Madame Foradori

Elisabetta Foradori
Photo: Elisabetta Foradori

«Une grande dame, cette Elisabetta Foradori. Dans son regard, déjà, une force tranquille, assurée, délicieusement conquérante. Un regard qui plonge dans le torrent tumultueux de la rivière Adige et grimpe au sommet des Dolomites que bordent, au nord de Trento, des vignobles où s'enracine son teroldego chéri.» J'avais écrit cela il y a trois ans, lors d'un passage chez elle à Mezzolombardo: le valeureux cépage autochtone atteint désormais, entre les mains de la reine du teroldego, un niveau digne des grands, avec une sensibilité qui le rapproche à la fois des meilleurs margaux comme des vins du Rhône septentrional.

Mme Foradori poursuit toujours, depuis plus de 15 ans, loin des «vinistars» et autres «vinopeople», un parcours basé sur l'observation fine au vignoble, sans recours excessifs aux manipulations techniques et oenologiques. Trois cuvées seulement, issues des 23 vignobles maison (sur 25 hectares en biodynamie), une en blanc, Myrto, assemblage de sauvignon et de l'incrocio manzoni (croisement riesling-pinot blanc effectué dans les années 1950, par le professeur Manzoni), puis ses 100 % teroldegos, Foradori et Granato, qui n'ont besoin d'être épaulés ni de merlotd ni de cabernets pour afficher leur tempérament.

La différence entre les deux? La cuvée Foradori provient de la plaine autour de Mezzolombardo, de sols filtrants de graves et de sable, alors que le Granato flirte avec graves et calcaires sur des terroirs où l'exposition et l'altitude sont parfaites. Dans les deux cas, le recours aux sélections massales positives (action de prélever au vignoble les «individus» aux caractéristiques idéalement recherchées pour les multiplier) permet d'optimiser le caractère variétal du teroldego, tout en les plantant dans les meilleures parcelles.

Les amateurs sérieux devront faire main basse sur le Foradori 2005 (25,70 $ - 712695), actuellement disponible mais en quantités limitées, pour son fruité substantiel, parfaitement circonscrit, structuré, de bonne densité (Elisabetta n'a pas embouteillé de Granato en 2005 avec repli de ce dernier dans sa cuvée «classique»). Le 2006 m'a semblé plus élégant encore, d'une texture, d'une harmonie parfaites. Se bonifiera sur une décennie, sans problème. ***1/2,2.

Quant au Granato, quelle merveille! Le 2003 (61 $ - 898130) est l'exemple même du cru dont l'exposition et l'altitude (comme en Bourgogne) ont eu une influence positive sur ce millésime de canicule. Robe profonde, nez envoûtant, sur le moka et bouche structurée, profonde, détaillée, au velouté consistant, d'une persistance... ****, 2 ©. Le 2004 qui lui succédera atteint un sommet d'équilibre: tout y est. Matière fruitée redoutable, structure, élégance des tanins, longueur, le tout sans un gramme de méchanceté. Mme Foradori ne le permettrait pas! ****1/2, 3.

Do ut des

Littéralement, Do ut des signifie: «On récolte ce que l'on sème.» Et qu'est-ce qu'on récolte ici? Un rouge rayonnant, intense, d'une sève rare et d'un velouté profond, combinant, comme c'est le cas avec ce Clos du Marquis cité plus bas et valant le double du prix, force et finesse, comme en sont capables les crus d'exception.

Car ce Do ut des 2005 de la Fattoria Carpineta Fontalpino (48,50 $ - 10214441) se chargera rapidement de charmer, d'attiser, de provoquer et de faire réfléchir l'amateur qui aurait fait le tour du jardin en matière de super toscans.

Cabernet sauvignon et merlot fusionnent intimement ici avec le sangiovese, sous la baguette de Gioia (la Elisabetta Foradori de Toscane?) et de son frère Filippo Cresti, pour une orchestration nuancée, détaillée, riche de sonorités fruitées. Longueur, mais aussi beaucoup de style, de brio. Mon conseil: couchez-en trois bouteilles en cave et mesurez-les, non pas avec vos seconds des grands crus de Bordeaux 2005, mais avec les seconds grands crus eux-mêmes.

Bordeaux 2005: des seconds, bons premiers... suite et fin

76 $ à 100 $

Réserve de la Comtesse, Pauillac (89 $): avec Palmer, un achat pertinent. Quel détachement, quelle classe naturelle! L'élégance et la puissance se marient sans se nuire, prolongeant une structure et un fruité qui brillent et brillent encore. La Comtesse sait se tenir . ****, 3 ©.

