L'ennemi à l'intérieur

Il était prévisible qu'à un moment ou l'autre de la campagne, la mauvaise image de Pauline Marois défraie les manchettes. De la «toilette silencieuse» au «château» de l'île Bizard, trop d'incidents sont survenus au fil des ans pour qu'il ait pu en être autrement. Ce qui est plus étonnant, c'est que le problème soit mis en lumière par son propre camp.

Il est normal et même rassurant que les stratèges péquistes aient constaté et tenté de corriger la perception négative que plusieurs ont de Mme Marois. Il ne faut pas être un grand spécialiste de la communication pour comprendre que l'utilisation de son simple prénom sur les pancartes péquistes vise à la rapprocher des gens.

Pour l'avoir observée de près depuis plus de vingt-cinq ans, je peux témoigner qu'elle n'a rien d'une snob, mais cela ne change rien au problème. Dès le départ, elle a choisi de ne pas cacher son aisance matérielle et elle doit en payer le prix.

Un document à circulation restreinte comme celui qui a fait l'objet d'une fuite dans La Presse n'est cependant pas destiné à se retrouver sur la place publique. La chef du PQ ne s'y est pas trompée: «Parfois, il y a des gens qui peuvent être malveillants.»

En ce début de campagne, on pourrait même parler de sabotage. Il n'est pas difficile d'imaginer le climat de méfiance qui règne maintenant dans l'entourage de Mme Marois. Qui est la taupe? Déjà, la paranoïa fait partie de la culture péquiste et la source de La Presse avait manifestement accès à des informations stratégiques confidentielles.

S'il faut y voir un bon côté, c'est qu'il serait maintenant assez gênant pour ses adversaires de rappeler «l'implication de Claude Blanchet dans certains dossiers, comme la Gaspésia» et de «miner la crédibilité de Pauline Marois en s'attaquant à elle via son conjoint». La chef du PQ a beau dire qu'elle en a vu d'autres, elle a accusé le coup. Le reste de la campagne s'annonce assez stressant merci.

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Comme si cela ne suffisait pas, voilà que l'éternel débat sur le référendum refait également surface. Après le bras-de-fer auquel le Conseil national de mars dernier a donné lieu, Mme Marois pouvait raisonnablement espérer avoir la paix au moins jusqu'aux élections. C'était compter sans le SPQ Libre.

Quand elle a été élue chef, Mme Marois s'était bien promis de se débarrasser de ce club politique, sorte de parti dans le parti, dont Bernard Landry avait autorisé la création. Elle a cependant réalisé que les nouveaux statuts du Parti rendaient la

chose très difficile et qu'elle risquait de provoquer de graves divisions. Peut-être aurait-elle dû prendre ce risque.

S'il y a une qualité qu'il faut reconnaître à l'aile radicale du PQ, c'est bien la résilience. Depuis la fondation du Parti, ceux qu'on a appelé tantôt

les «orthodoxes», tantôt les «caribous» ou les «purs et durs» ont souvent plié, mais ils ne renoncent jamais.

Contrairement à la «feuille de route» de 2007, la plate-forme électorale qui sera rendue publique cet après-midi à Saint-Eustache ne contiendra aucun engagement relatif à la tenue d'un référendum. Au-delà de la rhétorique, on ne voit pas très bien ce qui changerait concrètement sur le plan constitutionnel avec un gouvernement péquiste.

Lundi, le président et le secrétaire du SPQ Libre, Marc Laviolette et Pierre Dubuc, lanceront un recueil de textes dont le titre dit tout: Sans référendum, pas de souveraineté. «Sans l'échéance du référendum [le mouvement souverainiste] risque la dispersion, le fractionnement, l'étiolement. Seul le rendez-vous référendaire oblige à cibler sur l'essentiel, à discarter l'accessoire et à sonner le rappel des troupes.»

Ils reviennent donc à la charge avec l'idée de tenir un référendum à l'initiative de la population. Si un nombre suffisant d'électeurs, par exemple 10 %, signaient un registre ouvert à cet effet, le gouvernement serait tenu de tenir un référendum dans l'année qui suivrait.

