Et Puis euh - Il y a 43 jours

Quarante-trois jours. Quarante-trois jours depuis la cérémonie de clôture des Jeux de Pékin. Ça n'a l'air de rien comme ça quand on les prend comme il se doit, c'est-à-dire une par une (des journées, mettons), mais à en survoler 43 d'un seul coup, on se rend compte combien le monde a changé et que ça ne fonctionne plus comme dans le bon vieux temps. Tenez: il y a 43 jours, l'économie occidentale ronronnait pépère (mémère, mettons), les grands argentiers méritaient toute notre confiance et la stratégie des huit cartes de crédit fleurait bon la croissance. Aujourd'hui, on nous dit d'espérer qu'un château de cartes tienne le coup au Wrigley Field.

Il y a 43 jours, personne n'avait la moindre foutue idée de qui était Sarah Palin. Maintenant, on sait qu'une maman qui emmène fiston au hockey est un pitbull avec du rouge à lèvres et que si on garde la tête haute, ce qui est tout à fait recommandé au hockey sur glace, on peut voir la Russie depuis l'Alaska. Cette dame, incapable de nommer un seul journal ou magazine d'où elle puiserait sa connaissance des actualités, est hallucinamment divertissante. Je lui ai fait parvenir mon CV pour la conseiller en matière d'abonnements.

Il y a 43 jours, on ne savait pas tout le bien que nos leaders de politique fédérale pensent de leur voisin de gauche. Aujourd'hui, nous sommes forcés de constater qu'au fond, tout ça n'est qu'affaire d'amour. Les ébats des chefs, pour reprendre la formule du poète; où l'on voit comment elle est judicieusement nommée, la «Chambre» des communes. Même Mme May n'a pas relevé qu'en fait de voisin de gauche, le sien était plutôt de droite, mais bon. Vous devriez d'ailleurs faire l'exercice là, tout de suite: dites de belles choses de votre voisin-e de gauche, vous verrez qu'un agréable bonheur en sourd. Moi, je suis seul, aussi parlé-je au mur, mais vous devriez voir la tapisserie se tortillonner de fierté. Elle en rougit même un peu.

Il y a 43 jours, la Chine n'était pas un pays démocratique. Allez-y, vérifiez. Tout le monde chialait, droits de la personne ceci, Tibet cela, certes ils ont organisé des Jeux extraordinaires, mais à la force d'une dictature rigide, et puis il y avait plein de Photoshop dans la machine. Aujourd'hui? Allez-y, vérifiez. Plus rien. Tout ce qu'on entend de la Chine, c'est qu'elle est en train de nous acheter, et en solde d'inventaire à part ça. Donc, clairement, il s'est passé quelque chose: grâce à la tenue des Jeux olympiques qui transforment le monde, la Chine est devenue libre. Imaginez un peu ce que ce sera au Canada, où déjà on encense son voisin de gauche, après Vancouver 2010.

Et comme le merveilleux monde du sportª se subsume dans sa société d'accueil — «subsumer» n'est sans doute pas le mot correct ici, mais il est trop impénétrablement admirable pour qu'on le laisse sécher sur le banc —, lui aussi roule à fond la caisse. Prenez Mats Sundin. Il y a 43 jours, Mats Sundin versait dans l'indécision quant à son avenir dans la Ligue nationale de hockey en général et dans sa carrière en particulier. Aujourd'hui? ...Bon, il ne s'agit pas d'un très bon exemple. Mais un gars a le droit de réfléchir, non? Et qu'est-ce qui vous dit que sa réflexion n'a pas évolué? Peut-être qu'il y a 43 jours, Sundin était à 50-50 en faveur de faire un choix quelconque, et qu'il se trouve maintenant à 55-45? Il y a tellement de décisions qui se prennent dans une hâte délétère de nos jours, comme par exemple ce qu'on dira de notre voisin de gauche, qu'on ne peut vraiment pas reprocher à un hockeyeur professionnel de se demander le plus longtemps possible s'il devrait hésiter, prendre son temps ou attendre encore un peu.

Autre truc: vous en souvient-il, il y a 43 jours, les bagarres étaient encore permises au hockey junior. Quelle mentalité antédiluvienne, tout de même. Aujourd'hui?... Bon, ce n'est pas un bon exemple non plus. Mais reconnaissons l'évolution du concept: dorénavant, il faudra que les deux gars aient envie de se battre pour qu'il y ait une bagarre. Avant, quand le tout n'avait pas été soumis à l'attention d'un comité consultatif chargé de faire des recommandations consensuelles sur le suivi des orientations, il arrivait qu'au hockey junior, deux gars n'aient pas envie de se battre. Ni l'un ni l'autre. Mais le système, vous allez voir comme c'est tordu, était ainsi fait que même s'ils n'avaient pas envie de se battre, n'y pensaient pas et ne faisaient rien pour, une bagarre éclatait quand même. À cause, si j'ai bien compris, du feu de l'action. Or c'est fini ces occurrences spontanées. À l'avenir, le consentement mutuel sera requis, en signant les quatre copies du formulaire et en gardant la feuille jaune pour ses dossiers.

Et il sera interdit de se battre avec son voisin de gauche, parce que celui-ci est un sacré bon diable.

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Ne lésinons pas sur les mots puisqu'ils ne coûtent rien: une très, très, très grosse saison de hockey attend l'amateur de hockey. À cet égard, les 30 prochaines livraisons d'Et puis euh procéderont à une analyse serrée de chacune des 30 équipes de la LNH. Je n'ai aucun doutesur le fait que les sous-rubriques «Le quatrième trio sous le microscope», «Réceptivité de la baie vitrée» et «Ce que chaque joueur a à dire de son voisin de gauche dans le vestiaire» sauront plaire aux jeunes, aux moins jeunes et à tous les autres. On commence jeudi avec les Blue Jackets de Columbus.

Mais non, c'est pas vrai. Je ne m'intéresse pas à la saison régulière au hockey. Et ce n'est pas parce que je n'en ai que pour les séries. En fait, j'en suis présentement à la rédaction d'une volumineuse somme intitulée La Passion des matchs hors concours. Pour tous les fans de ce qui ne compte pas. Ça devrait être, ben, passionnant.
3 commentaires
  • Stormy-Denis Lambert - Inscrit 7 octobre 2008 00 h 51

    En attendant la mort..

    Je m'ennuyais de vous M.Dion Je vous trouve toujours aussi irréfragable. Cela dit, j'aurais aimé en apprendre plus sur votre opinion quant aux séries dans la MLB. Selon-vous, est-ce que les si aiment les Rays ? Et Puis euh, j'espère que ce sera pour une chronique.

  • Line Gingras - Abonnée 7 octobre 2008 01 h 01

    Un petit service

    Je veux bien être votre voisine de gauche, histoire de préserver la tapisserie.

  • Claude Balleux ADN organisations inc - Abonné 7 octobre 2008 10 h 22

    Quel retour !

    Franchement, quel retour au jeu ! 43 jours sur la "liste des blessés" semblent avoir rempli notre "top scorer" d'une énergie créative de "top niveau". En passant, je meurs d'envie de ne pas lire votre future publication sur la "passion des matchs hors-concour". Encore, bravo pour ce retour!