Liberté 75

Chaque crise apporte son lot de pertes boursières et de projets de retraite retardés. On a beau dire qu'il faut regarder les investissements boursiers sur une base de cinq ou de dix ans, lorsque les corrections boursières frappent au même rythme, on perd ses repères.

Avec sa chute de jeudi, l'indice S&P/TSX de la Bourse de Toronto revenait à son niveau de juin 2006. Résultat: le mois de septembre aura été des pires pour les investisseurs en actions canadiennes. «La chute de 14,7 % de l'indice S&P/TSX est la plus importante survenue pendant un mois de septembre depuis 1931, et la quatrième plus forte chute en un mois depuis au moins 1981», a commenté Clément Gignac, économiste en chef et stratège à la Financière Banque Nationale (FBN).

Cela vaut pour un indice qui est fortement influencé par les aléas des matières premières, pétrole en tête. Mais même pour les portefeuilles, qui n'affichent pas nécessairement la même pondération que le TSX, septembre a été désastreux. Selon les données préliminaires de l'Institut canadien des fonds d'investissement, les rachats nets devraient osciller entre 4,4 et 4,9 milliards en septembre, et l'actif net des fonds devrait être en baisse de 8,8 % en moyenne par rapport à août.

L'indice baromètre de la Bourse de Toronto est en recul de 18,8 % sur l'ensemble du troisième trimestre, soit son pire dérapage depuis la crise asiatique de 1998 selon la FBN. Et depuis son sommet de cycle atteint cet été, il est en repli de 20 %, soit une chute que certains relient à un marché fondamentalement baissier (d'autres fixent la barre d'un «bear market» à 30 % de correction).

Pour Monique Leroux, la présidente du Mouvement Desjardins, «les conditions que nous vivons dans nos marchés actuellement vont peut-être amener bien des gens qui avaient planifié une retraite, d'une certaine manière, à devoir reconsidérer un peu leurs plans, leur plan de vie, leur plan de travail.» Il faudra alors développer le thème de «Liberté 75»!

«Il est trop tôt, selon Pierre Brunet, le président du conseil de la Caisse de dépôt et placement du Québec. Si ça durait comme ça pendant cinq ans, c'est sur que tout le monde devrait penser à d'autre chose, mais là, on vient de commencer cette crise. Attendons de voir combien de temps elle dure.» Puis d'ajouter: «il faut regarder ça sur une base de cinq ans, dix ans».

Faisons l'exercice rétrospectivement. Outre la crise des «subprimes», la dernière décennie a été marquée par une récession américaine, la chute des valeurs technologiques, le 11-Septembre et la crise monétaire asiatique de 1997-98. Si on revient quelque 20 ans en arrière, il faut ajouter à la liste la crise mexicaine de 1994, la grave récession de 1990-92, la crise immobilière de 1990 et le krach boursier d'octobre 1987. Si on recule de 30 ans, la liste s'étend à la grave récession de 1980-82 et au choc pétrolier de la fin des années 70.

En 40 ans, les marchés ont eu droit à cinq récessions américaines (sans compter celle qui se prépare). Depuis la Seconde Guerre mondiale, on dénombre 12 marchés boursiers fondamentalement baissiers (exclusion faite de l'actuel «bear market»). En 100 ans, on comptabilise 13 crises financières majeures (à l'exclusion de la présente crise).

Finalement, les investisseurs boursiers doivent naviguer de correction boursière en correction boursière, entre crise, récession et effondrement du marché immobilier qui se succèdent tous les six ans.

Parlant uniquement des crises financières et bancaires, le Mouvement Desjardins retient que le Fonds monétaire international a recensé 125 crises bancaires systémiques à l'échelle planétaire depuis 1970 soit des dysfonctionnements couvrant une vaste zone économique et s'étendant au monde entier. À la FBN, on parle de 113 épisodes de stress financier et économique parmi les 17 pays les plus industrialisés en 30 ans.

Les États-Unis ont connu six crises financières. «En tenant compte de la Grande Dépression des années 30, les États-Unis vivent actuellement leur troisième crise majeure, et l'histoire a été marquée de trois autres épisodes de crise bancaire de plus faible ampleur», lit-on dans une étude de Desjardins.

On retient de ces crises qu'elles ont dans la plupart des cas été précédées d'une correction immobilière importante. Et qu'on en sort rarement sans une intervention musclée de l'État «Le FMI conclut que 86 % des cas de crise bancaire systémique ont nécessité un plan gouvernemental de restructuration, sous la forme de fermeture de banques, de nationalisation ou de fusion assistée. Le coût fiscal, dans bien des cas, s'est avéré très élevé, atteignant en moyenne 13,3 % du PIB.»

L'exemple à ne pas suivre est la crise bancaire du Japon, provoquée par l'éclatement de la bulle immobilière en 1990. Le Japon a été plongé dans une stagflation de dix ans, et l'assainissement du bilan des banques nippones, venu huit ans après le début de la crise, a coûté 500 milliards, soit 12 % du PIB de ce pays.

Pour l'actuelle période de stress financier, le FMI retient que, sur les 113 périodes observées, 29 ont été suivies d'une récession et autant d'un ralentissement économique. Mais lorsque ce stress affecte le secteur bancaire, le risque de récession est accru de 50 %. Et la récession est plus longue, 23 mois contre neuf mois en moyenne, et plus grave, avec une contraction moyenne de l'économie de 1,5 %, contre 0,9 % en moyenne.

Sur cette base, la FBN estime que la récession américaine a débuté un peu plus tôt dans l'année et qu'elle devrait durer entre 12 et 15 mois.

Mais ne dit-on pas que l'investissement boursier est une affaire de long terme...

Le Devoir
1 commentaire
  • Marc Lavallée - Inscrit 4 octobre 2008 11 h 23

    Arbeit macht frei?

    Mourir au travail ou deux jours après la retraite, quelle différence? On n'a qu'a entretenir l'impression que nos petites libertés de besogneux sont méritoires, comme celle de peser sul gaz parce qu'après nous le déluge.