Théâtre - La culture: un choix politique

Questembert — C'est par un froid de canard, sous des trombes de pluie et des bourrasques de vent tout ce qu'il y a de breton que se déroule la quatrième édition de Festi'Mômes, ce festival culturel pour la petite enfance implanté en pleine campagne française.

Si on est là, c'est pour souligner encore une fois, comme on vous le disait la semaine dernière, que l'on peut gagner le combat de la culture en région. Et que pour y arriver, le théâtre jeunes publics peut se révéler un outil fort efficace et particulièrement rassembleur. C'est du moins celui qu'a choisi la petite communauté de communes de Questembert perdue au fin fond de la Bretagne. Ici, avec un budget annuel d'un peu plus de 75 000 $, les élus politiques de dix minuscules communautés — la plus grande, Questembert, fait un peu plus de 7000 habitants — ont choisi d'investir dans un festival pour les tout-petits dont la qualité de la programmation laisse rêveur. Assurée par l'équipe de Nova Villa — qui organise Méli'Mômes à Reims et qui a tissé au Québec des liens avec le festival Petits bonheurs —, elle propose du 8 au 16 novembre, aux tout-petits et à leurs parents, des moments d'une rare intensité qui n'ont rien à voir avec l'éveil en plastique proposé par tous les jouets Fisher-Price du monde.

En un peu plus d'une semaine, on propose donc ici une trentaine de représentations d'une dizaine de spectacles dont plus de la moitié s'adressent aux vraiment tout-petits; cette année, j'aurai même vu pour la première fois une production destinée aux bébés de six mois... Un des grands moments du festival jusqu'ici. Notons aussi que pour cimenter les liens et permettre l'accès à tout le monde, Festi'Mômes présente au moins un spectacle dans chacune des dix communes et se voit forcé de limiter la fréquentation à quatre spectacles par famille. Les salles sont pleines, chaque séance est réservée et partout l'on fait la queue à l'entrée dans l'espoir d'une annulation. Bref, le succès de l'entreprise semble trouver le moyen de se vérifier encore plus d'une année à l'autre. Yeah!

Cela s'explique pour une bonne part par la qualité générale de la programmation. Samedi dernier, le festival s'amorçait ainsi avec Zig Zag, un spectacle de danse tout à fait exceptionnel destiné aux enfants de deux à cinq ans que j'ai vu à Méli'Môme le printemps dernier; je ne vous en parle pas plus puisque nous aurons l'occasion d'y revenir lors de son prochain passage à Petits bonheurs, en mai (c'est un scoop!).

Le lendemain, le festival s'est poursuivi de façon exceptionnelle avec une coproduction franco-danoise (Compagnie Médiane et Madame Bach) présentée dans ses deux versions... une occasion inespérée de voir deux compagnies aborder, dans des lieux différents bien sûr, un même spectacle ciblant les bébés dès six mois; en français, la chose porte le titre de Pluie, en danois, Regn. Disons tout de suite que c'est un spectacle sans paroles où la musique et les objets jouent un grand rôle et que la scénographie est grosso modo la même dans les deux propositions. Dans les deux cas, c'est une réussite tout aussi exceptionnelle que séduisante. Au-delà de quelques évidentes différences — les instruments de musique, par exemple, ne sont pas les mêmes —, c'est l'indiscutable intérêt des tout-petits qu'il faut souligner. J'ai revu là les mêmes regards allumés, la même présence, j'ai presque entendu les mêmes déclics silencieux se faire dans le cerveau des bébés tout près de moi et qui m'avaient frappé avec une flagrante évidence il y a déjà plusieurs années à

Méli'Mômes devant mon premier spectacle pour bébés. Tout cela... sans parler des sourires ravis des parents découvrant leur poupon sous un tout autre jour. Le bonheur. Intense. Simple... On rêve de voir un jour tout cela se développer enfin chez nous.

