Sauver sa peau

Mario Dumont a sans doute été un peu piqué d'apprendre que le premier ministre avait accepté de rencontrer Pauline Marois pour discuter du contenu de la motion sur le rapatriement des pouvoirs en matière de culture et de communications que le PQ compte présenter à l'Assemblée nationale. Après tout, il est toujours le chef de l'opposition officielle!

En proposant lui-même une rencontre à trois où il serait surtout question d'économie, le chef ne cherchait pas seulement à reprendre l'initiative et à soigner son amour-propre. La rumeur grandissante d'élections automnales lui a manifestement fait prendre conscience comme jamais des vertus de la cohabitation.

L'idée d'un front commun des trois partis pour faire face à la menace d'une crise économique majeure donne l'impression que l'ADQ s'inquiète surtout d'être plongée dès cet automne dans une campagne électorale qui pourrait lui être fatale. À voir les sondages et les résultats de l'élection partielle de lundi dernier dans Jean-Talon, on peut difficilement reprocher à M. Dumont de chercher à sauver sa peau.

«Nous devons nous élever au-dessus des débats partisans, être en mesure de se serrer les coudes et d'assurer un climat de cohabitation basé sur la coopération et le respect», écrit-il dans la lettre qu'il a adressée hier au premier ministre Charest.

Le moins qu'on puisse dire est que cette élévation au-dessus des débats partisans ne sera pas chose aisée. Moins de deux heures après l'envoi de cette lettre, le leader parlementaire de l'ADQ, Sébastien Proulx, invité au Club des ex de RDI, accusait déjà M. Charest de faire prévaloir ses intérêts personnels sur ceux du Québec en prenant prétexte de la crise financière aux États-Unis pour déclencher des élections.

Venant d'un homme dont le parti avait menacé de faire tomber le gouvernement simplement parce qu'il refusait d'abolir les commissions scolaires, l'accusation de M. Proulx fait sourire. En ce qui concerne la primauté de l'intérêt public, l'ADQ est très mal placée pour faire la morale à qui que ce soit.

***

S'il est vrai que M. Charest semble de plus en plus tenté de profiter de l'inquiétude que suscite la situation économique pour retrouver une majorité à l'Assemblée nationale, le chef de l'ADQ tente d'utiliser le même prétexte pour sauver son parti du désastre.

La manoeuvre est peut-être cousue de fil blanc, mais elle n'en est pas moins habile. Même si la première réaction au bureau du premier ministre a semblé plutôt fraîche, la population ne comprendrait pas que M. Charest s'entête à refuser une rencontre au sommet sur l'économie.

Si M. Charest fait des propositions qui sont acceptées par ses vis-à-vis, il aura bien du mal à expliquer pourquoi il voit la nécessité de dissoudre le Parlement. Et s'il ne propose rien de concret, il ne pourra pas davantage accuser les partis d'opposition de l'empêcher d'agir. Cela ne changera peut-être rien à ses projets, mais il devra être plus imaginatif dans ses explications.

Au cours de cette rencontre, dont il souhaite la tenue avant la reprise des travaux de l'Assemblée nationale, le 21 octobre, M. Dumont se montrera certainement très coopératif. Si M. Charest veut devancer certains investissements publics ou faire adopter des projets de loi, il ne rencontrera aucun obstacle.

En revanche, il pourrait devoir donner certaines explications sur son «plan Nord». Sa présentation audiovisuelle au dernier conseil général du PLQ était impressionnante, mais s'il ne s'agit pas simplement d'une opération de marketing, ne serait-il pas approprié d'en préciser les détails et les échéanciers? Après avoir sommé les partis fédéraux de faire connaître leurs plans pour faire face au ralentissement de l'économie, M. Charest n'a-t-il pas la même obligation?

***

Le chef de l'opposition ne voudra pas davantage laisser le premier ministre prendre prétexte de divergences de vue sur la question constitutionnelle pour justifier un appel au peuple.