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On ne peut que s'interroger sur le «timing» de cette publication. Même si le SPQ Libre ne représente qu'une petite minorité au sein du PQ, Mme Marois n'avait certainement pas besoin qu'il offre à ses adversaires une aussi belle occasion de dépoussiérer l'épouvantail référendaire, alors que les électeurs sont à la recherche de stabilité économique.

Même sur le terrain, les «purs et durs» donnent du fil à retordre à la direction du Parti, qui a manoeuvré de façon parfaitement anti-démocratique pour empêcher l'ancien député de l'Assomption entre 1996 et 2007, Jean-Claude Saint-André, d'y être à nouveau candidat, lui préférant l'ancien chef du Parti Vert, Scott McKay.

Plusieurs au PQ tiennent M. Saint-André pour un enquiquineur, mais il est surtout un tenant de la stratégie dite des «gestes de rupture» mise de l'avant par le directeur de l'Action nationale, Robert Laplante. L'Assomption est un comté que le PQ pourrait très bien reprendre à l'ADQ, et on peut comprendre que Mme Marois soit horrifiée à l'idée de voir M. Saint-André revenir au caucus.

En vertu des statuts du PQ, le conseil exécutif national doit avoir des raisons graves pour refuser à un membre en règle le droit d'être candidat à une assemblée d'investiture. Dans le cas de M. Saiont-André, il n'a pas précisé lesquelles. Est-ce uniquement en raison de ses opinions sur la façon de mener le Québec à la souveraineté ou y a-t-il autre chose? Les Jeunes patriotes du Québec ont décidé d'en faire un martyr de la démocratie et projettent une manifestation. La télévision sera certainement invitée.

Quoi qu'on pense de l'à-propos de l'initiative du SPQ Libre ou du cas de M. Saint-André, il demeure que le malaise persiste au sein du mouvement souverainiste. À quel point la quête du pouvoir implique-t-elle de renoncer de facto à celle de souveraineté? Le débat risque de reprendre avec une nouvelle vigueur à compter du 9 décembre.
36 commentaires
  • Suzanne Grenier - Abonnée 8 novembre 2008 00 h 10

    Ni le pouvoir, ni la souveraineté

    Finalement, ces gens du SPQ Libre feront en sorte d'empêcher que le P.Q. prenne le pouvoir. Pendant ce temps, d'autres s'occuperont de modifier suffisamment le Québec d'une façon qui nous éloignera de plus en plus d'une éventuelle souveraineté. Je pourrais dire la même chose de Québec Solidaire. Si nous la voulons vraiment, la souveraineté, il faudrait que l'on soit prêts à quelques compromis, le temps au moins d'y arriver. Après et seulement après, on pourra débattre de ce que l'on veut comme société. Il me semble que de VRAIS souverainistes devraient comprendre ça!

    Suzanne Grenier
    Québec

  • Catherine Paquet - Abonnée 8 novembre 2008 03 h 05

    Après le 9 décembre, le débat sur la souveraineté risque de reprendre...

    Si Mme Marois s'attendait à recevoir des appuis inconditionnels de la part de ses amis du Devoir, elle doit maintenant constater que certains lui prédisent un lendemain électoral plutôt difficile, comme deuxième ou troisième Opposition.

  • Elmer Smith - Abonné 8 novembre 2008 06 h 33

    Pas trop brillant

    Charest convoque les électeurs à un rendez-vous électoral prétextant la crise économique. Des péquistes (intelligents?) rétorquent qu'il faut un référendum. Allo? Y a-t-il quelqu'un là? C'est comme si Obama avait insisté au cours de sa campagne que sa Foi ne concernait personne autre que lui ou pire, qu'il ne croyait pas que le Christ était son Sauveur. On se serait ramassé avec McCain!!!

    Elmer Smith
    1559 Henri Lauzon
    Orléans, On K1C 7R9

  • Pierre Castonguay - Inscrit 8 novembre 2008 07 h 42

    L'épreuve du feu et du sang suivie des ordalies

    Il y a au PQ une détresse subconsciente profonde qui vient d'une ambiguité formelle contenue dans le mécanisme d'accession à la souveraineté.

