Et puis euh - La vie est injuste

Quand l'humain n'a rien à faire, c'est dans sa nature, il se pose des questions. (Voilà du reste pourquoi il cherche à se garder occupé, parce que des questions, surtout des vraies questions, ça peut mener loin ou à un cul-de-sac, ce qui revient au même.) Et quand il ne trouve pas immédiatement la réponse, il s'énerve parce qu'il n'a pas de temps à perdre avec ça même s'il n'a rien à faire, il devient insatisfait de soi avec tout ce que cela induit en matière d'équilibre personnel et de pression sur le système de santé, et bonjour les dégâts. Heureusement, pour juguler le problème, il y a les études.

Aussi, le croiriez-vous, des gens se sont demandé, dans un moment d'oisiveté, si, au plan financier, il était avantageux pour un joueur de la Ligue nationale de football d'être beau bonhomme. Sérieux. Certes, ils jouent avec un casque et une grille et un protecteur buccal et tout le bataclan, mais chacun sait que, lorsque quelqu'un ou quelqu'une est joli ou jolie, ça sourd de partout et que l'arme de séduction est toujours aussi chargée. On ne se refait juste pas.

Donc, trois économistes américains — attention, ne portez pas de jugement hâtif, ça s'est fait avant que les marchés mondiaux ne s'effondrent, ils étaient donc justifiés de n'avoir rien à faire à l'époque —, Rob Simmons, Jennifer VanGilder et David J. Berri, ont procédé à une étude, dont les résultats ont été évoqués dans le magazine Play. Ils voulaient savoir si le fait de posséder un faciès avenant permet à un quart-arrière de ramasser un plus gros magot dans la NFL. Ne rigolez pas de la science en marche, s'il vous plaît.

Ils ont recueilli toutes les données nécessaires relatives à 121 quarts-arrières ayant joué dans la grande ligue entre 1995 et 2006. Les statistiques en carrière, évidemment, l'expérience, les participations au match des étoiles, la position au repêchage, mais surtout: la symétrie du visage. Le saviez-vous, la beauté est mathématique. Oh, on aimerait que ça soit beaucoup plus romantique, n'est-ce pas, un je ne sais quoi qui nous active la palpitation cardiaque, une étincelle d'origine inconnue, mais c'est faux. Stricte question de symétrie, ont montré d'autres études: si votre côté droit se rapporte à votre aile gauche en proportions semblables, vous êtes en business.

Et qu'ont découvert les créateurs de connaissance? Qu'effectivement, la symétrie joue sur le salaire des quarts-arrières (selon des sources, on n'a pas eu le temps d'aborder la question des autres joueurs parce que la crise économique est survenue et les économistes ont été obligés d'aller faire semblant qu'ils y comprenaient quelque chose et avaient les solutions). Je vous épargne les détails méthodologiques, mais en substance, chaque augmentation d'un point dans l'échelle de la symétrie correspondait à une augmentation moyenne de 8 % de la rémunération.

Des gars comme Kerry Collins ou Charlie Frye ont ainsi empoché environ 300 000 $ par année de plus que ce que leur strict rendement sur le terrain aurait dû leur valoir. Jeff George et Neil O'Donnell se sont trouvés dans la situation inverse, n'ayant que leur asymétrie personnelle à blâmer. (Pour fins de contre-vérification si vous avez vraiment beaucoup de temps libre à perdre, je vous invite à communiquer avec Google Images.) Encore une preuve que la vie est fondamentalement injuste.

Et attention, cette évaluation ne tient pas compte des revenus de commandite qui, il va sans dire, courent davantage après la belle tête à mettre à côté de son excellent produit. Juste le salaire. C'est donc dire que les propriétaires d'équipes, les présidents, les directeurs généraux sont ceux qui tombent sous le charme. Je pense sans trop de crainte de me tromper, messieurs dames, que nous évoluons ici dans l'ordre du subliminal, ou quelque chose du genre.

Évidemment, l'effet symétrie touche davantage les quarts-arrières situés au bas du peloton en matière de talent (un peloton peut-il avoir un bas? je trouve une étude à ce sujet et vous reviens là-dessus). Les interchangeables, quoi. Si vous êtes très très très très bon, vous aurez beau avoir l'air d'un assemblage de retailles de vieilles grimaces, on passera l'éponge et vous consentira votre juste part. Mais si vous êtes juste compétent, vous êtes aussi bien d'avoir prévu un aménagement de molécules approprié.

En passant, parmi tous les quarts ayant joué dans la NFL en 2007, c'est Brett Favre qui a remporté le championnat de la symétrie. Or comme, en plus, il est pas mal bon, on doit l'imaginer pas mal riche.

***

Elle est bonne, vraiment. Contre toute attente, l'Impact de Montréal atteint les quarts de finale de la Ligue des champions CONCACAF (un jour, si vous insistez, on prendra 12 chroniques pour expliquer ce qu'est la CONCACAF et comment fonctionne ce foutu tournoi, un débat de société devrait en surgir). Ce qui signifie que l'Impact aura un match à domicile à disputer à la fin de février.

Soccer, Montréal, fin février? Comme ce sera vraisemblablement contre une équipe de l'Amérique centrale, on pourrait être chien et jouer ça au stade Saputo... Mais non, c'est juste une blague. Reste que la seule voie de contournement réside dans le Stade olympique. Et le Stade olympique est fermé du 1er décembre au 1er avril pour des raisons générales de ciel qui peut tomber sur la tête à tout moment.

