Simplifier les règles de la chasse au cerf de Virginie

Photo: Agence Reuters

Le nombre des chasseurs de cerfs de Virginie a augmenté au Québec de 5,8% entre 2005 et 2007, un effet sans doute de la croissance du cheptel, pour inclure désormais 171 665 personnes. Le gros de cet effectif provenait de la Montérégie (27 576), des Appalaches (19 789), des Laurentides (19 465) et l'Estrie, avec 16 221 chasseurs.

Mais ces chiffres, révèle une analyse réalisée pour le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) par la firme BCDM Conseil en mars dernier, cachent des tendances parfois opposées. Ainsi, on note que les proportions de chasseurs provenant des régions Capitale-Nationale et Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine sont en hausse, alors que celles des chasseurs en provenance des régions de l'Outaouais et des Laurentides sont en baisse, deux régions où les taux de succès sont pourtant fort intéressants.

Ces données sont tirées d'une question que les gestionnaires ont introduit dans le système d'émission des permis de chasse l'an dernier pour mieux identifier les zones de chasse, qui ne sont pas nécessairement celles où le permis est acheté.

En réalité, cet effort ainsi que la consultation en ligne lancée par la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FQCP) sur la chasse aux cerfs indiquent que les cartes sont en train de se brasser à Québec en vue d'un prochain plan de gestion et d'une refonte des règles.

Mais si cet exercice est intéressant pour comprendre les tendances dans le monde cynégétique, il peut déboucher sur un clientélisme, qui fait parfois passer au second plan les principes de la conservation et d'une gestion rationnelle et éthique de la faune.

L'exemple le plus caricatural de cette tendance affairiste est évidemment la chasse à l'arbalète, qu'on a autorisée en pleine saison des archers, quitte à pénaliser ces derniers dans certaines régions moins nanties pour ne pas y susciter une récolte trop intense.

Cette idée a été poussée avec force par la FQCP «parce que les gars le demandaient», nous expliquait un jour un de ses dirigeants. Mais on pendait du monde à l'époque du Far West avec cette logique populiste primaire. Pire, Québec a finalement généralisé l'utilisation de l'arbalète durant la saison des archers pour masquer le fait qu'il a autorisé des milliers de faux handicapés à chasser à l'arbalète grâce à des certificats de complaisance émis par des professionnels qu'il aurait plutôt fallu poursuivre pour fausse déclaration.

Dommage que les chroniqueurs parlementaires s'en tiennent aux combats de coqs politiques plutôt que de coincer des ministres en contradiction aussi explicite avec leur serment d'office et les règles d'éthique les plus élémentaires.

Mais le chat est vraiment sorti du sac le vendredi 19 septembre, sur les ondes de Radio-Canada, au Saguenay-Lac-Saint-Jean. On y rapporte que Régis Girard, du MRNF, s'est lancé dans une apologie de l'arbalète. Sa popularité, a-t-il avoué, est liée à sa facilité car il faut des années pour devenir un bon archer «alors que l'arbalète est aussi simple à manipuler qu'une arme à feu».

En Amérique du Nord, la segmentation des saisons de chasse se fait historiquement en fonction des difficultés liées à chaque type d'armes. Tout le monde convient qu'il serait inéquitable de laisser des gens chasser à la carabine pendant la saison de l'arc. Mais c'est exactement, de l'aveu public même d'un gestionnaire du MRNF, ce que son ministre et sa direction ont finalement autorisé.

La consultation en cours que mène la FQCP pourrait aussi conduire à d'autres dérives «parce que les gars le demandaient». Il faut lire attentivement le questionnaire soumis aux chasseurs pour comprendre vers quelle complexification des règles on s'achemine et vers quels glissements dangereux on pourrait se diriger.

Voulez-vous un permis par zones, c'est-à-dire que chacun chasserait chez soi, ce qui consoliderait une privatisation croissante de la chasse? Est-ce que toute récolte des cerfs sans bois devrait se faire par tirage au sort, avec ou sans interdiction pour le gagnant d'abattre un mâle? Faut-il éliminer du tirage ceux qui ont gagné l'année précédente? Faut-il éliminer l'émission par Québec des permis d'abattage de biches, dont 30 % sont réservés à des propriétaires fonciers? Doit-on limiter la récolte des jeunes mâles à quatre ou trois bois sur un même côté? Y aller en alternance aux deux ans? Doit-on autoriser le quota de groupe? Etc.

J'ai fait lire à un non-initié les règles actuelles qui régissent la chasse aux cerfs. Réaction de cet avocat: c'est plus complexe que les règles fiscales sur l'amortissement des biens ou que le droit sur la famille!

En réalité, ce dont cette chasse a besoin, c'est de règles simplifiées, d'une suppression des privilèges accordés aux propriétaires fonciers dans le cadre d'une politique d'accès égal au plus grand nombre, de favoriser une récolte maximale durant la chasse à la carabine puisque c'est l'arme favorite de quatre chasseurs sur cinq, selon les données de la FQCP, de restaurer des saisons de chasse ajustées aux types d'armes en renvoyant les arbalétriers dans la saison réservée à la poudre noire, de mettre fin aux abus du nourrissage en hiver qui permet de domestiquer les proies de l'automne, et d'interdire l'appâtage automnal avec des camions de carottes et de pommes, la culture de champs nourriciers, l'appâtage durant la chasse à la carabine, et surtout, ces appareils qui conditionnent les cerfs à venir manger à des heures précises, ce qui constitue de l'abattage indigne, contraire à toute éthique sportive.

Beaucoup de ces questionnements sont pertinents. Mais on doit déplorer que le sondage de la FQCP n'ait pas laissé une case ouverte pour les commentaires. Craignait-on ceux des archers floués par la politique de l'arbalète? Globalement, cette consultation demeure valable, mais elle ne doit pas ouvrir la porte à un renforcement du clientélisme.

Il faut plutôt que cet exercice serve à restaurer la primauté d'une chasse éthique, axée en priorité sur la conservation, qui laisse à la proie une chance réelle d'échapper à ses prédateurs à deux pattes, qui place les chasseurs sur un pied d'égalité quant aux chances de récolte et qui abolit les privilèges que certains se sont constitués en douce.

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Lecture: Chine, l'empire pollueur, par Marc Mangin, Éditions Arthaud, 192 pages. Nous avons tous le vertige lorsque nous pensons aux impacts de la consommation croissante de la Chine, du mépris de son gouvernement pour les droits de la personne et pour les gens qui s'opposent aux nouveaux caïds économiques qui les empoisonnent. Mais on en reste souvent à ces images un peu stéréotypées. On ne peut pas dire que Marc Mangin s'en démarque, mais son expérience de l'Asie, qu'il sillonne depuis 20 ans, lui a permis de constituer un dossier particulièrement bien fouillé et critique.
1 commentaire
  • Chryst - Inscrit 3 octobre 2008 15 h 26

    Comme des enfants...

    La FQCP a tort de céder aux pressions de ses membres. Leurs demandes ne sont pas toutes légitimes.

    Les règles sur l'usage de l'arbalète devraient être resserrées pour tenir compte du degré de difficulté sur l'utilisation de l'appareil et de la chance de l'animal d'échapper à son prédateur. Toutes les parties y trouveraint ainsi leur compte, la faune également