Et si le PQ gagnait...

La plupart des analyses diront qu'on se retrouvera probablement avec un gouvernement Charest minoritaire. Je pense pour ma part qu'il y a une probabilité réelle, pas prédominante mais réelle, qu'on se retrouve avec un gouvernement du Parti québécois, probablement minoritaire aussi. Je pense qu'à la mi-campagne, juste avant ou après le débat, cette probabilité va émerger. En déclenchant les élections sur la foi de sondages qui lui donnaient une très forte satisfaction, M. Charest a pris un grand risque.

Cette forte satisfaction était fondée sur le fait qu'il ne bousculait pas les Québécois. Depuis un an à peu près, il avait géré de façon très modérée, faisant en sorte que les Québécois se disaient: «C'est pas qu'on l'aime, mais nous n'avons plus de raisons de ne pas l'aimer.» Et là, déclencher des élections sans raison valable, c'est bousculer les Québécois. Juste le fait de déclencher des élections donne aux Québécois, pour la première fois depuis un an et demi, une raison d'être de mauvaise humeur envers Jean Charest, ce qui était leur position régulière auparavant.

Là les Québécois vont commencer à prêter attention à que disent les chefs d'opposition, notamment l'équipe qui est la plus forte, celle de Pauline Marois.

Il n'est pas dit que les Québécois vont considérer que les propositions et la personnalité de Jean Charest sont supérieures aux propositions et à la personnalité de Pauline Marois. À la fin, pour un grand nombre de Québécois, les élections vont être un référendum sur celui ou celle avec qui ils voudront passer les quatre prochaines années.

Le prétexte de la campagne, c'est l'économie. Or, durant les premiers jours de la campagne, on s'est aperçu que les deux principaux partis, le Parti libéral et le Parti québécois, proposaient des solutions qui ne sont pas très divergentes les unes des autres. Il n'était pas nécessaire de déclencher des élections. Puisque l'enjeu économique ne va pas résister plus de 10 jours, à mon avis, parce qu'il n'y a pas assez de différences entre les deux, il faudra distinguer les deux partis par rapport à d'autres sujets, et là, la vraie campagne va commencer. Si le Parti québécois réussit, après avoir établi sa crédibilité économique, ce qui est relativement facile, à porter le débat sur les questions identitaires, là, M. Charest sera très vulnérable. Il s'est positionné depuis cette année en champion du Québec, mais avec un bilan extrêmement mitigé. Les actions qu'il a prises à la fois sur les budgets, sur l'immigration, sur la langue, sur des études cachées et sur bien d'autres choses font en sorte qu'il y a un écart important entre ce qu'il prétend être et ce qu'il est vraiment.

Pour les trois chefs, l'erreur à ne pas faire, c'est essayer de se comparer à Barack Obama. Il faut absolument qu'ils résistent à ça. L'erreur à ne pas faire pour

M. Charest, c'est l'arrogance et l'agressivité, parce que le souvenir que les Québécois ont du Charest d'il y a juste deux ans, c'est le Charest arrogant et agressif. L'erreur pour Pauline Marois, c'est de se plaindre de l'agressivité de ses adversaires. C'est un atout pour elle qu'elle puisse devenir la première femme première ministre du Québec, mais elle doit le jouer sans jamais se plaindre d'être une femme. Je ne dis pas qu'elle le fait mais je dis qu'elle ne doit pas prêter flanc à cette critique-là. Finalement, Mario Dumont ne doit pas prétendre qu'il va devenir premier ministre.

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Jean-François Lisée est directeur exécutif du CÉRIUM et ancien conseiller des premiers ministres Jacques Parizeau et Lucien Bouchard
21 commentaires
  • Brun Bernard - Inscrit 8 novembre 2008 07 h 24

    Ridicule et vide.

    Je ne suis pas "mauvaise humeur", je ris de tant d'incohérence. Un parti qui se présente aux élections et qui ne doit pas dire qu'il veut le pouvoir. Un politique c'est comme un juge, en terme de responsabilité, femme ou non, c'est le cerveau d'une équipe qui dirige un pays. "Dumont ne doit pas prétendre qu'il veut devenir le premier ministre", ça c'est très original de dire ça car comment peut-on faire autrement, pouvez-vous le lui dire? Madame Marois ne doit pas prétendre "devenir la première femme première ministre du Québec" est-ce que vous leur conseillez de ne jamais dire ce qu'ils pensent honnêtement aux citoyens? Ne pas prétendre même si on le pense, c'est déjà le début d'une attitude mensongère. C'est la même technique électorale utilisée pas l'équipe McCain. Obama a gagné parce qu'il était plus honnête et plus franc. Il n'a jamais eu à prétendre ou pas prétendre.
    "Là les Québécois vont commencer à prêter attention à que disent les chefs d'opposition, notamment l'équipe qui est la plus forte, celle de Pauline Marois." Là aussi, c'est d'un ridicule car comment dire autre choses. Vous avec gaspillez 2 lignes et vous auriez pu écrire autre chose de plus précis et de moins prétentieux. Je n'aime pas Charest ni sa politique ni sa clique mais là vous faites largement pour que je ne vous crois pas non plus. On sent un opportunisme mal placé qui peut coûter cher au Québec, je ne crois pas que moi en tant que québécois vous suive.