Depuis que M. Dumont a indiqué son intention de s'associer au PQ pour réclamer la réouverture de négociations constitutionnelles pour garantir au Québec les pleins pouvoirs en matière de culture et de communications, M. Charest répète à qui veut l'entendre qu'au moment où l'économie devrait avoir la priorité absolue, les partis d'opposition veulent plonger le Québec dans un nouveau psychodrame constitutionnel.

Il semble que le chef de l'ADQ soit maintenant disposé à faire preuve d'une certaine «ouverture d'esprit». Autrement dit, dans la mesure où l'Assemblée nationale réaffirmerait que la reconnaissance constitutionnelle des pouvoirs exclusifs du Québec en matière de culture et de communications demeure l'objectif, la conclusion d'une simple entente administrative avec Ottawa pourrait constituer un premier pas acceptable à ses yeux.

D'ailleurs, contrairement à ce qu'on soutient au PQ, M. Dumont ne croit pas qu'une motion adoptée par l'Assemblée nationale puisse contraindre le gouvernement Charest à s'engager dans des négociations constitutionnelles contre son gré.

Si l'Assemblée nationale trouve un terrain d'entente, rien n'empêcherait donc M. Charest d'entreprendre des négociations avec le prochain gouvernement fédéral sans devoir en réclamer le mandat à la population.

Même si le PQ se trouve dans une situation moins catastrophique que l'ADQ sur le plan électoral, Pauline Marois n'a sans doute pas beaucoup plus envie que M. Dumont de se lancer en campagne. Les militants péquistes accepteraient cependant beaucoup plus difficilement qu'elle renonce à réclamer une réouverture de la Constitution. Déjà, ils ont dû faire leur deuil d'un référendum.

Cela dit, si M. Charest veut des élections à tout prix, il trouvera bien autre chose. De toute manière, au bout de 24 heures, personne ne se souciera plus de savoir pourquoi.
12 commentaires
  • Gilles Bousquet - Inscrit 4 octobre 2008 09 h 22

    Le PQ et l'ADQ devraient le faire mais ils ne le feront probablement pas

    Avec des sondages en bas de 20 % et 4,64 % de votes dans le comté de Jean-Talon la semaine dernière, l'ADQ devrait se remettre en question de A à Z en plus du fait que, ni M. Harper ni M. Dion vont accepter l'autonomie de l'ADQ sans référendum au Québec qui serait gagné à plus de 60 pour le choix constitutionnel de ce parti.

    Le PQ et l'ADQ auraient avantage à former une coalition. Pour ça, faudrait que ces 2 partis choissent le centre idéologique et une vraie confédération comme solution constitutionnelle : Des États souverains dans une confédération canadienne à la place de simples provinces dans une fédération centralisatrice.

    Sans ce qui précède, il y a de grosses chances pour que M. Charest gagne sa troisième élection en ligne avec son très provincial PLQ, que l'ADQ revienne à un parti de 3 ou 4 députés avec le PQ au même niveau qu'actuellement, ce qui ne lui ferait pas un grand avancement.

  • Martin Dubois - Inscrit 4 octobre 2008 09 h 54

    au bout de 24 heures...

