Une question sans réponse

Le Parti conservateur rendra public son programme demain, un jour après la fin du vote par anticipation. Si l'on se fie à ce qu'en dit un de ses porte-parole, sous le couvert de l'anonymat, il ne faut pas s'attendre à de grandes surprises. Comme le veut son plan de campagne depuis le début, le chef conservateur, Stephen Harper, persiste à privilégier la continuité, en particulier sur le plan économique, et sa plateforme en sera le reflet.

Le PC prétend que la promesse faite en fin de semaine d'accroître de 300 millions en trois ans les fonds destinés au développement régional n'est pas une réponse tardive aux pressions exercées sur son chef dans la foulée des débats et de l'incertitude économique croissante qui prévaut au pays. Cet engagement était prévu, dit le parti.

Encore en fin de semaine, Stephen Harper s'est défendu de faire preuve d'indifférence. Il refuse, dit-il, de céder à une panique qui ne se justifie pas, panique qu'il dit voir dans les décisions des autorités américaines et le plan soumis par le chef libéral, Stéphane Dion, le jour du débat en français.

Stephen Harper est tout de même sur la sellette. Son message rassurant durant les deux débats de la semaine dernière n'a pas convaincu. Les premiers sondages montrent qu'il perd un peu de terrain, ce qui est bien mal venu à une semaine du scrutin. Ce n'est donc pas pour rien que le parti a prévu une série de publicités pour s'en prendre aux plans économiques des autres partis.

Que les conservateurs l'admettent ou non, ils ne peuvent pas ignorer qu'il est normal pour les citoyens d'attendre de leur premier ministre sortant et fort probablement prochain chef de gouvernement qu'il montre une détermination certaine à atténuer les effets d'un éventuel ralentissement économique.

S'il y a un chef qui a en main toutes les données nécessaires pour offrir une réponse mesurée, c'est lui. Or, ils l'attendent toujours. Se faire dire que le gouvernement a agi de façon préventive l'automne et l'hiver derniers en réduisant le fardeau fiscal et en annonçant des plans d'aide pour les secteurs forestier, automobile et manufacturier ne fait pas le compte, pas plus que de se faire réciter des statistiques économiques positives, même si elles sont exactes. Les gens ont les yeux rivés sur les États-Unis et leur propre avenir, leurs économies, leurs pensions, leur maison, leur emploi.

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Les autres chefs ont su faire preuve jusqu'ici de plus de compassion et d'empathie que M. Harper, mais, au-delà de cela, ils offrent bien peu de chose en plus pour intervenir à court terme. Il y a bien la proposition en cinq points du chef libéral. Elle ne résoudra pas grand-chose, mais elle lui permet de se montrer au diapason des citoyens. Il s'engage à faire une évaluation rapide de la situation afin de juger si les épargnes et les pensions des gens sont suffisamment protégées et si des correctifs sont nécessaires. De plus, il promet d'accélérer ses investissements dans les infrastructures.

Cette réponse et celle des autres chefs restent limitées, car, dans le fond, aucun ne sait vraiment quoi faire à court terme. Parce que l'on ne connaît pas encore les véritables effets de la crise financière américaine sur l'économie canadienne. Ensuite, parce que tout le monde sait que le gouvernement fédéral ne peut pas compter sur une grande marge de manoeuvre financière.

Le Canada, contrairement aux autres pays du G7, a l'honneur de ne pas avoir affiché de déficits depuis 1997-98, un record. Il a les reins solides pour l'instant, mais ses surplus sont minces et, si l'économie ralentit, ses revenus vont fléchir. Le risque d'un déficit serait alors réel.

Comme tous les chefs ont dit qu'il n'était pas question de retomber dans le rouge, ils ont les mains liées en cas de ralentissement de ce côté de la frontière. Pour venir en aide aux Canadiens, ils seraient tous forcés de ralentir la mise en oeuvre de leurs promesses, de les mettre en veilleuse ou même de comprimer certaines dépenses pour dégager les fonds nécessaires.

Afficher un déficit pour faire face à un creux du cycle économique n'a rien d'hérétique, selon l'école de pensée économique keynésienne qui a inspiré nombre de gouvernements depuis la Grande Dépression. Selon cette école, s'endetter se défend si c'est pour relancer l'économie aux moyens de mesures ponctuelles plutôt que permanentes. Cette école n'a cependant plus la cote auprès des Canadiens qui ont lourdement payé l'incurie des gouvernements passés.

Évoquer un déficit relève aujourd'hui de l'hérésie, surtout dans la bouche d'un politicien. Celui qui se risquerait à écrire un plan à l'encre rouge signerait son arrêt de mort. Alors, dans le contexte actuel, tout le monde compte sur la solidité de l'économie canadienne et des finances publiques pour éviter le pire, M. Harper le premier. Mais les autres aussi, d'une certaine manière, car s'ils affichent la volonté de faire quelque chose à court terme, ils ne disent pas clairement comment.

Ce sera un des défis des chefs durant la dernière ligne droite de la campagne. Ce sera à qui, sans en dire trop pour ne pas se mettre dans le pétrin, pourra le mieux convaincre les Canadiens qu'il se soucie de leur sort et est déterminé à agir.
3 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 6 octobre 2008 06 h 07

    Les plans se succèdent...

    J'espère que vous mettrez aussi peu de temps à anlyser le plan des conservateurs que vous en avez mis à analyser le plan des libéraux.

  • Normand Chaput - Inscrit 6 octobre 2008 11 h 24

    agir, toujours agir

    quoi de plus triste pour une observatrice que devoir rendre compte qu'il ne se passe rien? Ne pas pouvoir dire à ses petits enfants: j'étais-là moi lorsque Harper s'est fait réélire en 2008

  • Jacques Gagnon - Inscrit 6 octobre 2008 11 h 38

    Quel programme ?

    Le programme que vous attendez, c'est celui qui sert de façade.
    Le vrai programme, c'est-à-dire ce qu'ils veulent réellement faire, vous ne l'aurez pas.

    Parmi les gestes et actions de ce gouvernement, combien étaient annoncés la dernière fois ?

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