Vous, c'est votre affaire, mais moi, je trouve que ce stade mérite un poème. Je m'y mets illico et vous reviens là-dessus.

***

jdion@ledevoir.com

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1 commentaire
  • Pascal Barrette - Abonné 23 octobre 2008 14 h 10

    Le hic du x, le nom

    Cher Jean

    Comme toujours vous êtes en verve. Votre incursion facétieuse sur le facies des footballers me fait penser à un étonnement qui m'est survenu en lisant juste avant la vôtre la chronique de votre collègue Norman Spector. Comment m'étonnai-je devant le scalpel froid de Spector vous demandez-vous? En entendant dans ma tête le son des noms qu'il défilait, à commencer par le sien. Comme le scalpel, Spector sonne comme in-spector, celui qui regarde et découpe en-dedans. Nom, oh combien approprié pour un analyste. Norman, de son petit nom, l'homme de la norme, du standard, cherche à voir dans sa chronique ce que les premiers ministres provinciaux ont de pareil et de pas pareil, comme les dimensions de vos faces de footballers. Il passe en revue quelques noms de premiers ministres. Prenez celui du ou de la Terre-Neuve-Labrador - avec un pareil nom de province, comment ne pas avoir de crise d'identité! - Danny Williams. Très british, royal et puissant comme nom. Se fût-il nommé Bobby Willimy, il aurait perdu ses élections.

    Spector mentionne ensuite Dalton McGuinty. Un Irlandais qui parle assez bien français ma foi, déjà là, ça nous le rend sympathique. Bon bon, après tout c'est mon P.M., ça compte pas, vous allez me dire. Mais juste son prénom évoque ce petit côté récidiviste en chacun de nous. Vous connaissez les frères Dalton de Lucky Luke?

    Mon préféré, Brad Wall de la Saskatchewan, deux syllabes courtes et fermes, la première annonciatrice comme dans add, quasi agressive comme dans little brat qu'on pourrait traduire par p'tit morveux, la deuxième, wall, fait penser à Wall of fame, à wall comme dans rampart contre toute déferlante, à written on the wall, nom prédestiné quoi. Prenez par exemple Gordon Campbell. Quand vous prononcez son nom, ça commence par un gars ou go, son guttural, très masculin, puis ça enchaîne dans la deuxième syllabe avec un deuxième son ô, comme les deux yeux symétriques de vos faces plus cher de footballer. Dans Campbell il y a le mot camp, très militaire, très encadrant, très leader, et Bell très innovateur. Mais Campbell fait aussi penser à la soupe du même nom. Je suis sûr que les électeurs en appliquant un x à côté de son nom ont pensé sublimalement à la bonne soupe. Voilà un nom qui compose à la fois force et douceur confortante. Gagnant!

    Harper! Ha!!! comme dans étonnement ou hard, comme dans sharp, per comme dans farmer, comme dans winner. Se fût-il nommé Harpin ou Arpin, il aurait perdu ses élections. Son compatriote et premier ministre albertain Ed Stelmach est né pour diriger. Pas de taponnage, deux lettres comme prénom, Ed. Son patronyme fait très pro-industrie. Stell, dur comme steel, mach comme la vitesse du son ou comme le marc, cette boue dans votre filtre à café, à la différence que lui il ne la jette pas à la poubelle, il en extrait un bitume de pétrodollars.

    Stéphane Dion. Malgré tout le respect et l'admiration que je vous voue mon très cher Jean, vous voyez venir le pot, un prénom qui finit en ann et un nom qui finit en on, c'est joli mais ça fait pas ben ben boss, surtout quand c'est prononcé à l'anglaise, Diionn, comme dans ion, cette particule dont on sait le nom mais qu'on a jamais vue.

    Jean Charest. Son prénom est court comme gens ou gentil, rien à redire. Voilà pour la fleur. Charest fait penser au buggy pris dans la bouette et qu'ensemble on essaie de déprendre en y appuyant l'épaule. Charest fait quand même mieux que Charette ou Barrette, vous savez ce tricorne que les curés portaient à l'époque de Duplessis. Il n'y a eu d'ailleurs qu'un seul Barrette qui est devenu premier ministre et ce fut pour remplacer au pied levé Paul Sauvé qui à son tour avait remplacé Duplessis quand il a levé les pattes. Ni un ni l'autre n'ont gagné d'élection, Sauvé parce qu'il est mort, Barrette, portât-il le grand prénom d'Antonio, parce qu'il les a perdues contre un autre Jean. Après l'ère Duplessis, Lesage faisait vraiment plus gagnant.

    Bref, MTCJ, mon très cher Jean, le hic du X dans une élection est dans le nom. Quand vous n'aurez rien à faire, revenez-nous donc un jour sur la chance de gagner des élections avec le nom qu'on porte. Si vous commenciez par Ignatieff et Rae. Pour ma part je miserais sur le nom le plus court qui ressemble à ray, à rayon, à moins qu'on ne veuille l'y laisser...sur le rayon. Vous l'aurez deviné, avec un nom comme le mien, je ne me présenterai jamais à des élections.

    Pascal BARRETTE
    Ottawa