Le citoyen d'abord

C'est impossible de dire aujourd'hui quelle sera la position des trois principaux partis politiques à la fin de la campagne. Les dernières luttes ont montré que 33 jours changent l'opinion publique.

Dans un contexte où les gens ne veulent pas d'élection. Pour le parti au pouvoir et pour M. Charest, c'est une drôle de gageure qu'il a prise. Ça m'a fait sourire lorsqu'il nous disait: «J'ai écouté les gens, j'ai appris du résultat de 2007.» Là, il n'a pas écouté les gens. Les Québécois auraient voulu que l'Assemblée nationale fonctionne et parvienne à accoucher d'un plan économique.

Je ne suis pas certaine que les électeurs vont oublier les quelque 83 millions de dollars dépensés dans une élection non nécessaire. Mais c'est le prix de la démocratie. Le cynisme à l'égard de la politique, qu'alimente la décision de déclencher des élections contre vents et marées, s'évaluera par le taux de participation au scrutin du 8 décembre prochain. Deux scénarios sont envisageables: les gens bouderont le scrutin et resteront à la maison ou, au contraire, iront massivement voter et puniront Jean Charest.

L'ADQ doit être fidèle à ses racines et proposer un plan enlevant qui saura mobiliser les Québécois. Mario Dumont doit continuer de proposer des idées qui brisent le statu quo. L'ADQ a la faculté de proposer des idées qui, à long terme, sont porteuses pour le Québec.

Jean Charest doit mettre de côté son arrogance et son cynisme. Il doit adopter un ton et une approche adéquats. C'est tout un défi. Il doit par ailleurs être plus transparent. Il a inutilement passé les deux premières journées de la campagne sur la défensive en tentant de défendre ses chiffres.

Mme Marois doit pour sa part s'assurer de la solidarité de son parti. Quand on voit des documents couler comme [hier], c'est inquiétant pour elle. Normalement une campagne électorale, c'est le moment où on sert les coudes et on se rallie dernière notre chef. Finalement, le plus grand défi de Pauline Marois sera de bien doser le thème de la souveraineté. Elle devra réussir à mobiliser sa base en parlant suffisamment de souveraineté, tout en ne se déconnectant pas des Québécois réticents à aborder la question nationale. C'est un équilibre hyper fragile qu'elle devra trouver.

La question de la crise financière est centrale dans cette campagne électorale. Oui, il y a l'économie, mais il y aura aussi la capacité d'amener les Québécois à réfléchir sur les tenants et aboutissants de la crise ainsi que sur l'après-crise.

D'ailleurs, pourquoi Jean Charest a-t-il rencontré Mario Dumont et Pauline Marois séparément pour discuter des difficultés économiques du Québec, et non ensemble comme ils le demandaient? Tout simplement pour être en mesure de dire aujourd'hui que les deux chefs des partis d'opposition n'avaient rien à proposer. Ce n'est pas vrai. L'Assemblée nationale a tout de même adopté deux motions qui auraient dû permettre à M. Charest de croire à la sincérité des partis d'opposition. Quand on vote à l'Assemblée nationale, ça devrait signifier quelque chose. Les Québécois auraient aimé voir M. Charest s'élever au-dessus de la mêlée.

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Marie Grégoire est vice-présidente communication et marketing du cabinet HKDP Communications et affaires publiques
3 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 8 novembre 2008 10 h 52

    LE PROBLÈME AVEC MARIO DUMONT

    Si la volonté démocratique d'une majorité veut se retrouver au pouvoir, cette majorité doit être assez forte parce la minorité, elle, va voter en bloc dans le sens contraire. Cette semaine 57% des Blancs américains ont voté pour Obama mais leur majorité a été renversée par le vote quasi unanime des Noirs et des Latinos pour Obama. C'est le drame aussi, la grande tragédie des Tremblay d'Amérique, floués par le jeu "démocratique".

    C'est pour ça qu'on a perdu le référendum. C'est pour ça qu'on a les Libéraux au pouvoir. C'est pour ça que le Québec politique va nulle part, qu'il agonise sous nos yeux, complètement impuissant.

