La petite chronique - Au-delà du réel

J'ai réuni pour cette chronique deux li-vres parfaitement dissemblables mais qui ont pour but de nous entraîner loin de la vie de tous les jours. L'un parle de foi religieuse, l'autre d'une vie consacrée à la musique.

Inutile de le cacher, je n'aurais probablement pas relu Sous le soleil de Satan de Bernanos si l'actualité de l'édition ne m'avait pas mis en présence d'une parution sous les auspices du Castor astral. Bernanos, je le néglige depuis 40 ans. De plus en plus mécréant, je croyais en avoir fini avec ce qui dans mon souvenir était un auteur trop engagé dans des voies qui n'étaient pas les miennes.

J'avais tort. Sous le soleil de Satan raconte l'histoire d'un prêtre de campagne, l'abbé Donissan. Fils de paysan, frustre comme il n'est pas permis, il n'est pas accepté au début par les bien-pensants. Il veut se réfugier dans un couvent, mais son supérieur le convainc dans une conversation de rester au service de ses paroissiens.

On n'irait pas loin dans la lecture du roman s'il n'était habité de bout en bout par les ténèbres et par la présence de forces supérieures. L'abbé dit à Mouchette à peine sortie de l'adolescence, qui vient de commettre un meurtre: «Vous êtes dans les mains de Satan.» Et on le croit, tellement est éminente la nécessité intime qui a dicté l'oeuvre. Bernanos écrit aussi: «Notre pauvre chair consomme la couleur comme le plaisir.»

L'abbé Menou-Segrais, vieil ecclésiastique, voit dans son jeune collaborateur «une âme». Un homme habité de toute manière par une force supérieure qui voit dans Satan une puissance «capable de connaître pour détruire et renouveler dans la destruction sa connaissance et son désir».

Ce roman qui fait cohabiter une Mouchette possédée par le mal qui finit par se trancher la gorge et celui que l'on surnomme le saint de Lumbres est le premier de son auteur, l'un des plus prenants certes. Même s'il est mal construit, bourré de considérations qui alourdissent le récit. Si le romancier est malhabile, l'écrivain est magistral.

La Quatorzième Valse d'André Tubeuf est un récit à la première personne. Celui qui aurait pu l'écrire est Dinu Lipatti, pianiste roumain dont les rares disques éblouissent toujours les mélomanes avertis. On aime Lipatti comme on vénère un poète.

La quatorzième valse du titre fait référence, on l'aura deviné, à Chopin, dont le compatriote de George Enescu a été l'un des plus merveilleux interprètes.

Intitulé roman, ce petit livre serait plutôt un faux journal qu'aurait rédigé un admirateur inconditionnel. La réputation d'André Tubeuf dans le domaine de la musique est inattaquable. Il a collaboré et collabore à de nombreuses publications dans le domaine, a publié des ouvrages sur Mozart, Wagner, Claudio Arrau, entre autres. Rien à craindre donc du côté de la justesse des détails avancés.

Si le ton est celui de la confidence murmurée, si l'intimité du propos nous retient à coup sûr, on peut se demander si la matière était suffisante pour maintenir l'intérêt tout au long.

En un mot, si le mélomane peut y trouver son profit, il n'est pas sûr que le lecteur qui ne serait pas un admirateur de ce grand interprète de Bach y trouvera satisfaction.

Une chose est certaine, cette Quatorzième Valse donne le goût d'écouter l'un des plus grands pianistes du XXe siècle.

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Collaborateur du Devoir

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Sous le soleil de Satan

Georges Bernanos

Le Castor astral

Paris, 20087, 334 pages

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La quatorzième valse

André Tubeuf

Actes Sud

Paris, 2008, 154 pages
1 commentaire
  • Michel Chayer - Inscrit 8 novembre 2008 15 h 28

    Manea

    Merci de m'avoir fait connaître Dinu Lipatti. Je l'écoute en rédigeant ce petit mot.

    Suave. Décidemment un virtuose.

    Ça me change du manele

    Je vais pouvoir pavoiser devant mon ami roumain Popie.