  • Laurette Drouin - Abonnée 8 novembre 2008 07 h 26

    En avant toute !

    Bravo, François. Il me semble vous reconnaître un peu plus dans ce texte. Avec les vaches maigres qui s'annoncent, il n'est pas dit que le PQ, comme ce fut le cas avec le Bloc, ne récoltera pas les fruits d'une cohérence politique têtue située à gauche. Bien plus que Boisclair la girouette, Dumont la pirouette et Charest la marionnette, les années de service de Marois témoignent d'une continuité avec les grands idéaux du PQ. Qu'on aime ou qu'on aime pas ses "couvertes à franges", elle peut dire comme Gréco: "Je suis comme je suis".Ce qui n'est pas toujours le cas des hommes astiqués et cravatés auxquels la mondialisation à outrance nous avait accoutumés. Dans une période de "frilosité" comme celle qui s'annonce, ce n'est pas pire que la cigarette de Lévesque !

  • Dominique Boivin - Abonné 8 novembre 2008 07 h 53

    A qui Madame Marois va t-elle s'adresser ?

    M. Lisée,

    Je suis tout a fait d'accord sur l'analyse que vous faites de la présente campagne. Cependant, j'ai observé par le passé la mauvaise habitude de plusieurs chefs péquiste de s'adresser aux membres de leurs partis plutôt qu'a la population. Comme si les membres étaient La Population. Pour espérer former le prochain gouvernement, Madame Marois devra, je pense par son discour rassembleur, s'adresser a tous les québécois. Je sais que la nuance est subtile mais il n'en demeure pas moins que beaucoup pense comme moi que parfois sinon très souvent, j'ai l'impression très désagréable que le discour des chefs ne s'adresse qu'aux membres du parti.

  • jacques noel - Inscrit 8 novembre 2008 09 h 14

    PAULINE ET LA QUESTION FÉMININE

    Au début les Noirs n'étaient absolument pas derrière Obama; ils étaient avec Hillary. C'est lorsque les fermiers blancs de l'Iowa ont voté pour lui que le vent a changé. En bout de ligne, ils ont voté à 95% Obama, faisant la différence dans les États-clés.

    Obama n'a jamais joué la question raciale pour ne pas s'aliéner les Blancs. Mais les Noirs ont tous compris qu'ils n'auraient pas la chance deux fois dans leur vie de voter pour un président noir. Pauline doit jouer la même carte, mais ouvertement, parce qu'ici on ne parle pas de 13% de l'électorat, ni de 4% comme chez Boisclair, mais bien de 51%.

    Pour la première fois de leur histoire, les Québécoises auront la chance de voter pour une femme. L'arguement ne portera guère chez les Yvette-Tisseyre-tissées-serrées et encore accrochées aux Rocheuses, ni chez les femmes ethniques, ni chez les jeunes adéquistes post-post-féministes, mais toutes les autres femmes (un bon tiers de l'électorat!) sont à prendre! Le danger de s'aliéner le vote masculin est assez faible: Baptiste vit sans trop chiqué sous un régime matriarcal depuis Jeanne Mance et Marie-de-l'Incarnation.

    Face à un Charest qui fait une élection inutile sur la pseudo-crise économique au Québec (la vraie crise est dans les placements des Québécois et non dans l'économie québécoise), Pauline doit subtilement détourner l'attention vers la chance unique que les Québécoises ont d'élire une femme.

    Les deux partis partent nez à nez dans les comtés francophones, quelques points vers les PQ et Pauline rentre majoritaire.

    Mais comme Obama, Pauline doit montrer qu'elle peut occuper le poste. Elle doit arriver avec l'équipe, le programme et le leadership. Elle doit bien doser l'émotion (le pays) avec la rationalité (le pouvoir). Elle doit montrer qu'elle est maintenant bilingue. Mais après ça, la game est ouverte pour la chasse au vote féminin

    Can she?

  • Gilles Bousquet - Inscrit 8 novembre 2008 09 h 32

    Comment défaire le très provincial parti Libéral

    Celles et ceux qui souhaitent défaire le parti Libéral très provincial doivent voter stratégique comme suit :

    Dans chaque comté, il se fait des sondages sur les intentions de votes pour les candidats locaux. Ça indique quel candidat a plus de chances de défaire le candidat Libéral, celui du PQ ou celui de l'ADQ. Faut voter pour celui là. Ça devrait réussir et aider, en plus à plusieurs autres dossiers dont celui de l'emplacement du CHUM qui est devenu une vraie farce dramatique.