    Qu'est-ce qui s'est passé après le référendum? Au lieu de continuer (l'image de Chrétien avec le char poigné dans la neige l'hiver: "on recule pis on r'avance") on a abandonné. Démission totale et grosse chicane dans la cabane. Mario a rompu les rangs de la coalition et a commencé son ego trip. Un gros gros ego trip qui l'a mené à quelques comtés à peine du Penthouse de l'Édifice Price.

    Sur quoi il carbure le petit Mario? La débat gauche-droite, section droite, section qui était inoccupée au Téléjournal depuis la retraite de Jérome le gorille, Camil le brochet, Fabien le jarret ainsi que ses nombreux pénépistes. Mario occupe tout le terrain; c'est son fief. Sans équipe, parce que Mario est un mangeux de puck. Personne ne veut jouer avec lui; il fait jamais de passes.

    Le débat est sain, faut en convenir, et tout à fait légitime; il est même au coeur de toutes les sociétés démocratiques. Là n'est pas le problème.

    Ce que le p'tit Mario refuse de voir (pas pur égo trip) c'est que le débat qu'il chérit tant (et qui est fort justifié je répète) ne se fait qu'à moitié, l'autre moitié de nos impots étant envoyés directement, les yeux fermés, sur la colline à Tawa, sans le moindre débat. Là, c'est le cowboy de Calgary, encore plus à droite, qui mène le show avec nos 50 milliards, sans le moindre débat. 2,5 milliards pour les blessures dans les pensionnaires autochtones (nos enfants de Duplessis ont eu un gros 50 millions de peines et de misères) 15 milliards de nouvelles quincailleries militaires, 22 milliards pour l'Afghanistan. Notre fric pète le feu, nous, on n'a pas un seul mot à dire sur la game. Toé, tais-toé ma Josée. Continue à faire la plante verte au 400e...Toé mon Ti-Gilles, continue à japper dans le désert avec tes 50 chameaux, loin de la grosse caisse. Par icite la bonne soupe aux pois. So good this peasoup.

    Bref, la montée de l'ADQ, qui a entrainé la brisure de la coalition nationaliste, a permis
    aux forces minoritaires libérales de s'emparer du pouvoir avec un score ridicule (j'ai déjà calculé que 90% des Francophones de 18 à 64 ans n'avaient pas voté Libéral) et de nous mener par le bout du nez. Pendant ce temps-là, on a le culot de nous faire une élection sur l'économie!!!

    Est-ce que je suis le seul dans la maison à être indigné, profondément indigné?

  • Gilles Bousquet - Inscrit 8 novembre 2008 18 h 38

    Question à Mme Grégoire

    M. Harper, plus porté sur les demandes des provinces que les Libéraux fédéraux, a refusé la demande de M. Dumont d'ouvrir la constitution canadienne pour y inclure la nation québécoise. C'est une simple petite partie de l'autonomie de l'ADQ. Si les autres demandes sont refusées par le fédéral comme le fait que le Québec collecte tous les impôts, c'est quoi le pouvoir de négociation de M. Dumont qui ne veut pas tenir de référendum pour faire la souveraineté du Québec ? Faire des échanges comme : la reconnaissance du Québec contre accepter des changements au sénat ? Bouder ? Dire des gros mots pas gentils ? Taper du pied ? Tenir sa respiration jusqu'à devenir bleu ?

    Personne à l'ADQ ne peut répondre à ça.

  • Alexandre Maltais - Inscrit 9 novembre 2008 17 h 26

    M. Bousquet, pour toutes ces raisons, votons Dumont !

    Dumont doit être porté au pouvoir. Tous les souverainistes québécois devraient voter pour lui, et avec les néo-nationalistes, qui se font appelés autonomistes, la victoire est dans la poche. En effet, l'arrivée au pouvoir de l'ADQ donnerait une impulsion incroyable au OUI à un prochain référendum. Imaginez la scène: malgré que les deux paliers soient sur la même longueur d'onde quant à la vision idéologique (de droite...) Le fédéral refuserait en bloc les demandes de M. Dumont, qui seraient inacceptables pour le ROC. Devant l'impuissance du gouvernement autonomiste, les Québécois se rendraient compte que la souveraineté est la seule voie ... de l'autonomie !