L'écriture sur le mur

Il est vrai que l'ADQ ne pouvait pas espérer de miracle dans la circonscription de Jean-Talon, mais le résultat de l'élection partielle de lundi dernier ressemble dangereusement à «l'écriture sur le mur» qui annonçait de terribles malheurs dans les temps bibliques.

Dans l'entourage de Mario Dumont, on laisse entendre qu'un résultat supérieur à 10 % aurait constitué une surprise, mais Martin Briand, qui se comparait très avantageusement à la plupart des membres de l'actuelle députation adéquiste, n'a même pas atteint la moitié de l'objectif (4,5 %).

Un statut de ministre constitue sans doute un avantage, mais Philippe Couillard, dont le prestige était très supérieur à celui de son successeur Yves Bolduc, l'avait emporté avec 16 points de moins en mars 2007.

C'est de loin le pire résultat de l'ADQ dans Jean-Talon depuis la création du parti. Aux élections générales de septembre 1994, M. Dumont s'était lancé en campagne sans argent, ni organisation, à la tête d'un parti vieux d'à peine six mois, qui présentait des candidats dans seulement 80 circonscriptions sur 125. Malgré tout, Stéphane Gagnon avait recueilli 7,4 % des voix dans cette forteresse libérale.

Certes, l'ADQ a l'habitude des montagnes russes. Pourtant, d'une élection à l'autre, il y a généralement eu progrès, y compris dans une circonscription aussi difficile que Jean-Talon, où elle avait atteint un sommet de 18,5 % en 2007.

Le résultat de lundi est encore plus mauvais que ceux de mai dernier, quand les candidats adéquistes dans Bourget, Pointe-aux-Trembles et Hull avaient tous «perdu leur dépôt», ce qui signifie aujourd'hui qu'ils n'avaient pas eu droit au remboursement d'une partie de leurs dépenses électorales.

Dans ces conditions, il sera très difficile de recruter des candidats de qualité et, après avoir vu à l'oeuvre les députés élus en 2007, on peut penser que les électeurs scruteront l'équipe adéquiste beaucoup plus attentivement. Martin Briand était un des conseillers de Mario Dumont, tout comme l'était Diane Bellemare, qui s'était sacrifiée dans Pointe-aux-Trembles, mais ce bassin demeure très limité.

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Il y a un an, M. Dumont se voyait déjà premier ministre. Aujourd'hui, les stratèges adéquistes se contenteraient volontiers d'entrer en campagne avec 20 % des intentions de vote. Sinon, le financement risque aussi de devenir cauchemardesque. Sans parler du moral des troupes.

Le dernier sondage Crop-La Presse, dont les résultats ont été publiés hier, crédite l'ADQ de seulement 16 % des intentions de vote dans l'ensemble du Québec, soit deux points de moins que son niveau d'avril 2003, qui lui avait valu quatre députés.

Même dans son château fort de Québec, l'ADQ arrive maintenant au troisième rang. Manifestement, l'ADQ ne profite pas de l'appui donné au Parti conservateur, auquel Crop accorde toujours une avance de 17 points sur le Bloc québécois.

La principale explication est sans doute que 32 % des Québécois voient en Stephen Harper le meilleur premier ministre pour le Canada, alors que seulement 16 % jugent Mario Dumont le plus apte à diriger le Québec.

Depuis un an et demi, ils l'ont vu jouer à l'apprenti sorcier avec les bases de la société québécoise. L'été dernier, après les événements tragiques de Montréal-Nord, le chef de l'ADQ n'a rien trouvé de mieux à proposer que d'adapter le modèle du high school américain à nos écoles secondaires.

Comme à l'automne 2002, quand il avait déclaré à Toronto que la question constitutionnelle ne l'intéressait plus, M. Dumont a également laissé le premier ministre Charest se transformer en champion de la défense des intérêts du Québec au sein de la fédération canadienne, alors que lui-même donnait sa bénédiction aux conservateurs dans l'espoir d'un retour d'ascenseur lors de la prochaine campagne québécoise.

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Le premier ministre Charest se souvient cependant mieux que quiconque de la fulgurante ascension de l'ADQ au début de 2007, alors qu'elle semblait moribonde. À l'époque, personne n'avait prévu l'impact du débat sur les accommodements raisonnables. M. Charest n'a sûrement aucune envie de laisser Mario Dumont lui refaire un coup comme celui-là, alors qu'il pourrait lui régler son compte dès cet automne.

Malgré la résilience qui a caractérisé le chef de l'ADQ depuis quinze ans, il y a des limites à toujours recommencer à zéro. Après être passé si près du but, il est clair qu'il n'accepterait pas de retourner à la case départ. Il est tout aussi douteux que son parti puisse lui survivre.

L'autre question est de savoir comment réagiraient les militants péquistes si leur parti devait se contenter de retrouver son statut d'opposition officielle à l'Assemblée nationale. Passer trois mandats de suite dans l'opposition serait une première depuis cinquante ans pour un parti politique québécois.

Il est remarquable que le PLQ ait récupéré la totalité des voix perdues par l'ADQ dans Jean-Talon. Même si le taux de satisfaction à l'endroit du gouvernement a atteint un sommet de 61 %, on aurait pu s'attendre à ce que le PQ profite au moins partiellement de la débandade adéquiste.

D'autant plus que l'ancienne présidente de la Chambre de commerce de Québec, Françoise Mercure, était une candidate de premier ordre. Avoir réussi à conserver les 30 % obtenus en mars 2007 n'a rien de particulièrement réjouissant dans une circonscription où le PQ en recueillait 45 % dans les années 1990.

Selon Crop, la baisse de l'ADQ profite toutefois au PQ dans la couronne nord et sur la rive sud de Montréal. Autrement dit, le partage des dépouilles adéquistes risque de ramener libéraux et péquistes à leur situation d'avril 2003, quand le PLQ avait remporté 76 sièges et le PQ, 45. On peut penser que M. Charest s'en contenterait volontiers.

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mdavid@ledevoir.com
2 commentaires
  • Réal Ouellet - Inscrit 2 octobre 2008 11 h 15

    L'autonomie

    Le recul de Mario Dumont démontre clairement que l'option de l'autonomie politique pour le Québec n'a pas d'avenir. L'erreur fondamentale de Mario Dumont aura été de ne pas s'en tenir aux rapport Allaire. Et avec ses pitreries politiques,son approche nous apparait maintenant comme une simple manoeuvre de diversion. Mario nous aura fait perdre un temps fou...

  • Roland Berger - Inscrit 2 octobre 2008 17 h 09

    Un nouveau véhicule

    Les nostalgiques du bon vieux temps ont soutenu Mario parce qu'ils pensaient qu'il ramènerait la religion à l'école et remplirait les églises. Déçus, ils s'accrochent maintenant à Stephen Harper, un vrai de vrai défenseur des valeurs judéochrétiennes. La popularité de l'ADQ baisse, celle des conservateurs monte. CQFD
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario