La victoire d'Obama - La fête ne durera pas longtemps

Barack Obama: de l’euphorie au réveil brutal?
Photo: Agence Reuters Barack Obama: de l’euphorie au réveil brutal?

Barack Obama aura une première rencontre de travail avec l'actuel occupant de la Maison-Blanche, George W. Bush, ce lundi à 13 h30. Tant en théorie qu'en pratique, le président Bush reste le seul maître à bord jusqu'à l'assermentation de son successeur le 20 janvier prochain. Cependant, il a déjà indiqué — et je crois personnellement qu'il est très sincère à ce sujet — qu'il collaborera autant que possible pour faciliter la transition vers une nouvelle administration. Il a même dit qu'il s'assurerait que son successeur serait consulté sur tous les grands dossiers et toutes les grandes décisions qui ne pourront pas attendre l'arrivée d'un nouveau résident à la Maison-Blanche.

Cette première rencontre constituera un réveil brutal au lendemain d'une période d'euphorie qui a touché le monde entier depuis l'élection de Barack Obama. Bien sûr, le président Bush le mettra au courant des grands dossiers qui concernent la sécurité nationale, comme l'état de la situation en Irak et en Afghanistan. Mais s'il tient à consulter son successeur et, en quelque sorte, à lui faire partager la responsabilité de certaines décisions, c'est qu'il y a un dossier sur lequel une décision doit être prise dans les prochaines semaines: l'État fédéral américain doit-il, oui ou non, investir des dizaines de milliards de dollars pour sauver de la faillite l'industrie américaine de l'automobile, longtemps considérée comme le principal moteur de l'économie américaine. Ce dossier a valeur de symbole à plusieurs égards.

General Motors, le plus grand des trois constructeurs américains, a vu ses ventes diminuer de 45 % le mois dernier par rapport à il y a un an. Non seulement le marché de la consommation est en train de s'effondrer, mais GM est devenue au fil des années un monstre tentaculaire et bureaucratique dont l'offre de produits ne correspond plus ni aux goûts ni aux besoins de la clientèle. Les véhicules offerts sont laids, souvent d'une qualité quelconque et totalement aux antipodes de ce que les temps modernes exigent, c'est-à-dire des voitures qui consomment peu de carburant. GM a mis en vente sa division Hummer, cet affreux véhicule militaire qui trouvait preneur chez ceux qui y voyaient un symbole de puissance et de réussite, mais il n'y a pas d'acheteurs intéressés.

Un milliard par mois

À l'heure actuelle, GM est en train d'épuiser ses réserves de liquidités à raison d'un milliard de dollars par mois, et on prévoit qu'au début de l'année, peut-être avant que l'administration Obama ne soit en poste, elle pourrait être forcée de déposer son bilan. Depuis quelques semaines, elle entretient des pourparlers avec Chrysler, presque aussi mal en point, pour en venir à une fusion entre les deux. Mais même pour rendre cette fusion possible, le gouvernement américain devra injecter au minimum 10 milliards, et, une fois un tel geste posé, rien ne dit que l'avenir de la nouvelle entité ainsi créée sera assuré pour bien longtemps. Et si ce scénario de fusion devait se réaliser, on estime que 25 000 à 35 000 emplois directs et 50 000 emplois indirects seraient supprimés.

Comme le démontre une étude réalisée par le Center for Automotive Research, si la moitié de l'industrie américaine de l'automobile disparaît, ce sont 2,5 millions d'emplois qui seront perdus dès la première année et 108 milliards de dollars de revenus qui ne rentreront pas dans les coffres du gouvernement dans les trois années qui suivront. Or, ce scénario est loin d'être improbable.

Dans la première moitié de 2008, les trois grands constructeurs américains ont enregistré des pertes de plus de 30 milliards.

L'industrie américaine de l'automobile s'est encrassée à un tel point qu'une analyse objective mène rapidement à la conclusion qu'il est futile d'en prolonger l'agonie. La structure de coûts est hors de contrôle et ne pourra sans doute plus jamais concurrencer les véhicules fabriqués en Corée, en Malaisie et en Chine. Même dans les véhicules haut de gamme, les trois grands monstres américains ont accumulé un tel retard par rapport aux grandes compagnies européennes et japonaises qu'il est pratiquement impossible de le rattraper. En d'autres mots, au strict plan de la logique, le gouvernement américain devrait tourner la page et songer plutôt à investir dans le recyclage de cette main-d'oeuvre qui se retrouvera sans emploi.

Le coeur de l'économie américaine, même quand elle allait encore bien, s'était déplacé ailleurs, vers la Californie et sa Silicon Valley; vers les grands centres de recherche en médecine et en biotechnologie; bref, vers des activités qui demandent un haut niveau d'instruction.

Barack Obama a gagné son élection en allant chercher les suffrages de grands États industriels qui avaient voté pour les républicains lors des deux dernières élections.

L'Ohio, où j'ai passé les trois semaines précédant l'élection, a voté pour Obama parce que les électeurs croyaient qu'il ferait ce qu'il faut pour sauver ces emplois: en Ohio, l'effondrement de l'industrie américaine de l'automobile serait une véritable catastrophe économique et sociale.

Malheureusement pour le président élu, cette décision ne peut pas attendre. Il ne peut même pas se permettre de gagner du temps. Ou bien il se laisse guider par des considérations purement politiques, et il autorise à coup de dizaines de milliards de dollars le sauvetage — probablement temporaire — d'une industrie moribonde; ou bien il met les Américains en face de la réalité: l'économie américaine ne peut plus reposer sur une activité manufacturière.

Cette économie là est rendue ailleurs dans le monde. S'il opte pour un grand sauvetage, ce sera le début de la dérive protectionniste, car seul le protectionnisme permettra à court terme de rendre les voitures américaines plus attrayantes pour les consommateurs que les produits concurrents.

Près de 40 % de l'économie canadienne dépend de l'accès au marché américain. Le protectionnisme aurait de très graves conséquences sur notre économie.

Mardi soir, Barack Obama a choisi d'adopter un ton modeste et d'annuler les feux d'artifice qu'avaient prévus ses organisateurs pour célébrer la victoire. Il savait que la fête ne durerait pas longtemps.
6 commentaires
  • Michel Magnant - Inscrit 8 novembre 2008 05 h 59

    Obama et le secteur automobile

    Obama pourrait aller dans le sens du protectionnisme. Pour deux raisons. Premièrement par ce qu'l a été influencé par la culture irlandaise de Chicago qui veut qu'on protège d'abord les siens au détriment de toute théorie économique. Et deuxièmement par les secteurs de la haute technologie créent beaucoup moins d'emplois.

  • Normand Chaput - Inscrit 8 novembre 2008 09 h 05

    le protectionnisme est nécessaire

    Pour une simple question de sécurité, un pays doit, dans tous les domaines, être capable de produire pour combler ses besoins. Que ce soit dans l'agriculture, le domaine manufacturier ou l'exploitation des ressources naturelles.

    Le problème avec les U.S.A. est qu'ils produisent beaucoup trop pour combler leurs besoins et ils ont dû en écouler la plus grande partie sur d'autres marchés. C'est là que la mondialisation est née.

    En temps de crise, on assdiste à une réduction de la production, dans tous les domaines (même financier) mais on ne peut tout simplement pas mettre à mort différents pans de l'économie pour le motif qu'on peut avoir moins cher ailleurs. Ce serait mettre la souveraineté de la nation entre les mains de tiers.

    Comme pour les banques, il faut donc les aider mais continuer à assister à leur dégraissage.

  • jacques noel - Inscrit 8 novembre 2008 11 h 06

    Obama a été élu par quoi?

    Depuis mardi, on nous raconte que c'est la fin du racisme, que l'Amérique a changé, que c'est le 21e siècle, blablabla...Boulechite

    Le Mississipi (36% de Noirs), la Louisiane (32%) et la Georgie (27%) ont voté... McCain! Alors qu'on vient d'élire le premier président noir, LES TROIS ÉTATS LES PLUS NOIRS ONT VOTÉ BLANC!!! Incroyable paradoxe? Facile à comprendre: presque tous les Blancs de ces trois États ont voté McCain.

    Le Mississipi est l'État le plus pauvre et le plus noir des États-Unis. Les Noirs ont voté à 98% pour Obama et les Blancs ont voté à 88% pour McCain! C'est-tu ça le vote ethnique?

    http://www.cnn.com/ELECTION/2008/results/polls/#va

    Le Mississipi a voté McCain à 56%, la Louisiane à 59% et la Georgie 53%. Rien n'a changé. Faites le calcul et on est dans le vote ethnique le plus pur qu'on puisse imaginer.

    Alors qu'est-ce qui s'est passé pour qu'Obama gagne dans un pays qui ne compte que 13% de Noirs? Obama a gagné tous les swingstates grace à la division du vote blanc et à l'unité du vote ethnique

    Obama a remporté l'Ohio 51 vs 47. La majorité blanche a voté contre lui (52 vs 46) mais elle a été renversée par la minorité noire (11%) qui a voté Obama (97 vs 3). Obama a empoché les 20 sièges électoraux

    http://www.cnn.com/ELECTION/2008/results/polls/#va

    Obama a remporté la Pennsylvanie 55 vs 44. La majorité blanche a voté contre lui (51 vs 48) mais elle a été renversée par la minorié noire (10%) qui a voté Obama (95 vs 5). La minorité hispanique a aussi voté Obama (72 vs 28). Obama a empoché les 21 sièges électoraux

    http://www.cnn.com/ELECTION/2008/results/polls/#PA

    Obama a remporté la Floride 51 vs 49. La majorité blanche a voté contre lui (56 vs 42) mais elle a été renversée par la minorité noire (14%) qui a voté Obama (96 vs 4) et la minorité hispanique (57 vs 46) qui a voté Obama. Obama a empoché les 27 sièges électoraux.

    http://www.cnn.com/ELECTION/2008/results/polls/#va

    Obama a remporté l'Indiana 50 vs 49. La majorité blanche a voté contre lui (54 vs 45) mais la minorité noire (7%) a voté Obama (90 vs 10) ainsi que la minorité latine (4%) (77 vs 23). Obama a empoché les 11 sièges.

    Obama a remporté le Colorado 55 vs 44. La majorité blanche a voté contre lui (55 vs 44) mais la minorité noire (8%) a voté Obama (pas de données mais on peut calculer au moins 90%) tout comme la minorité hispanique (17%) dans des proportions 73 à 27. Obama a empoché les 9 sièges.

    Obama a été élu avec 349 sièges contre 163. Transférez ces 5 États à McCain et McCain gagne l'élection

    Obama a été élu par l'argent (il avait deux fois la caisse à McCain) et des votes ethniques. Ca vous rappelle quelque chose?

    Ce qui nous amène au THÉOREME DE JACQUES NOEL

    Dans un pays démocratique, si vs appartenez à la majorité et que vous souhaitez que la volonté politique de cette majorité se retrouve au pouvoir, vous devez vous assurer qu'elle va voter le plus fortement possible dans cette direction parce que la (ou les) minorité, elle, va voter encore beaucoup plus fort, voire quasi-unanimement, dans le sens opposé.

  • Hélène Paulette - Inscrite 8 novembre 2008 15 h 29

    Vous pleurez sur vous-meme M.Lavoie....

    Obama l'a martelle tout au long de la campagne, il va aider le secteur manufacturier et rapatrier les emplois... Tant pis pour les tatas qui ont joue la "game" de Reagan et de Mulroney... On a qu'a faire la meme chose, il y aura moins de millionaires et moins de chomage. Dommage pour vous!

  • jacques noel - Inscrit 9 novembre 2008 10 h 54

    L'élection vue par les Français

    Obama : le choix des minorités ethniques, de l'hyper-classe mondiale et des médias


    Thursday 6 November 2008 | Politique International and Société |
    Obama : le choix des minorités ethniques, de l'hyper-classe mondiale et des médias

    Les Républicains étaient usés : marqués par l'échec de leur politique étrangère néoconservatrice en Irak, en Afghanistan et au Pakistan ; frappés de plein fouet par la crise financière et économique mondiale. L'élection comme président des Etats-Unis de Barack Obama, un métis, considéré comme « Noir » dans la terminologie américaine, n'en est pas moins un événement symbolique particulièrement important.
    Explications :
    C'est la défaite de l'Amérique traditionnelle et des classes moyennes blanches. Obama a été choisi par les minorités ethniques et l'hyper-classe mondiale. Il s'est imposé à l'ensemble de la population américaine grâce au puissant soutien des médias dont il a bénéficié.
    Le choix des minorités ethniques
    Obama s'est présenté à l'origine comme un candidat « post-racial » ; mais malgré ses ambiguïtés et grâce à sa femme Michelle (une « sister »), Obama s'est fait reconnaître comme un « frère » par les Afro-Américains. Selon les sondages, il a recueilli de l'ordre de 90% des suffrages des « Noirs », représentant 11 à 12% des électeurs.
    Il s'agit là d'un vote « racial », d'autant que, dans la communauté noire, il était quasiment impossible de s'afficher, y compris sur Internet, en faveur de McCain.
    L'énorme pression médiatique présentait l'équation suivante : qu'un Noir vote Obama, c'est normal ; qu'un Blanc ne vote pas Obama, c'est parce qu'il est « raciste ».
    Obama a aussi bénéficié du vote d'une majorité des 9 millions d'électeurs hispaniques ; ce sont d'ailleurs les électeurs hispaniques qui ont fait basculer en faveur d'Obama le Nouveau Mexique, le Nevada et la Floride.
    Pour séduire les Hispaniques, Obama leur avait adressé (à la différence de McCain) des messages en espagnol, rompant ainsi avec la règle d'unité linguistique des Etats-Unis faisant de l'anglais l'un des marqueurs de l'identité américaine.
    La préférence de beaucoup d'Hispaniques a aussi été largement déterminée par des raisons ethniques : cette catégorie sociolinguistique américaine est composée de métis mêlant des sangs blancs, indiens et noirs. Ils ont pu se reconnaître dans Obama, sorte de Lara Croft (1) de la vie réelle.
    En outre, beaucoup d'électeurs hispaniques se sentent solidaires des travailleurs clandestins mexicains et sud-américains ; ils s'opposent ainsi aux classes populaires blanches sur la question de l'immigration ; ajoutons que les Hispaniques sont bénéficiaires, comme les Noirs, des mesures de discrimination positive dans l'accès aux universités, aux emplois et au logement (beaucoup de crédits « subprimes » - appelés ironiquement Sanchez - étaient d'ailleurs gagés sur des biens hypothécaires appartenant à des Hispaniques).
    Pour les Noirs comme pour les Hispaniques, les motivations du vote ont donc souvent été à la fois ethniques et sociales.
    Une autre minorité, la communauté juive, s'est aussi largement prononcée en faveur d'Obama, à 74% selon un sondage préélectoral de Gallup, d'octobre 2008 (2) . Les Etats où la communauté juive est fortement présente - côte est, Californie, Floride - ont d'ailleurs choisi Obama.
    A la différence des minorités précédentes, il s'agit là d'une minorité riche puisque ses revenus moyens sont deux fois supérieurs à la moyenne américaine et trois fois supérieurs à ceux des Noirs et des Hispaniques (3) .
    L'alliance « progressiste » (« libéral » au sens américain du terme) habituelle des juifs et des Noirs en faveur du parti démocrate s'est donc largement reconstituée derrière Obama ; c'est la fin de l'épisode néoconservateur qui avait vu une partie importante de la communauté juive rejoindre le camp républicain et influencer fortement la politique étrangère de George Bush.
    Ces différentes données conduisent à poser en ordre de grandeur l'arithmétique suivante :
    - électorat noir : 11% de l'électorat total ; 10% pour Obama, 1% pour McCain ;
    - électorat hispanique : 8% de l'électorat total ; 5% pour Obama ; 3% pour McCain ;
    - électorat juif : 3% de l'électorat total ; 2% pour Obama, 1% pour McCain.
    Dans ces conditions, pour gagner l'élection présidentielle McCain aurait dû impérativement rassembler plus de 58% de l'électorat blanc ou asiatique (4) . Une vraie gageure, compte tenu de la puissance des soutiens financiers et médiatiques d'Obama.
    Le choix de l'hyper-classe mondiale
    Le sénateur républicain du New Hampshire Judd Creg l'a reconnu : « Il y a à Wall Street un courant de sympathie indéniable pour Obama. C'est en partie lié au fait que nous avons perdu nos racines » (5) .
    En tout cas, Obama a bénéficié du soutien affiché des milliardaires Warren Buffett et George Soros et recueilli des fonds des patrons des principales banques d'affaires de Wall Street... avant leur disparition. Et à Chicago, sa base de départ, il a eu comme l'un de ses principaux appuis Kennett Griffin, le patron du fonds spéculatif Citadel Investment.
    Et même si les médias ont complaisamment parlé des petits donateurs, l'essentiel des 660 millions de dollars collectés par Obama pour sa campagne électorale (record américain et mondial) l'ont principalement été auprès des Américains les plus fortunés.
    Là aussi, l'arithmétique est parlante : des centaines de milliers de donateurs à moins de 100 dollars peuvent, certes, apporter quelques dizaines de millions de dollars mais cela représente moins de 10% du total des sommes collectées.
    Le reste des dons provient des secteurs de la finance, des affaires et des lobbyistes (6) : avec 740.000 dollars, le principal regroupement de dons vient d'ailleurs de la banque d'affaires Goldman Sachs, berceau de l'actuel secrétaire au Trésor Harry Paulson ; ce qui contribue à expliquer que le plan de sauvetage des banques présenté par Paulson a été puissamment soutenu par... Obama.
    Cette mobilisation de l'argent des riches en sa faveur a permis à Obama de noyer la campagne publicitaire de John McCain dans un rapport de un à quatre, voire dans certains cas de un à huit, selon le quotidien canadien « Le Devoir » (7). Elle lui a aussi permis de mettre en oeuvre un marketing électoral très agressif sur Internet. Or, dans une élection, c'est souvent celui qui dépense le plus qui gagne !
    D'autres secteurs que les milieux d'affaires de l'hyper-classe mondiale ont aussi soutenu Obama : ainsi le monde de la mode s'est engagé en faveur du sénateur de l'Illinois, conduisant le « New York Magazine » à titrer : « La récolte de fonds par la mode pour Barack Obama est en soi un mini défilé. »
    Le monde de l'art contemporain et celui du rock se sont aussi engagés pour Obama tout comme la majorité des « peoples », c'est-à-dire des personnages en vue des médias.
    Le succès d'Obama, c'est l'alliance de Wall Street et d'Hollywood.
    Seule la country music, musique traditionnelle et européenne de l'Amérique profonde, a pris le parti de McCain et Sarah Palin.
    Les Etats les plus « huppés » des Etats-Unis ont voté Obama qui a recueilli 67% des suffrages (8) dans le Vermont (lieu de villégiature des « bobos » américains) et de 62% à 63% dans le Rhode Island, le Massachussetts et le Delaware.
    Le choix des médias
    A la charnière de l'hyper-classe mondiale et du monde médiatique, les deux plus grands journaux financiers mondiaux, le « Wall Street Journal » et le « Financial Times » ont clairement annoncé la couleur : Obama. C'est aussi le cas, selon « Le Figaro », dont l'obamania ne s'est jamais démentie, de 70% des médias américains dont le « New York Times », le « Washington Post », le « Los Angeles Times », le « Boston Globe », le « Chicago Tribune », le « San Francisco Chronicle ».