    Monsieur David, merci de vos analyses toujours très complètes et éclairantes. Votre conclusion m'apparaît très révélatrice. Je fais allusion à ce passage de la fin où vous constatez que M. Charest n'a pas à se soucier d'avoir un motif pertinent pour déclencher une élection. Comme vous le dites si bien, au bout de 24 heures après le déclenchement, plus personne ne se souciera de savoir pourquoi...
    Si je ne m'abuse, vous avez également écrit un commentaire similaire lors d'une précédente chronique portant sur la campagne électorale fédérale.
    Loin de moi l'idée d'expliciter ici votre pensée à votre place, mais je perçois malgré tout derrière ces mots une certaine lassitude devant ce que j'appellerais un manque de rigueur de la profession journalistique.
    En effet, Harper n'a jamais été embêté par les journalistes, même s'il a contourné sa propre loi sur des élections à date fixe. Alors on peut difficilement comprendre pourquoi M. Charest aurait plus de justifications à trouver pour aller en élection, lui qui est minoritaire également, mais qui contrairement à Harper n'a pas à respecter une loi pour des élections à date fixe.
    M. Charest, assurémment, ne devrait avoir aucun prix à payer pour déclencher une élection même sans motif autre que sa popularité dans les sondages. Sinon il y aurait vraiment un problème d'équité de traitement inacceptable.
    La complaisance journalistique envers des politiciens comme Harper est très troublante, et cela fait un bon bout de temps que ça dure. D'autant plus que M. Harper prend fréquemment des décisions autocratiques et assez peu respectueuses de nos moeurs démocratiques. Or les journalistes ne talonnent pas et ne questionnent pas suffisamment ces agissements. Ils les rapportent le temps d'un bulletin de nouvelles, et on ne se souvient pas d'une seule conférence de pressse où Harper a eu des questions embêtantes à répondre, et cela malgré la quantité impressionnante de controverses qui l'entourent depuis le début de la campagne.
    Je n'ose pas imaginer l'ampleur des barrages de questions qu'auraient eu à affronter Bernard Landry, Gilles Duceppe, André Boisclair ou Pauline Marois si de telles polémiques auvaient lieu pendant des campagnes électorales auxquelles ils auraient participé! Je n'ose pas imaginer en quel nombre de pièces détachées ces politiciens se seraient retrouvés si n'importe lequel d'entre eux avait plagié un discours! Mais sur Harper, rien ne colle, disent nos bons journalistes... Rien ne colle ??? Elle est bien bonne celle-là ! Si rien ne colle sur Harper, c'est parce qu'aucun journaliste ne le talonne. Il y a une espèce d'admiration béate des journalistes face à Harper. Ils se contentent de qualifier d'habileté politique ce qu'ils s'acharneraient à questionner et à analyser sous un angle critique et agressif chez un autre. Je l'ai constaté de façon frappante après le débat en français de cette semaine. Les journalistes et analystes louangeaient Harper pour son calme olympien qu'ils assimilaient à une excellente performance! C'est seulement le lendemain du débat, lorsque l'opinion publique a clairement manifesté sa déception face au comportement digne d'une potiche qu'à eu le chef conservateur, que les journalistes ont commencé subitement à calmer leurs ardeurs de groupies, et à changer du tout au tout la teneur de leurs analyses.
    À moins qu'ils aient carrément peur de ce genre de politiciens ? On sait que Harper ne s'est pas gêné depuis deux ans pour boycotter les journalistes trop critiques.
    La tactique aurait-elle fonctionné?
    Si c'est le cas, cette habileté de Harper devrait pouvoir être utilisée par n'importe quel autre chef de parti. Or, je ne suis pas du tout convaincu que Stéphane Dion ou Jack Layton pourraient facilement utiliser les mêmes tactiques sans être littéralement crucifiés sur la place publique. Manifestement il y a quelque chose qui va très mal au pays des médias. Serais-ce tout simplement que le conservatisme à une cote de popularité plus élevée chez les journalistes que chez la population en général ?
    Si c'est le cas, les jours du journalisme sont définitivement comptés.

  • Roger Kemp - Inscrit 4 octobre 2008 10 h 29

    Langue de vipères ou langue de vie pour ses pairs

    Avez-vous remarqué monsieur David, que depuis plus de trois mois, Jean Charest a un language pour le moins nationaliste pour ne pas dire souverainiste. Deux choses, soit que ses proches conseillers lui aient suggéré d'utiliser ce type de language pour attirer dans son camp les centristes qui n'hésitent pas à pencher du côté du vent, soit que monsieur Charest vient de découvrir comme l'avait fait Bourassa que la nation québécoise doit s'affirmer haut et fort et comme il est un fédéraliste, il tente encore une fois de nous prouver qu'il a raison. Ce qui motive cette façon d'agir de monsieur Charest, c'est qu'il sent très bien qu'au Québec on ne peut accepter de se faire manipuler par un gouvernement canadien qui refuse de reconnaître dans les faits la nationalité et la spécificité québécoise. Monsieur Charest voudra probablement déclencher des élections immédiatement et profiter d'une vague pour contrer Ottawa surtout si celui-ci devient majoritaire grâce à l'Ontario plutôt qu'à cause du Québec. Ne sera-t-il pas tenté de demander aux québécoises et québécois de lui donner à lui aussi un mandat clair pour affronter un Harper majoritaire et probablement moins complaisant envers le Québec. Espérons que ce n'est pas une langue de vipère qu'il utilise. soyez assuré monsieur David qu'il nous trouveras sur son chemin lui aussi.