    L'objet du désir étant la création d'un état souverain, aucun chef n'est assez fort, assez transcendant, assez solaire pour féconder l'ovule et mettre en gestation le projet de pays. Qui par embryogénèse, par division cellulaires successives donnerait naissance à un enfant viable. Un état d'abord semi-autonome (province), puis adulte et capable de subvenir à ses propres besoins. Pourtant, le code génétique est complet et l'enfant pourrait, mené à terme, être doté d'une bonne constitution.

    Il en résulte une multitude de sous groupe de marraines, de nourrices, de sages femmes qui toutes possèdent la formule enrichie pour le pablum et le lait maternisé, une fois la période d'allaitement terminée. Or il en est de ces marraines exactement ce qu'il en est des enfilades de bonnes fées et de sorcières venant tour à tour prophétiser autour du berceau. (Au fil des ans, les bonnes fées d'un projet deviennent les sorcières de l'autre tour à tour avec une alternance déconcertante).

    Dans le cheptel des mâles reproducteurs, les Landry, Bouchard, Pariseau, Johnson, et autres ont tous été jugés pères indignes par les marraines (bonnes fées et sorcières).
    On recherche en fait Saint-Joseph, patron des ouvriers, capable vu son grand âge et sa sagesse d'être le père de l'enfant-Dieu.

    Alors nous en sommes rendus à la parthénogénèse, à la mère porteuse du projet de pays qui doit convaincre la nation :

    - Qu'elle a conçue de l'Esprit-Saint(l'Esprit de René Lévesque)
    - Qu'elle en a reçue l'annonce en songe

    Alors les marraines et les sorcières soumettent la mère auto-fécondée au jugement du feu et du sang. Bien pire, on la soumet aux ordalies.

    Subconsciemment Pauline Marois doit avoir tous les attributs que l'on accorde à la Vierge Marie, mère de Jésus :

    - On la soumet au supplice de Notre-Dame des Sept douleurs qui part 7 fois a vue son coeur transpercé du poignard du chagrin.

    Les marraines disent :

    - Elle n'est pas digne et altière : elle est snob
    - Elle n'est pas pauvre et prête à accoucher dans une étable : elle est la riche maîtresse d'un domaine
    - Elle ne fut pas conçue sans péché : ce n'est donc pas l'immaculée conception

    Dans un parti ou le Saint patron est venu annoncer le Sauveur en plein désert en disant qu'il n'est pas digne d'en délier les courroies de sandales. Dans un parti dans lequel le Saint-Patron s'est fait trancher la tête. Il y a nettement tendance à l'auto-mutilation.

    L'auto-mutilation péquiste est la résultante de l'incapacité du parti à composer avec l'ambiguité de la notion même de nation au sein d'une nation et de pays embryonnaire au sein d'un pays.

    Nous nageons en plein mystère en pleine conception politique issue d'une théologie dont les assises sont judéo-chrétiennes.

    Or, le PQ est une secte et l'option souverainiste telle qu'annoncée par le PQ : une religion monothéiste dont le sanctoral vif et varié, ferait mourir de honte la pluralité des divinités des Védhas. Le PQ possède ses apôtres, ses prophètes, ses juges, ses saints, ses élus.

    Mais le PQ n'est pas une religion chrétienne. C'est un culte pour les initiés, le culte taurobole de Mithra que l'on égorge à l'autel.

    Le PQ dans sa forme sectaire, trie ses élus sur le volet et il se charge mu par une mission divine, de séparer le bon grain de l'ivraie.

    Il se trouve ainsi toujours avec des candidats déchus et laissés pour compte hors du cénacle prêts à brandir le sac et la cendre et nous réciter le Livre de Job.

    Pierre Castonguay

  • Robert - Inscrit 8 novembre 2008 08 h 40

    R.I.P.

    En abandonnant la souveraineté comme but ultime, le PQ a lui-même creusé sa tombe. Plus rien ne le distingue du liberal party ou de l'ADQ. Il est donc tout à fait normal que la direction du parti considère comme des enquiquineurs et des ennemis quiconque tente de ressusciter l'idée de référendum ou de simplement rappeler ce qu'était la parti à l'origine.
    Le PQ a l'agonie tourmentée qu'il mérite.