Le nouveau Calendrier de la pêche sportive au Québec suscite une opposition généralisée

La Société de la faune et des parcs (FAPAQ) vient de faire parvenir aux chroniqueurs et aux associations du plein air un tout nouveau dépliant, intitulé Calendrier de la pêche sportive au Québec.

Ce petit document, qui souligne en passant les 25 ans d?existence des Zones d?exploitation contrôlées (ZEC), a provoqué en quelques jours ? et à juste titre ? une levée de boucliers parce qu?il ne s?ajoute pas à la brochure de 90 à 100 pages qu?on donnait auparavant aux pêcheurs et aux chasseurs pour les informer des principaux règlements en vigueur mais la remplace. D?un côté, le nouveau dépliant nous offre une carte couleur qui présente les limites des zones fauniques et, de l?autre, les limites de capture et de possession ainsi que les périodes de pratique légale des activités halieutiques ou cynégétiques. En outre, quelques numéros de téléphone de bureaux régionaux, les tarifs des permis, etc.
On y apprend, dernier détail, que pour s?informer sur la nature des règlements en vigueur, il faut commander la version disponible (on ne dit pas si c?est gratuit) par téléphone ou par courriel ou consulter le site Internet de la FAPAQ.
C?est en raison de contraintes budgétaires, a expliqué la directrice générale de la FAPAQ, Monique Bégin, que cet organisme cesse d?imprimer les 700 000 exemplaires des anciens «résumés» des règlements de pêche, de chasse et de trappe.
Cet outil de base permettait à tous de connaître les règles fort complexes de la récolte faunique, les bases de notre politique de conservation. On obtenait gratuitement son «résumé» à l?achat d?un permis. Il filait dans le coffre à gants ou dans le coffre à pêche. Tous ne le lisaient pas «d?un couvert à l?autre» mais dans les longues discussions, le soir dans les camps de chasse, on le sortait comme on sort la Bible pour trancher un problème d?exégèse. Est-il permis de pêcher la nuit? Avec plusieurs lignes? Où peut-on utiliser des poissons-appât et de quel type? Est-ce que le touladi attrapé par Gérard respecte la longueur légale des prises? Est-ce que la limite de prise quotidienne est la même que la limite de possession totale dans un endroit donné? Le nouveau dépliant gouvernemental, bourré d?annonces comme ceux du publi-sac, n?apporte aucune réponse à ces questions.
Pour les jeunes et les moins jeunes, l?ancien outil d?information constituait une source de réflexion sur l?éthique, car il perpétuait dans la confrérie la présence et l?importance des règles de la récolte. Désormais, comme me le disait avant-hier Christian Langlois de la Fédération québécoise des gestionnaires de ZEC, l?information sera toujours disponible parce qu?on pourra théoriquement commander un résumé, mais elle sera moins accessible. Personne ne remettra d?une semaine un projet de pêche en attendant de recevoir la brochure des règlements. Et elles ne sont pas nombreuses les chaloupes branchées sur Internet quand se pose un problème imprévu. Tout le monde prendra un peu plus de risques avec les règles, progressivement, aux dépens de la faune encore une fois.
Tous les membres du Groupe-faune provincial ont dénoncé la décision de la FAPAQ, qui s?explique d?autant moins qu?elle est d?un coût marginal infime. Il en coûtait 160 000 $ pour imprimer les 700 000 exemplaires du «résumé» 2002 des règlements de la pêche, soit 23 cents la copie! Cette somme est non seulement ridicule par rapport aux 16,25 $ que débourse chaque pêcheur pour son permis (pas d?augmentation cette année, ce qui confirme l?imminence d?élections... ), mais les pêcheurs sont en droit de l?exiger comme service minimal pour s?éviter bien des déboires.
Mais c?est d?abord un investissement en matière de prévention. Il suffit d?un seul cas où ce résumé éviterait à un néophyte d?utiliser, par exemple, des poissons-appât dans un lac vierge pour justifier une seule impression annuelle de l?ancienne brochure. Son absence va obligatoirement augmenter la délinquance involontaire, ce que ne manqueront pas d?invoquer, à juste titre, les contrevenants, y compris les contrevenants volontaires, ce qui sera exact sous plusieurs aspects.
