Questions d'image - Une semaine et un jour

C'est le temps qu'il nous reste pour nous choisir un chef. Et pour élire un Parlement conservateur — minoritaire ou majoritaire.

Winston Churchill affirmait qu'il n'y a pas de pire système que la démocratie avant d'ajouter aussitôt qu'il n'en existait pas non plus de meilleur. Je crois bien que l'intense période électorale que nous vivons actuellement aura su nous convaincre de l'exactitude de son propos. Tant, avant même qu'ils ne soient élus, nos futurs représentants et représentantes à la Chambre des communes nous auront fait effectuer d'allers-retours entre le pire et le meilleur. Ça promet!

Que d'images sordides, que de coups bas, que de médiocrité, que de cynisme! Bien peu d'espoir et de sourires. Presque pas d'avenir. Quel Canada demain pour les Canadiens? Voilà la question que se posent encore à huit jours du scrutin un très grand nombre d'électeurs. Des millions de gens qui ne se décideront sans doute qu'au tout dernier instant, seuls avec leur conscience, le crayon à la main, pour accomplir dans l'isoloir un devoir, un droit chèrement acquis durant des siècles de luttes ancestrales: le droit de vote. Vont-ils au dernier moment laisser parler leur coeur ou leur raison? Voteront-ils contre quelqu'un ou pour un homme ou une femme aux idées porteuses et éclairées?

Il faut nous rendre à l'évidence. Nous aurons beau nous projeter et nous reprojeter, telles des photos de vacances, les innombrables images dont nous avons été bombardés, il nous sera bien difficile de choisir laquelle, d'entre toutes celles-ci, aura été assez puissante pour finalement nous influencer. Le Canada est un pays beaucoup trop grand et beaucoup trop complexe pour qu'aucun des candidats en lice ne puisse jamais à lui seul incarner les énormes différences linguistiques, culturelles, politiques ou spirituelles de sa population.

Pourtant, tous ces candidats y croient ou voudraient nous y faire croire. Il est vrai que, lors des débats de la semaine dernière, on aurait pu même penser que la chose fût possible. Le format nouveau de cette table ronde conviviale ne portait pas aux confrontations musclées. Tant mieux.

Certains, et en particulier les plus vieux intellectuels ou politiciens, ont vivement critiqué cette formule, trouvant que l'absence de combat prive les spectateurs d'un éventuel coup d'éclat ou d'un K.O. possible. Curieusement, en homme d'images, cela ne m'a pas choqué, cela ne m'a pas manqué. Au contraire. J'y ai vu de la sincérité, de la vraisemblance, mieux encore: de l'accessibilité.

Certes, la formule est à améliorer (d'autant que le nombre des participants est plus important), mais la tenue générale des échanges fut d'un excellent niveau. Comme beaucoup, je suis écoeuré de cette partisanerie insupportable qui éloigne tant d'électeurs de la chose publique — comme si ces engueulades et ces dénigrements permanents, ces publicités négatives ne devaient constituer que l'unique langage de la politique.

C'est précisément cela qui empêche des millions de gens de comprendre les véritables enjeux du pays et les valeurs de chacun de ces chefs. Et c'est aussi cela qui éloigne les plus jeunes d'un environnement qu'ils jugent désuet, parce que non conforme à l'idéal de société qu'ils se forgent. Cette civilité inhabituelle nous a soudainement amenés à saisir l'évidence. De gauche ou de droite, utopistes ou réalistes, fédéralistes ou souverainistes, ils ont défendu chacun l'idée qu'ils se font du Canada, une idée qui leur est chère ou qui leur est étrangère — comme c'est le cas de Gilles Duceppe.

À cette table ronde, on a alors pu contempler le Canada dans toute sa réalité, dans toute son ambiguïté et ses divisions, mais également dans toute son unicité. Bien entendu que ce ne fut pas le même débat en français qu'en anglais, et que les forts d'un jour furent les faibles du lendemain et réciproquement. Mais cela nous a permis de comprendre combien le problème linguistique était à ce point aigu dans ce pays. Tellement aigu qu'il nous priva des véritables débats auxquels on était en droit de s'attendre.

Stéphane Dion, qui donna sa meilleure performance lors de la rencontre de mercredi, ne fut que l'ombre de lui-même jeudi, emberlificoté dans un anglais scolaire qui le ramenait encore entre les seuls murs qui lui sont véritablement naturels: ceux des salles de classe. Il est évident que le prochain premier ministre du Canada devrait être parfaitement bilingue et, ironiquement, le plus bilingue de tous, c'est Gilles Duceppe!

Qui a gagné, qui a perdu? Journalistes et analystes, sondeurs, clans politiques — et c'est aussi cela la démocratie —, chacun y va de son commentaire. Et aussi de son influence. Alors, bonjour l'objectivité! Car avant même que chacun ou chacune d'entre nous n'ait eu le temps de se faire sa propre opinion, on a été bombardés de l'opinion des autres. Et, comme vous le savez, il y a des influenceurs beaucoup plus lourds que d'autres.

En fait, je pense bien que nous ne sommes guère avancés. Il est même plus difficile de se faire un point de vue maintenant qu'avant les débats. Alors, pourquoi changer? Pour cette raison, Stephen Harper risque fort de se retrouver minoritaire à quelques sièges de la majorité ou majoritaire, mais de très peu. Pour deux ou quatre ans. Puisque, après tout, une opinion de plus ou de moins ne fera pas de différence, voici la mienne: c'est cela l'enjeu de l'élection, car les conséquences ne seront, évidemment, pas les mêmes.

C'est à nous de choisir, il nous reste encore une semaine et un jour.

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Jean-Jacques Stréliski est spécialiste en stratégie d'images.
2 commentaires
  • Normand Chaput - Inscrit 6 octobre 2008 09 h 58

    minable

    votre texte est minable monsieur
    merci de me dire que nous avons gagné le droit de vote après des siècles de dures batailles.
    merci de me dire que le pays est grand et les politiciens petits

    merci pour l'ensemble de votre oeuvre

  • Claude L'Heureux - Abonné 6 octobre 2008 19 h 29

    Les enjeux

    Pendant que l'on parle des débats l'on ne parle pas des enjeux de cette élections.

    Claude L'Heureux, Québec