Perspectives - Le retour du G20

La tenue, en fin de semaine, du sommet du G20 à Washington pourrait marquer le début d'une avancée en matière de gouvernance économique mondiale. Mais elle risque aussi de ne pas mener à grand-chose une fois que le pire de la crise financière sera passé.

La première fois que les pays membres du G20 se sont réunis, en 1999, à l'initiative du ministre canadien des Finances du temps, Paul Martin, c'était dans la foulée d'une grave crise monétaire et économique. Cette crise avait ravagé plusieurs pays d'Asie avant de se transmettre à la Russie, puis de faire le saut en Amérique latine. Les puissances occidentales ne s'étaient pas gênées, alors, pour faire la leçon à tous ces gouvernements pour leur mauvaise gestion de leur taux de change et de leur niveau d'endettement. Une fois la «crise asiatique» passée, les ministres des Finances du G20 ont continué de se réunir, de temps à autre, même si leur forum a rapidement perdu de son éclat et de son importance. C'en est venu au point où le monde en a presque oublié son existence et qu'il s'est fait piquer son nom de «G20» par le groupe de pays en voie de développement réunis autour du Brésil dans les négociations agricoles à l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Mais tout le monde sera là en fin de semaine à Washington. Outre les pays du G8 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon et Russie), le G20 compte aussi l'Afrique du Sud, l'Arabie saoudite, l'Argentine, l'Australie, le Brésil, la Chine, la Corée, l'Inde, l'Indonésie, le Mexique, la Turquie et les émissaires de l'Union européenne. Tous ces pays seront pour la première fois représentés non pas par leurs ministres des Finances, mais par leurs chefs de gouvernement. Cette fois encore, il sera question d'une crise économique majeure, sauf que les rôles seront inversés et que ce sera au tour des États-Unis, mais aussi des puissances européennes, d'être coiffés du bonnet d'âne.

L'objectif du sommet à court terme sera de convenir de la meilleure façon de mettre un terme à la crise financière et de relancer l'économie mondiale. Il s'agira aussi de discuter des moyens d'éviter qu'un tel gâchis se reproduise et de mettre de l'ordre dans le système financier international. Il est déjà question d'une deuxième réunion qui se tiendrait dans 100 jours pour faire le point sur les progrès réalisés et poursuivre le travail entamé.

Passé d'un coup des coulisses au centre de la scène internationale, le G20 apparaît soudainement à tout le monde comme le forum idéal pour aborder ce genre de question. Loin des nuées de l'OMC ou de l'ONU, le plus petit nombre de pays membres permet encore de tenir de véritables discussions, même si certains, comme le président de la Banque mondiale, Robert Zoellick, pensent que le mieux serait de limiter cela à un G14. Son grand avantage, par rapport à l'habituel G8, est évidemment qu'il offre une meilleure représentation des forces en présence, en commençant par l'ajout des grandes économies émergentes, comme la Chine et l'Inde. N'en déplaise à l'Espagne qui accepte plutôt mal de ne pas faire parti du club, les pays du G20 comptent pour les deux tiers de la population de la planète et 90 % de l'économie mondiale.

Tous ces atouts ne garantissent pas pour autant le succès de la démarche. On imagine d'abord assez mal comment on pourrait convenir de solutions sans l'accord des États-Unis et comment le moindre accord des États-Unis vaudra quoi que ce soit tant que George «le canard boiteux» Bush n'aura pas véritablement laissé la place à son successeur élu, Barack Obama, en janvier. D'où l'idée d'un autre sommet dans 100 jours.

Loin de s'entendre

Tout ce beau monde est ensuite loin de s'entendre sur le type de solutions et de changements à apporter au système financier mondial. La France en a appelé, par exemple, à une harmonisation réglementaire entre les pays, alors que la Grande-Bretagne et les États-Unis voudraient garder la possibilité de se démarquer afin d'attirer chez eux les acteurs financiers. Alors que des voix réclament la création de nouvelles institutions réglementaires internationales, le Canada et les États-Unis ont joint les leurs pour proposer, à la place, que chaque pays révise sa réglementation nationale, en se gardant bien de la rendre «excessive», et en ne laissant à une éventuelle institution internationale que le rôle d'évaluer ces réglementations, sans essayer de les superviser.

On a beaucoup entendu parler de la création d'un nouveau Bretton Woods. Mais ce qui semble plus probable est une mise à jour de l'ancien Bretton Woods, sous la forme notamment d'une réforme du Fonds monétaire internationale (FMI). Il apparaît en effet assez logique de chercher à améliorer une institution qui existe déjà plutôt que d'essayer d'en créer une nouvelle de toutes pièces. Cela fait toutefois des années que l'on parle de donner au FMI un rôle de surveillant et de tireur de sonnette d'alarme, à défaut de celui de régulateur, et ce, non seulement auprès des pays pauvres qui ont besoin de son aide, mais aussi de tous les autres dont les agissements peuvent influer sur la bonne marche du secteur financier international, comme ce fut le cas, cette fois, avec les États-Unis.

Le premier ministre britannique, Gordon Brown, a pressé la Chine et les monarchies pétrolières arabes de puiser dans leurs immenses réserves de devises pour regarnir un peu les coffres du FMI. On lui a rapidement fait remarquer qu'il faudrait d'abord penser à revoir cette règle qui y accorde 17,1 % des droits de vote et le contrôle de facto aux États-Unis, 32,4 % des votes aux pays de l'Union européenne et seulement 3,7 % des votes à la Chine.

Un échec des efforts de réforme du système financier mondial ne se traduirait pas par le statu quo, mais par une fragmentation de ses cadres réglementaires, ont prévenu la semaine dernière les experts du Centre pour l'innovation dans la gouvernance internationale, basé en Ontario. La Chine et la Corée du Sud viennent d'ailleurs d'appuyer un projet de cadre réglementaire asiatique lancé par le Japon. Les Européens pourraient aussi se donner le leur.

Le chroniqueur économique du Financial Times, Martin Wolf, avouait, la semaine dernière, douter fortement, en dépit des ravages causés par la crise ces derniers mois, que les pays s'entendent sur une réforme importante du système financier mondial et acceptent un jour de se laisser dire quoi faire par une institution internationale comme le FMI ou le G20. «Mais si nous ne le faisons pas, qui le fera?», s'est-il demandé. Et si nous n'arrivons pas à le faire maintenant, quand le pourrons-nous?»