    Cette préférence des médias pour Obama n'a pas seulement été quantitative, elle a été aussi qualitative. Ainsi, selon une étude du Pew Research Center sur les médias (9) : de début septembre à mi-octobre, 57% des articles et reportages consacrés à McCain étaient négatifs et seuls 29% positifs ; a contrario, Obama a bénéficié de 36% de reportages positifs contre 29% de négatifs.
    Il est vrai qu'Obama a été vendu moins comme un candidat que comme une « marque » selon le chroniqueur Christian Salmon ; et qu'à l'occasion d'une « fictionnalisation croissante de la politique américaine », les médias lui ont laissé jouer le rôle du « conteur » et du « griot » (10) .
    Dans le cadre d'une campagne parfaitement scénarisée, dont le clou a été la visite à la grand-mère malade à Hawaï, Obama s'est vu attribuer le rôle du « gentil » : à un point tel que les caricaturistes et les satiristes en sont venus à épargner de leurs traits cruels le favori de l'élection, montrant ainsi un singulier conformisme...
    L'action des médias a constamment joué dans le sens d'une angélisation de Barack Obama et d'une diabolisation, sinon de McCain, du moins de sa colistière Sarah Palin.
    Ainsi, les journalistes d' « investigation » se sont beaucoup plus intéressés au gouverneur de l'Alaska qu'au sénateur de l'Illinois, pourtant produit par l'appareil démocrate de Chicago, qui n'a pas toujours été un exemple de... moralité.
    La diabolisation de Sarah Palin était essentielle pour casser la capacité de McCain à mobiliser la classe moyenne blanche et les milieux chrétiens et conservateurs. A contrario, l'obamania médiatique était, elle, nécessaire pour pousser les soutiens naturels d'Obama (les Hispaniques et les Noirs) non seulement à s'inscrire sur les listes électorales, mais aussi à venir voter. La forte participation électorale du 4 novembre (au regard des habitudes américaines) montre l'efficacité de la pression médiatique.
    Non sans raison, la « National Review » a observé : « C'est la fin du journalisme, au profit du média de propagande », le « Boston Herald » estimant, lui, que « le grand perdant des élections était le journalisme objectif ».
    L'énorme pression médiatique - à la fois productrice et exploitante des sondages - a contribué à frapper de sidération l'électorat de l'Amérique profonde selon l'équation suivante : qu'un Noir vote Obama, c'est normal ; qu'un Blanc ne vote pas Obama, c'est parce qu'il est « raciste ».
    Malgré cela, McCain est resté nettement majoritaire parmi les classes populaires et moyennes blanches : mais pour être élu, il lui aurait fallu recueillir plus de 60% de leurs suffrages : l'énorme pression médiatique en faveur d'Obama rendait une telle performance difficile, sinon impossible.
    Certes, McCain a emporté la majorité dans huit des douze Etats où les Blancs représentent encore plus de 90% de la population (11) et c'est dans le Wyoming (66%), l'Utah (61%) et l'Idaho (51%) qu'il a réalisé ses meilleurs scores : mais la victoire dans trois de ces petits Etats (ainsi qu'au Nebraska, au Dakota du Nord, au Kentucky et en Virginie occidentale) ne pouvait évidemment suffire à faire la décision en sa faveur.
    Une élection symbolique
    Le mondialisme triomphant poursuit depuis longtemps deux objectifs symboliques :
    - le couronnement d'un pape sud-américain : l'élection de Benoît XVI en 2005 ne l'a pas permis ;
    - l'élection d'un président « noir » aux Etats-Unis : c'est chose faite.
    Obama représente l'archétype de l'idéologie mondiale unique (IMU) : métis, mondialiste, social-démocrate, de gauche, « antiraciste ». Il est l'élu de l'Amérique des minorités assistées et de l'hyper-classe mondiale assujettissant les classes moyennes blanches.
