Doit-on bannir les ventes à découvert?

Doit-on bannir les ventes à découvert? S'il n'en tient qu'à moi, la réponse est un gros oui. D'abord, voyons comment fonctionne une vente à découvert. Un investisseur appelle son courtier et ouvre un compte marge avec lequel il emprunte audit courtier une quantité d'actions d'une compagnie donnée. Il revend aussitôt les actions empruntées sur le marché.

À terme, cet investisseur devra racheter lesdites actions et les remettre au courtier. Évidemment, il espère racheter les actions à un prix inférieur à celui auquel il les avait initialement vendues. La différence constituera son profit réalisé sur la transaction.

Comme vous pouvez le constater, en procédant à une vente à découvert, l'investisseur table sur une baisse éventuelle du cours de l'action pour réaliser un gros profit. Une perte peut évidemment résulter d'une telle transaction si le cours de l'action grimpe au lieu de descendre. Dans un tel cas, l'investisseur devra à terme racheter les actions à un prix supérieur à celui auquel il les avait vendues initialement. La différence constituera une perte sèche que subira l'investisseur.

Voilà grosso modo comment fonctionne une vente à découvert. Un procédé que je considère comme hautement pervers pour les actionnaires à long terme d'une entreprise. Car le vendeur à découvert emprunte les actions auprès du courtier qui vient les prendre dans le compte de ces clients investisseurs qui, eux, possèdent lesdites actions généralement pour le long terme. Ce faisant, il va à l'encontre de l'intérêt de ces clients puisque le seul fait de prêter ainsi leurs actions à une autre personne qui, aussitôt, les revend sur le marché exerce évidemment une pression à la baisse sur le cours du titre. Et contrairement à l'actionnaire à long terme de l'entreprise, le vendeur à découvert souhaite dans son for intérieur que cette dernière se casse la gueule et aille carrément en faillite.

Voilà une situation assez perverse pour ceux qui détiennent des actions qu'une tierce personne vient impunément chercher dans leur compte pour à terme miser sur leur dévaluation. Cela est rendu possible parce que les actions sont généralement acquises au porteur plutôt que d'être immatriculées au nom de l'acheteur. Les actions acquises au porteur se trouvent alors dans le compte général du courtier qui n'hésite pas à les mettre à la disposition des vendeurs à découvert ce qui contribue à accroître le volume de transactions et, donc, ses commissions.

Plusieurs investisseurs militent en faveur du maintien des ventes à découvert comme celui qui m'a écrit récemment:

Les shorts [les vendeurs à découvert] sont un chien de garde contre l'optimisme débridé des chefs d'entreprises et de leurs copains des maisons de courtage qui ne connaissent jamais que Buy ou Hold à titre de recommandations. Les empêcher, c'est par définition aider les menteurs et forcer une fausse stabilité qui va vous rebondir dans la face en temps et lieu et inévitablement. Il n'y a eu qu'une seule erreur qui fut commise par nos autorités. Ce fut celle d'avoir aboli la règle de l'uptick. De toute façon, ce n'est quand même pas le marché des actions qui est la cause du trouble, non?

C'est bien la première fois que vous me décevez, alors je vous pardonne...

Bien à vous.

J. R. G.

Sept-Îles

D'emblée, je demanderai à cet investisseur à quel titre peut-il proclamer que les vendeurs à découvert peuvent être meilleurs juges que les investisseurs à long terme du potentiel d'une entreprise donnée. Rien ne vient appuyer une telle affirmation.

Par contre, une chose est sûre: le vendeur à découvert n'investit que dans une perspective de court terme. Ce faisant, son intervention ne fait qu'accroître la volatilité intrinsèque des marchés.

Cette volatilité des marchés a été de surcroît amplifiée par le recours démesuré à la dette. C'est ainsi que des fonds de couvertures (hedge fund) montrant des taux d'endettement de 30 fois et plus leur capital de base sont devenus des spécialistes de la vente à découvert qu'ils appliquent à toutes les sauces dont celle de l'arbitrage.

Exemple d'arbitrage: l'achat de débentures convertibles et la vente simultanée d'actions du même émetteur. La plupart des entreprises qui ont émis des débentures convertibles à ces charognards de la finance l'ont regretté alors que le cours de leur action a pris avec le temps toute une dégelée, au point de presque leur fermer la porte au marché des capitaux propres.

L'effronterie de ces vendeurs à découvert va même jusqu'à alimenter la machine à rumeurs afin de pousser le cours des actions d'une firme visée à la baisse. Ce n'est pas pour rien qu'en octobre, les gouvernements américain et européen ont frappé d'un interdit temporaire les ventes à découvert sur les actions des banques.

À cause du jeu des fonds de couvertures et de leur endettement excessif, Wall Street est devenu un véritable casino qui n'a rien à voir avec la réalité des entreprises et de l'économie. Voilà pourquoi les ventes à découvert doivent être bannies ainsi que toutes formes de recours exagérés à l'endettement.

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cchiasson@proplacement.qc.ca

Classe Internet: www.proplacement.qc.ca
2 commentaires
  • Normand Chaput - Inscrit 4 novembre 2008 08 h 04

    Les gestionnaires

    Tout d'abord, j'ai essayé de suivre vos explications et je n'y suis pas parvenu. On y parle d'uptick, d'arbitrage, de débentures convertibles. Puis je me suis dit qu'il n'y avait rien à comprendre puisque c'est la bourse. J'en suis seulement au stade de penser que la bourse c'est un bookeeper comme n'importe quel autre et que les seuls qui perdent sont ceux qui ont accepté d'y jouer. Réglementer la bourse serait comme enseigner la tendresse à un assassin. Je pense que c'est aux gestionnaires de fonds, qui investissent l'argent des autres, qu'il faut mettre des règles même au criminel s'il le faut.

  • BERTRAND LEGER - Inscrit 4 novembre 2008 09 h 00

    Et les options ?

    On pourrait cesser de vendre à découvert et ceux qui veulent jouer à la baisse pourraient le faire via le marché des options.