États-Unis - Première véritable récession depuis 1990-91

Parmi les lecteurs du Devoir, nombreux seront ceux à traverser la première véritable récession de toute leur vie active. Et ils vont constater que le ralentissement survenu en 2001 à la suite de l'éclatement de la bulle des technos et des malheureux événements du 11 septembre 2001 n'a rien de l'ampleur de ce qui nous attend en matière de statistiques économiques.

En 2001, en dépit du repli du PIB pour deux trimestres consécutifs, la récession consacrée par les économistes était technique, mais non réelle. Comme je l'ai déjà dit, véritable récession il ne peut y avoir lorsque les mises en chantier au sud de notre frontière se chiffrent à 1,8 M d'unités et que les ventes d'automobiles battent des records à plus de 22 millions d'unités sur une base annuelle. C'était le cas en 2001.

Cette fois-ci, la situation est bien différente. Jusqu'en juillet, on aurait pu tabler sur la possibilité que les États-Unis puissent éviter la récession ou, au pire, en traverser une faible. Malheureusement, la situation économique s'est passablement dégradée en août et en septembre alors que la machine du crédit s'est presque complètement enrayée. C'est ainsi que les ventes d'automobiles ont chuté en septembre de 27 % au sud de notre frontière, du jamais vu depuis 17 ans. Désormais, les économistes tablent sur une production annuelle de 13,3 millions de véhicules, soit un niveau compatible avec la récession.

Les demandes d'inscription à l'assurance chômage grimpent de semaine en semaine pour maintenant avoisiner la barre des 500 000, autre niveau compatible à une période de récession. Jusqu'à présent, le marché de l'emploi était passablement solide avec un taux de chômage de 6,1 %. A regarder le niveau des inscriptions à l'assurance chômage, l'hiver risque d'être dur en matière d'emploi surtout si les autorités américaines ne parviennent pas, au cours des prochaines semaines, à normaliser le marché du crédit à court terme. En septembre, il s'est perdu 159 000 emplois, ce qui porte le cumul de l'année à plus de 700 000 emplois perdus.

Par ailleurs, les mises en chantier, à moins de 900 000 unités sur une base annuelle, sont dans les bas-fonds, et rien n'indique une reprise de ce côté avant un an. Conclusion: l'oncle Sam s'apprête à connaître une première véritable récession depuis 1990-91. Celle-ci pourrait s'étendre jusqu'en seconde moitié de 2009.

Jusqu'à présent, le Canada s'est relativement bien tiré d'affaire grâce à son secteur des ressources. Mais, avec les États-Unis sombrant en récession, ce secteur est parmi ceux qui ressentiront le plus fortement l'onde de choc. Les prix des denrées écoperont, sauf peut-être le pétrole.

Un point en notre faveur: le Canada jouit d'une relative bonne santé financière. Après avoir assaini ses finances, le gouvernement canadien enregistre des surplus budgétaires depuis plus de dix ans. Sa dette totale correspond à près de 30 % du PIB, ce qui est excellent.

Les États-Unis se trouvent davantage dans la situation où se trouvait le Canada à l'amorce de la récession 1990-91. C'est-à-dire que le pays aligne des déficits budgétaires importants depuis plusieurs années, il souffre d'un déficit de la balance commerciale trop important et, ce qui n'aide pas, il s'enlise dans des dépenses militaires coûteuses. Le tout se solde par une dette de plus en plus lourde qui, avec le plan de sauvetage de 700 milliards de dollars US pour sauver le secteur bancaire, dépassera 60 % du PIB.

Il a fallu au Canada près de six ans après la fin de la récession 1990-91 pour redresser son bilan et renouer avec une croissance décente. Au tour maintenant des États-Unis de connaître des années de purge durant lesquelles ils devront assainir leur bilan, éradiquer de leur secteur financier les pommes pourries et modifier leur mode de vie afin de moins dépendre des importations. Le défi sera de taille, car, contrairement en 1990-91, nous faisons face aujourd'hui à une véritable pénurie de pétrole duquel les Américains sont particulièrement dépendants.