Terreur à Wall Street!

Venant de connaître un mois d'octobre plutôt noir, les marchés boursiers demeurent submergés sous le poids de la peur et de l'irrationalité. Dans le cycle des émotions, les boursicoteurs ont plongé dans la peur et la terreur à un degré d'intensité jamais vu le 27 octobre dernier, une date qui indiquerait l'atteinte d'un creux de l'actuelle correction boursière.

Octobre a été un mois particulièrement éprouvant pour les investisseurs boursiers. Le Dow Jones a perdu 14 % durant ce mois. Plus large et plus représentatif, le S&P 500 a abandonné 17 % le mois dernier, soit sa pire performance depuis celle d'octobre 1987, sa deuxième dégringolade mensuelle en importance depuis la Deuxième Guerre mondiale. À Toronto, l'indice S&P/TSX as perdu 17 % de sa valeur. Il s'agissait de sa plus forte baisse mensuelle depuis celle d'août 1998.

Ces pertes ont gonflé le recul du Dow Jones à 30 % depuis le début de l'année et celui du S&P 500 à 34 %. Pour l'indice baromètre de la Bourse de Toronto, le plongeon, après 10 mois, est de 29 %.

Ces pertes ont alimenté la peur des petits investisseurs, qui n'a pas été sans provoquer un mouvement de retrait massif des fonds d'investissement. Selon les statistiques préliminaires de l'Institut des fonds d'investissement du Canada, les rachats nets ont établi un nouveau record mensuel de 8,45 milliards de dollars en octobre, doublant le record précédent de 4,5 milliards, compilé en septembre. Au total, en deux mois, les sorties vont se chiffrer à près de 13 milliards, ramenant l'actif combiné entre 568,2 milliards et 573,2 milliards, en baisse de 10 %.

Ce mouvement vers la sortie s'est toutefois fait de manière ordonnée. Il n'y a pas eu de panique et nombre d'investisseurs sont demeurés fidèles à la Bourse, orientant toutefois leur choix vers des véhicules ciblant les titres de première qualité. Sur ce point, Barclays Canada a émis mercredi un communiqué vantant les mérites des unités de fiducie que vend l'institution financière. L'architecte des IShares, ces unités de fiducie négociées en Bourse, a fait part de ventes nettes de 2,1 milliards de dollars de ces instruments en septembre et en octobre.

Ces titres s'offrent en concurrent aux fonds d'investissement en proposant, à coût moindre, une participation sous forme indicielle associée à un portefeuille-type. La famille de Barclays contient quelque 300 IShares différentes. La plus populaire en septembre-octobre a été, au Canada, l'unité de fiducie collée sur un indice représentant 60 larges capitalisations, avec des achats nets de 1,38 milliard. Cette unité a également été le titre le plus activement négocié à la Bourse de Toronto en octobre, avec des échanges totalisant 8,3 milliards de dollars, a souligné Barclays.

Peur extrême

Ces jeux de portefeuille ont été observés alors que la Bourse a affiché une volatilité extrême en octobre. Les hauts et les bas étaient amplifiés et imprévisibles, les nombreux revirements n'ayant très souvent aucun lien avec les données ou la statistique du moment.

La volatilité du S&P 500 a été mesurée et transformée en indice, le VIX. Il a atteint son niveau culminant à 80,06 points le 27 octobre dernier, une date qui, faut-il au moins s'en réjouir, coïnciderait avec l'atteinte du creux en Bourse dans l'actuelle phase de correction («bear market»).

L'«indice de la terreur», comme l'appellent certains analystes, a longtemps évolué entre 10 et 20 points. «Au-dessus de 30, nous entrons en territoire émotif. L'émotivité prend le dessus sur le rationnel», a expliqué William André Nadeau, président et gestionnaire de portefeuille du cabinet Orientation Finance. À 45 points, nous nous retrouvons dans une grosse crise. «Imaginez à 80! Il n'y a tout simplement plus de rationnel.»

Pierre Lapointe, stratège adjoint à la Financière Banque Nationale, parle également d'euphorie extrême, qui se manifeste toutefois de façon plus disproportionnée lorsque la tendance est baissière. C'est donc dire que l'indice VIX comporte un biais à la baisse. N'empêche, à 80,06, «c'est comme si l'on se retrouvait en plein coeur d'un ouragan. Ce n'est pas le temps de sortir dehors, même avec un parapluie.» Une fois à ces niveaux, «il faut laisser les choses aller. Il faut que la peur s'évacue».

Le 5 novembre, l'indice de volatilité était revenu à 54,56 points, se maintenant tout de même à un niveau de forte intensité dans l'échelle. À titre de comparaison, lors de la récession de 1990-92, le VIX a fluctué entre 10 et 30, donc dans la zone du rationnel. Il est remonté à la barre des 25-45 points lors de la crise monétaire asiatique de 1997-98. Il a bondi momentanément au-dessus des 40 dans le sillon du 11-Septembre, alors que la forte correction boursière ayant accompagné l'éclatement de la bulle des valeurs technologiques a forcé l'indice à se maintenir longtemps entre 30 et 40.

En entrant ainsi dans l'émotivité, on perce l'univers de la neuroéconomie. Cette branche de recherche relativement nouvelle, qui retient plus d'attention depuis que le Nobel 2002 a été remis au psychologue Daniel Kahneman, tente de rapprocher l'économie et les neurosciences cognitives. Elle tente de mesurer, souvent par imagerie du cerveau, l'influence des facteurs cognitifs et émotionnels sur les prises de décision économique.

Il a déjà été démontré qu'une grande volatilité provoquait chez les négociateurs en Bourse la sécrétion d'hormones qui, telle la testostérone, induisaient des comportements irrationnels, euphoriques ou encore incitait une prise de risques disproportionnée. Ainsi, il faut conclure que la volatilité, forte ou extrême, induit des décisions irrationnelles. Sans toutefois perdre de vue qu'une perspective de perte peut provoquer chez l'investisseur une douleur deux fois plus grande que la satisfaction que procure un gain.

Lorsque l'adrénaline et la testostérone côtoient le masochisme...
1 commentaire
  • Carole Pelletier - Abonnée 8 novembre 2008 16 h 07

    le cycle des émotions

    comment faire pour imprimer "le cycle des émotions"?

    jeanpierre.filion@videotron.ca