Au moment où j'écris ces lignes, Festi'Mômes en est déjà à mi-course ou presque... mais je peux quand même vous parler de ce qui se passera durant la semaine puisque j'ai déjà vu quatre des sept spectacles qui prendront l'affiche. Dimanche soir, par exemple, j'ai revu pour la quatrième fois et avec tout autant d'émotion ce véritable petit chef-d'oeuvre qu'est Petits plis d'Eve Ledig. Ce spectacle remarquable qui s'adresse aux tout-petits dès quatre ans a suscité ici, tout comme lors de son passage à Petits bonheurs l'an dernier, beaucoup de réactions des parents qui s'interrogent sur ce que l'on peut dire aux enfants, alors que les téléjournaux du monde entier leur proposent, sans qu'ils s'en offusquent, des images beaucoup plus violentes de la réalité de tous les jours. Non: le théâtre jeunes publics n'a pas à être gnagna ni à chercher d'abord à plaire en misant sur le rose bonbon. On en veut encore, Mme Ledig!

Dans la même catégorie «spectacle essentiel», Festi'Mômes présente aussi, vendredi et samedi prochains, une autre production que l'on a eu la chance de voir à Montréal: La Mer en pointillés de Serge Boulier et de son Bouffou Théâtre. Cette saga de l'errance chantant la bêtise des frontières racontée par une sorte de Charlot des Carpates est toujours aussi irrésistible (je la reverrai avec bonheur une cinquième fois)... Et l'on se surprend toujours à souhaiter que tous les enfants du monde aient accès un jour ou l'autre à cet autre petit chef-d'oeuvre qui s'est vu remettre le Molière du jeune public il y a quelques années.

Mais ce n'est pas tout. Le festival propose aussi une production de la Boîte noire d'André Parisot, Des petits bruits, un théâtre d'objets sur les peurs enfantines dont on vous a parlé de Méli'Mômes il y a deux ans. De la cuvée 2008 du festival de Reims, on retrouvera ici avec grand plaisir un autre spectacle absolument irrésistible: 86 centimètres de la Compagnie s'appelle reviens qui vise les tout-petits dès 18 mois. À cela il faut rajouter deux autres spectacles pour les tout-petits dès un an: Plein de (petits) riens de la compagnie Lili Désastres et Échos du Théâtre Champ exquis que je n'ai pas vus et sur lesquels on reviendra plus tard de même que deux contes, La Mer et lui proposé par Mélancolie Motte et Aux belles histoires d'Angélique Pennetier pour les grands de cinq ans. Bref, une semaine fort occupée malgré le mauvais temps.

Devant un tel choix, la même conclusion que l'an dernier s'impose encore. Quand on voit les retombées concrètes de Festi'Mômes tout comme la taille des minuscules villages dans lesquels le festival est implanté (Limerzel et Pluherlin comptent un peu plus de 1000 habitants, Le Cours, 548 et Lauzach, 828), on se surprend à rêver encore une fois... et à se demander pourquoi de telles initiatives ne pourraient pas surgir chez nous dans ce désert culturel presque total que sont les régions.

Il suffirait de quelques choix politiques...

En vrac

- Un intéressant courriel est parvenu au journal tout juste avant mon départ de Montréal. Il émane en fait d'une association belge, Promotion Théâtre, qui «lance un appel à l'écriture de textes pour ados jouables par des groupes de minimum 12 jeunes». On cherche en fait des textes dans la catégorie ados à partir de 12 ans, mais on vise aussi la catégorie des 9-12 ans. L'appel à tous se clôture le 31 décembre. On précise aussi que les textes seront soumis anonymement à un jury. Les auteurs retenus recevront une bourse de 600 euros, seront publiés aux Éditions Lansman et diffusés ensuite dans tout le monde francophone. On trouvera plus de renseignements en consultant le site www.promotion-theatre.org.

- À samedi dans notre cahier Culture pour la suite de nos aventures questembertoises...

mbelair@ledevoir.com