    Les différents bénéficiaires des « subprimes » ont mêlé leurs votes pour lui : les insolvables qui ne peuvent rembourser leurs prêts, et les financiers qui ont « titrisés » ces dettes pour transférer les défaillances de paiement aux épargnants et aux contribuables de l'Amérique profonde et du monde entier.
    De la promesse du changement à la tyrannie du statu quo
    Usant d'une figure classique de la rhétorique électorale, Obama a fait campagne sur le thème du changement. Mais il va très vite se heurter à la tyrannie du statu quo.
    En politique étrangère, les engagements précis et solennels qu'il a pris devant l'AIPAC (l'American Israel Public Affairs Committee) (12) lui interdisent tout changement notable au Proche-Orient et limitent sa marge de manoeuvre sur l'Irak, l'Afghanistan, le Pakistan, la Syrie et l'Iran.
    En politique économique, la fuite en avant est aussi inéluctable : comment financer, sinon à crédit, les baisses d'impôts promises (pour tous les Américains gagnant moins de 250.000 dollars annuels) et les dépenses sociales annoncées, pour faire accéder tous les membres des minorités au « rêve américain » ? L'endettement de l'Etat américain d'un côté, de l'Amérique vis-à-vis du reste du monde, de l'autre, va donc se poursuivre. Jusqu'à quand ?
    Obama est le premier président américain noir. Mais il n'est pas le premier Noir à exercer de hautes responsabilités politiques aux Etats-Unis. De nombreux maires de grandes villes et des gouverneurs d'Etat sont noirs : prisonnière d'un clientélisme à base d'aide sociale et de militantisme associatif, leur gestion est rarement performante, comme l'a rappelé le cyclone Katrina : les autorités de la Nouvelle-Orléans s'étant révélées particulièrement peu efficaces.
    Le risque existe d'une transposition de cette situation au niveau fédéral.
    En élisant Obama, les Etats-Unis ont cédé à l'emballement d'une bulle médiatique. L'économiste noir conservateur Thomas Sowell décrit ainsi la situation : « Après le grand pari sur les "subprimes" qui ont conduit à la crise financière actuelle, voilà un pari plus gros encore, consistant à confier les rênes de la nation à un homme qui a pour seule qualification l'égo et la bouche » (13). .
    En élisant Obama, les Etats-Unis ont aussi rompu avec ce que Samuel Huntington (14) considère comme des éléments fondamentaux de leur identité : un pays d'origine européenne, de culture anglo-saxonne, de langue anglaise.
    Leur puissance y survivra-t-elle ? Les lendemains déchanteront !
    Source : Polémia. Article du 05/11/08
    Notes :
    (1) Personnage de jeux vidéos destinés à être vendus dans le monde entier, Lara Croft synthétise les traits physiques des différentes races humaines.
    (2) http://www.gallup.com/poll/111424/Obama-Winning-Ov
    (3) « Les Juifs américains », par André Kaspi, Plon, 2008 :
    http://www.polemia.com/article.php?id=1642.
    (4) L'électorat asiatique étant traditionnellement réservé par rapport à la communauté noire, d'autant que les Américains d'origine asiatique sont, comme les Blancs, victimes de la discrimination positive. Le poids des votes de la minorité indienne (1%) et de la minorité arabe (en partie chrétienne) est difficile à apprécier.
    (5) « Pourquoi Wall Street parie sur Obama », « Les Echos », 31 octobre 2008 :
    http://elections-americaines.lesechos.fr/article.p
    (6) « Le Devoir », 28 octobre 2008 :
    http://www.ledevoir.com/2008/10/28/212857.html
    (7) « L'argent fait-il le vote ? » :
    http://www.ledevoir.com/2008/10/31/213365.html
    (8) Selon des résultats non encore définitifs.
    (9) http://journalism.org/node/13307.
    (10) Christian Salmon, « La "second life" du politique », « Le Monde », 1er novembre 2008.
    (11) Selon l'infographie du journal « Le Monde ».
    (12) http://www.polemia.com/article.php?id=1690.
    (13) http://townhall.com/columnists/ThomasSowell/2008/1
    (14) « L'identité nationale selon Huntington » :
    http://www.polemia.com/article.php?id=1392.