  • roger montreal - Inscrit 4 octobre 2008 11 h 50

    Si M.DION ET DUCEPPE auraient agis comme HARPER j aurais aimé voir les journalistes

    Pour répondre a MARTIN,ce n est pas seulement les journalistes, qui sont concilient a avec HARPER, mais LES DIRECTIONS DES MÉDIAS ,vous avez 100% raison dans votre article.
    Si un autre que HARPER ET SA CLIC,/CAR CEST UNE CLIC/,aurait dit, et acheté des publicités, mensongères et indécentes sur DION ET DUCEPPE.
    SI les deux chefs et leurs partis, auraient agis comme HARPER,j aurait aimé voir les journalistes et les médias crier aux scandales.
    ROGER MONTREAL

  • Raymond Saint-Arnaud - Inscrit 4 octobre 2008 12 h 05

    Union des autonomistes et souverainistes

    L'union fait la force

    M. Dumont se dit autonomiste. Il devrait se rendre compte que la vraie autonomie réside dans la souveraineté, et il devrait en conséquence rejoindre le Parti Québécois ou s'allier au Parti Québécois en un genre de coalition.

    Il contribuerait ainsi à diminuer la division des votes francophones qui favorise l'élection du parti des Anglais.

    Il est plus que temps que l'ADQ et le PQ se concertent pour chasser M. Charest du pouvoir. Ce dernier n'a été élu que grâce à l'appui quasi unanime des anglophones et allophones anglicisés combiné à la division des francophones.

    M. Charest ne représente pas la majorité des Québécois.


    Le Parti Libéral du Québec a toujours été le parti des Anglais. Les anglophones de longue date et les nouveaux arrivants ayant choisi de s'intégrer aux anglophones forment environ 16 % de la population du Québec. Le Parti Libéral du Québec tire la moitié de ses votes de ce groupe qui l'appuie à 99 %. C'est démocratique, mais c'est inquiétant. C'est cet appui quasi unanime qui lui permet trop souvent de prendre le pouvoir.

    Dans ces conditions, il est suicidaire pour les francophones et pour les souverainistes de diviser leurs votes.

    La présence de plusieurs groupements indépendantistes, souverainistes, et autonomistes exprimant plusieurs tendances est une très bonne chose pour l'affirmation des aspirations du Québec. Cependant, quand il s'agit d'élections, il est essentiel que toutes ces tendances agissent dans le même sens dans un seul parti.

    Sinon la division des francophones mènera inéluctablement à leur minorisation, comme on l'a vu aux dernières élections générales, où même Jean Charest aurait été défait dans son comté n'eussent été les votes que Québec solidaire a détournés du Parti québécois.

    Aux élections du 26 mars 2007, Jean Charest a obtenu 13 136 votes, soit seulement 1 332 de plus que le candidat du Parti québécois qui en a obtenu 11 804. Le candidat de Québec solidaire a obtenu 2 263 votes.

    L'angélisme du parti Québec solidaire nous a valu un gouvernement de droite avec les libéraux aux commandes. Québec solidaire poursuit de bonnes intentions largement partagée dans le public, mais il est devenu l'allié objectif de ce gouvernement de droite. C'est triste et navrant. Il y a sûrement un groupe puissant qui a intérêt à alimenter cette division du vote des francophones.


    M. Charest est fort de l'appui quasi unanime des anglophones et des allophones anglicisés, mais il profite surtout de la division des francophones pour se glisser au pouvoir. Il gagne pour ainsi dire par défaut. Il ne représente pas la majorité des Québécois.

    Aux prochaines élections, il suffira d'un peu de cohésion chez les francophones pour envoyer M. Charest aux oubliettes. Qu'il retourne à Ottawa, c'est son pays.