Théâtre - Les hauts et les bas du milieu

C'est quand même un milieu étonnant que le monde des théâtreux. Plus pointu que celui de la télévision ou du grand écran parce que plus «direct», moins populaire et la plupart du temps moins racoleur, c'est un secteur où l'on ne rencontre pas beaucoup de smokings et de Rolex au mètre carré, n'en déplaise au candidat conservateur de Calgary-Sud-Ouest...

C'est un milieu exigeant dans lequel il faut, souvent pendant de longues années, se «courir après la queue» en passant d'un studio ou d'un plateau à l'autre, à répétition. Un monde dans lequel on endosse constamment plusieurs vies à la fois, poussé tout au bout de ses propres limites par les exigences du personnage avec lequel on vit (ou celles du prochain!) tout en essayant de s'inventer un semblant d'existence propre et de payer son loyer. Un monde de fous. Un monde de pauvres fous. Une jungle, on ne le dit peut-être pas assez, où ne parviennent à survivre que bien peu des jeunes fauves qui y débarquent chaque année, tout frais sortis des écoles...

Mais c'est aussi un monde exaltant parce qu'exalté; un monde-limite où, par définition, on est prêt à tout remettre en question constamment. À faire des trucs qui ne se font pas. Toujours. Que l'on soit jeune ou moins jeune et vieux, même. À tout investir. À placer tout ce que l'on a et tout ce que l'on est dans le texte d'une dramaturge péruvienne que personne ne connaît, par exemple... comme vient de le faire chez Prospero pour notre plus grand bonheur une toute jeune compagnie dont on n'avait jamais entendu parler jusque-là. Et pourquoi tout cela? Hum? Pourquoi?

Pour rien.

Pour rien qui soit en lien direct avec la chute de l'indice Dow Jones, le pouvoir d'achat des Canadienscanadiennes ou la hausse du prix du mazout quand le vent se lève l'hiver. Pour rien, comme le pensent les amis du monsieur du premier paragraphe. Pour rien d'autre que l'essentiel de ce qui s'agite en nous quand on se rend compte qu'on est toujours vivant et qu'il reste encore plein de choses à faire... Tsé.

Bon. On se calme, mais n'empêche...

Cela n'arrive évidemment pas toutes les fois, mais quand ça arrive, il se passe sur une scène de théâtre des choses presque indescriptibles. Comme ces torrents d'émotions qui débordent soudain du texte, du personnage ou de la production dans son ensemble et qui vous éclaboussent jusqu'au coeur en vous laissant plus pleins ou plus légers, c'est selon, mais surtout plus humains. Re-tsé. La scène est une interface éminemment puissante, un lieu d'infection virulent, une sorte d'étal aussi où l'on expose le vécu profond à la tranche, grossi, amplifié, joué, pour que l'on en saisisse les plus infimes nuances de couleur. Le théâtre, c'est la vie, comme on dit dans les saloons albertains. Mais je m'égare encore...

On parlait plutôt des hauts et des bas de ce cher milieu, oui. En mouvement, toujours. En perpétuelle transformation, en incessantes remises en question, en reconstruction-rénovation permanente, en vagues successives de nouveaux visages, de nouveaux talents, de nouvelles démarches et de nouveaux regards. Le milieu en renouvellement constant bien au-delà des modes, des tendances et des images à préserver. Le milieu, quoi.

Eh bien, il faut croire que c'est lui, le milieu, qui aura réussi à sonner le réveil alors qu'une sorte de mauvais rêve déguisé en armée de bottes de cow-boys menaçait de saccager les très fragiles acquis des dernières années. Ouffffffffff. Tout le monde s'est réveillé tout à coup; le moindre porte-parole du moindre truc non conservateur s'est mis à protester et à pousser les hauts cris dans tous les micros. Et que vous ne toucherez pas à notre culture, Monsieur Chose, bas les pattes! Et que non, bien sûr, j'aime beaucoup la culture et que le programme des nouveaux médias n'est pas vraiment aboli, juste un peu; même que ma propre fille joue du piano et que mon gouvernement va vous allouer 50 $ pour que la vôtre puisse faire la même chose... Ce n'est pas que la panique souffle encore sur Calgary, mais disons que certains points sont réapparus sur quelques i. Yeah!

Mais tout n'est pas gagné, loin de là. Voilà que l'entracte s'achève. Le rideau se lève et le vilain est là qui prépare sa vengeance. Acte II...

En vrac

À compter de vendredi (et en avant-première dès ce soir), le Centaur propose le très attendu Scorched, une production du célèbre Tarragon Theatre de Toronto. La pièce s'est vu remettre le Dora Mavor Moore Award de la meilleure nouvelle production en 2007 pendant que Richard Rose recevait le prix de la meilleure mise en scène. Le critique du Globe and Mail Kelly Nestruck écrivait que «ce texte hallucinant est probablement la meilleure pièce de théâtre jamais produite en ce pays», et l'ancienne gouverneure générale Adrienne Clarkson disait que l'on en sort en ne voulant plus se contenter de vivre une vie ordinaire. Ils ont bien raison. Reste à voir ce que Linda Gaboriau a réussi à inscrire dans sa traduction anglaise du terrible et fascinant Incendies de Wajdi Mouawad. On se renseigne au % 514 288-3161 ou encore en visitant le site www.centaurtheatre.com

La LNI organise un Sommet des Ligues d'Improvisation les 15 et 16 octobre prochains au Cabaret du Capitole de Québec dans le cadre du XIIe Sommet de la Francophonie qui se tiendra, on le sait, dans la Vieille Capitale pour raison de 400e. Le communiqué envoyé aux journaux précise que «le projet est réalisé avec le soutien du Secrétariat du XIIe Sommet de la Francophonie, de l'Organisation internationale de la francophonie et de Patrimoine canadien» (eh ben!). Créé en 1977, ce jeu théâtral parodiant le hockey sur glace est maintenant joué un peu partout au Québec, dans les communautés francophones canadiennes, en Europe (France, Belgique, Suisse, Luxembourg, Espagne, Italie, République tchèque, Roumanie, Norvège) en Afrique (Maroc, Gabon, Congo, Sénégal, Bénin), en Amérique centrale (Haïti, Mexique, Guadeloupe) et jusqu'en Amérique du Sud (Colombie, Équateur, Pérou, Brésil, Uruguay, Chili, Argentine). Yvan Ponton lui-même sera de la partie. On réserve ou l'on se renseigne à la billetterie du Capitole de Québec au % 418 694-4444.

C'est avec «une vraie fausse course à la chefferie» proposée par la compagnie du Vaisseau d'Or que prenait fin le week-end dernier la huitième édition du FAIT devenu depuis peu «Festival de théâtre à L'Assomption». Plusieurs des spectacles qui prendront l'affiche un peu partout dans les semaines à venir étaient inscrits à la programmation, ce qui explique que, malgré un bête problème de circulation d'air au Théâtre Hector-Charland, le festival a connu une hausse de 20 % de ses spectateurs par rapport à l'an dernier. Alleluia!