Clos du Marquis, Saint-Julien (95 $): que c'est cher mais que c'est bon! Alors, comment faire? Ici, pas de raccourcis, que du solide avec des tanins fruités, vivants, substantiels, d'un rare velouté. Racé. ****, 2 ©.

100 $ ou plus

Pavillon Rouge du Château Margaux, Margaux (149 $): cher, mais la classe y est! Robe somptueuse, brillante, aisance et ampleur de flaveurs, qui trahissent rapidement le statut de 1er G. C. C. Tanins fins, serrés, qui allongent la finale. Mon préféré parmi l'élite avec Lafite. ****, 3

Carruades de Lafite, Pauillac (149 $): ce second est une réussite, offrant une perspective qui colle de près au grand vin. Le nez, déjà, tranche avec ce caractère de mine de crayon typique du cru et cette bouche qui se construit au fur et à mesure, détaillée, mesurée, mêlant l'autorité à la finesse d'ensemble. Plus long que les Forts de Latour. Un second de premier plan. ****, 3

Les Forts de Latour, Pauillac (149 $): la sève y est, mais il y a aussi ce détachement princier qui force l'admiration et fait dire que le premier vin est tout simplement impérial. Robe jeune et foncée, touches minérales évidentes combinées à un fruité qui claironne de fraîcheur, de densité. Longue garde prévisible. ****, 3

Le Petit Cheval, Saint-Emilion (195 $): le vin a pris du galon depuis sa dégustation primeur, en avril 2006, avec cette précision, cette clarté, cette lisibilité uniques au cru. Superbe mais pas donné, hélas. ****, 2

Mes trois choix toutes catégories

Lacoste Borie, Pauillac (39 $): un séducteur, fidèle au terroir, d'une étonnante présence, au nez comme en bouche. Bâti et concentré, sans lourdeur, mais surtout, beaucoup de personnalité! À ce prix... ***1/2, 3

Marquis de Calon, Saint-Estèphe (45 $): ce qui étonne ici réside dans cette compréhension du fruité qui le rend plus vrai que nature. Robe foncée et fruité dense, d'une grande franchise. Détermination et cohérence d'ensemble qui le placent au sommet. À ce prix, amateur réjoui. Sacré beau boulot! ***1/2, 3

Alter Ego, Margaux (89 $): si le Pavillon Rouge demeure une référence, celui-ci le talonne de si près que c'est à se demander s'il n'est pas dans ses souliers! Couleur et saveurs pas trop appuyées, seulement l'essence même d'un terroir finement encadré par un boisé sophistiqué, sur une bouche sensuelle, presque grasse... ****, 3

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Potentiel de vieillissement du vin: 1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus.

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Les vins de la semaine

La belle affaire

Merlot/Syrah 2007, Vin de Pays des Côtes du Brian,

Delatour (10,10 $ - 10506232)

Coloré, simple, expressif, franc de goût, le duo file sans souci, avec souplesse et rondeur, vinosité et fraîcheur. Vin de comptoir ou de gueuleton rapide, qui fera l'affaire sur un panini jambon comme sur une pointe de cheddar. 1.

Le porto

Offley Tawny 10 ans

(28,60 $ - 260091)

Dépouillé sur le plan de la couleur, il s'étoffe particulièrement au nez avec insistance, empruntant au registre rancio de noix et de prune séchée son fond de commerce avant de poursuivre sur une bouche sinueuse, fondue, capiteuse, grasse et épicée avec beaucoup de vigueur, de prestance. 3.

La primeur en blanc

San Angelo 2007, Pinot

Grigio, Castello Banfi

(25,20 $ - 10269581)

Son seul défaut est d'être cher car pour le reste, c'est impeccable. Moderne, parfaitement vinifié, ce sec léger à peine perlant vibre, derrière sa robe vert pâle et brillante, d'un fruité si pénétrant qu'il donne l'impression d'une giclée de quartier de citron dans les yeux. 1.

La primeur en rouge

La Cuvée Mythique 2005,

Vin de Pays d'Oc

(18,80 $ - 488726)

Cette cuvée évoque la mosaïque champenoise qui fusionne vignerons (au nombre de 55), terroirs et cépages pour une interprétation particulièrement éloquente des vins du «grand» Languedoc. Robe chaude, parfums discrets mais fins de garrigue, bouche fondue, belle tenue. 2.

Le vin plaisir

Crozes-Hermitage 2003

«les pierrelles», Domaine

Belle (22,65 $ - 863797)

La glissade se poursuit sur le dos d'une syrah qui roule ses hanches comme d'autres les «r» avec, ici, une rrredoutable sensualité. C'est bien coloré, d'une pureté d'arômes à faire basculer d'aise, et puis cette texture satinée, fraîche et si disponible... Ragoût de veau forestier. 2 .

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Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2009 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.