milles pour aller à l'école, et on montait aussi huit milles pour en revenir. La vie n'était pas donnée comme aujourd'hui.

Donc, le score affiché en permanence, en abrégeant le nom de chacune des équipes. Or un affrontement entre Bradley et Pittsburgh, ça donne quoi, vous pensez? Tout à fait: BRAD et, juste en dessous, PITT. Juré. Vous me connaissez, je me mis dès lors en quête d'autres occurrences semblablement désopilantes, mais je ne trouvai qu'un match Flames-Maple Leafs qui donnerait CAL TOR, et il ne me satisfit point de toute manière parce que les diffuseurs désignent Calgary par l'abréviation CGY. De même pour une rencontre entre les Hurricanes et les Capitals, CAR WASH, improbable parce qu'on écrit généralement WAS ou WSH pour désigner la capitale américaine. En tout cas, si jamais vous n'avez rien à faire et essayez d'en trouver et y arrivez (pour n'importe quel sport dans n'importe quel pays), faites-moi parvenir vos découvertes, les meilleures seront publiées et vous courrez la chance de gagner l'adoration des centaines de milliards de lecteurs de cette chronique.

Donc, les Cards, de l'Illinois à l'Arizona. Et sempiternellement médiocres. Leur dernier championnat remonte à 1947, vingt ans avant que le premier Super Bowl soit disputé (ils n'ont d'ailleurs jamais participé au Super Bowl, même pas proche). Depuis 1947, un grand total d'une victoire en séries éliminatoires. Certes, cette saison, les voilà à 6-3, assurés de remporter leur division étant donné la considérable incurie de leurs adversaires, mais ils n'iront pas jusqu'au bout. Impossible. Parce qu'ils sont sous le coup d'une malédiction. Une histoire qui remonte à 1925 et trouve son origine dans un village au fin fond de la Pennsylvanie, je vous raconterai ça un jour prochain parce qu'il commence à manquer d'espace et parce qu'il faut bien en venir à ce hockey féminin bulgare.

En septembre dernier, la Bulgarie a participé aux qualifications en vue des Jeux de Vancouver en 2010. Résultats: défaites de 41-0 contre l'Italie, 39-0 contre la Lettonie, 30-1 contre la Croatie et... 82-0 face à la Slovaquie. Dans ce dernier match, les Slovaques ont effectué 139 tirs au but. 82-0, voilà ce qu'on appelle un annonceur maison occupé. (http://tinyurl.com/586phk)

Il faut dire que ce n'était pas la plus sévère dégelée de l'histoire: en 1998, la Corée du Sud vainquit la Thaïlande (du hockey féminin thaïlandais, on demande à voir) par la marque de 92-0. Mais il s'agit d'un record de l'IIHF.

À noter: avec trois minutes et demie à faire et le score 77-0, les Bulgares ont retiré leur gardienne. Mais ce fut en vain, puisqu'elles n'ont récolté aucun tir au but de toute la joute. On a cependant failli assister à une bagarre vers la fin. Peut-être préparait-on le

prochain match?

Il n'y a pas de ligue féminine de hockey en Bulgarie, et le pays ne possède que deux clubs. Selon des sources, la devise y serait: «C'était bien mieux quand il y avait juste une équipe.»

***

jdion@ledevoir.com
2 commentaires
  • Normand Chaput - Inscrit 13 novembre 2008 01 h 01

    triste sire

    Tout le monde sait que l'important n'est pas de gagner mais de participer. C'est bon pour la jeuuuunesse. Moi, je les trouve rafaichissants. Pis la bière est pas pire à Sofia!

  • Ginette Bouchard - Abonnée 13 novembre 2008 15 h 58

    Le but était bon

    On parle d'un nouveau Colisée à Québec non pas pour recevoir une équipe de la LNH mais bien pour y accueillir les milliers de spectateurs de plus en plus nombreux aux débats des chefs, lors de campagnes électorales de plus en plus fréquentes. Suffirait de leur mettre des patins et le tour est joué. Le tour du chapeau, s'entend.