La FAPAQ n?a même pas jugé à propos de distribuer aux ZEC et aux pourvoyeurs une partie des 60 000 exemplaires des règlements, qu?il continuera de rendre disponible aux personnes qui en font la demande. Globalement, il en coûtera plus cher cette année ? soit 170 000 $ pour le dépliant et 35 000 $ pour la brochure réglementaire fournie sur demande ? que l?ancien dépliant qui coûtait 160 000 $. C?est parce qu?elle pense en retirer une publicité suffisante pour autofinancer son nouveau dépliant d?ici trois ans que la FAPAQ, une société d?État responsable de l?application de la loi, intensifie son approche mercantile au lieu d?assumer son devoir d?informer au maximum sa clientèle.
Cette attitude ajoute à l?effritement progressif de la mission étatique en matière de gestion de la faune, que traduit, de façon beaucoup plus grave, l?absence au Québec d?un guide gratuit, complet, sur les dangers que représente la consommation de plusieurs espèces de poissons-gibiers en raison de leur contamination. Avant-hier, même les porte-parole de la FAPAQ nous dirigeaient vers le ministère de l?Agriculture, des Pêcheries et de l?Alimentation (MAPAQ) pour obtenir ce guide, qu?on trouve plutôt sur le site Internet du ministère de l?Environnement, mais dans un recoin impossible à dénicher à moins de faire appel à un serveur spécialisé.
En Ontario, le permis de pêche coûte environ 30 % de plus qu?au Québec. Mais pour cette somme, chaque pêcheur obtient un résumé des règlements provinciaux et le Guide de consommation du poisson-gibier, aussi disponible sur Internet. Ce livre de 200 pages, mis à jour aux deux ans, résume les informations obtenues du programme d?analyse de la contamination des poissons, que les pêcheurs financent depuis 25 ans et qui permet d?analyser les poissons de 400 lacs par année.
De plus, ce guide contient des recommandations de consommation beaucoup plus sévères que les nôtres parce que mises à jour en 1998, comme aux États-Unis, à la lumière des nouvelles découvertes scientifiques. Le guide québécois incite à la consommation des poissons-gibiers en minimisant les risques à tous égards. Au contraire, le guide ontarien commence par exposer les dangers, incitant d?abord à la prudence. Un seule exemple: le guide québécois ne consacre pas une ligne aux risques que courent les femmes en âge de procréer (12 à 50 ans), à qui l?Ontario recommande de s?abstenir de toute consommation moindrement risquée en raison des risques à long terme. Au Québec, on limite ce genre de recommandations aux femmes déjà enceintes et aux enfants, une population bien moindre.
Personne ou presque ne connaît le guide québécois de consommation des poissons-gibiers parce que justement, il est uniquement disponible sur Internet après l?avoir été en version écrite sur demande. Voilà l?état d?ignorance crasse que va engendrer à moyen et long terme le retrait des «résumés» de la réglementation. À l?évidence, la FAPAQ doit revoir de fond en comble sa politique d?information en matière réglementaire et en matière de consommation de poissons sportifs. Ça n?effraiera pas les pêcheurs: ça les rendra plus prudents et plus conscients des enjeux environnementaux, comme les Ontariens et les Américains.
n Rainette: la nouvelle version de la bière Escousse sera dédiée cette année à la rainette faux-grillon dite de l?Ouest. L?an dernier, le pluvier siffleur ornait la bouteille de cette bière, dont une partie des profits est consacré aux recherches sur différentes espèces menacées. L?Escousse est disponible en magasin contrairement à la Rescousse, dédiée au chevalier cuivré, qu?on ne retrouve qu?à la Régie. Une espèce rare en somme comme le chevalier... La rainette faux-grillon perd ses habitats naturels sous la poussée de l?urbanisation et de l?agriculture.
n Activité: le Salon du camping, plein air, chasse et pêche revient à la Place Bonaventure à compter d?aujourd?hui jusqu?au 2 mars. Deux cents exposants!

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