Le mauvais élève

À l'Université de Calgary, où Stephen Harper a déjà brièvement enseigné, la politique sur le plagiat est claire. Il y a délit quand, par exemple, «des portions d'un travail provenant d'une autre source ne font pas référence à l'auteur original». Tout étudiant pris en défaut peut échouer au cours visé et être, en plus, mis «en probation», suspendu ou expulsé de l'institution.

Si le discours de Stephen Harper sur la participation du Canada à la guerre en Irak, livré aux Communes le 20 mars 2003, avait servi de travail universitaire, il lui aurait valu les foudres de son alma mater. Près de la moitié n'est pas de lui. Le texte est l'écho presque parfait du discours fait deux jours plus tôt par le premier ministre australien de l'époque, John Howard, un des plus ardents supporteurs du président américain George W. Bush. Et on ne parle pas de coïncidences. Des paragraphes entiers sont identiques, à la virgule près.

L'affaire a été éventée par les libéraux, mais vérification faite, elle s'avère. Pris de court, les conservateurs ont tenté de la minimiser en disant qu'il s'agissait d'une vieille histoire. Ils ont d'abord refusé de dire qui avait écrit ce discours, préférant accuser les libéraux de vouloir détourner l'attention des problèmes de leur chef.

(On peut sourire. Si les conservateurs avaient découvert la même bavure dans le passé de Stéphane Dion, ils ne se seraient pas privés, eux qui l'ont taillé en pièces pour bien moins que ça. Et si c'est de l'histoire ancienne, comment le Parti conservateur peut-il expliquer sa propension à fouiller dans le passé de ses adversaires pour dénicher des citations embarrassantes, peu importe leur désuétude?)

Ils ont finalement trouvé un coupable en fin de journée, un employé qui a assumé toute la responsabilité et a quitté la campagne sur-le-champ. Une nouvelle reçue avec un certain scepticisme, M. Harper étant reconnu pour garder la main haute sur ses discours.

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Les conservateurs sont sur la défensive, car cette révélation en dit beaucoup sur leur chef. Sur ses qualités de leader et sur sa capacité d'articuler une politique étrangère cohérente et autonome.

Il faut rappeler que c'est le Parti conservateur qui, dès le début de cette campagne, a fait du leadership un enjeu important de l'élection. En prenant cet angle d'attaque, il invitait les citoyens à bien soupeser les forces et les faiblesses des chefs en présence. Dans ce contexte, cette histoire de plagiat garde toute sa pertinence, quoi qu'en dise un porte-parole de M. Harper.

Tous les politiciens se font aider par des adjoints pour rédiger leurs discours, mais ils sont, au bout du compte, responsables de leurs paroles. Et reprendre à son compte la quasi-totalité du discours d'un autre politicien est, peu importe le responsable, de la fumisterie. En refusant d'éclaircir rapidement cette affaire, les conservateurs ont laissé planer un doute sur l'intégrité intellectuelle de leur chef.

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Cette affaire rappelle que si les conservateurs avaient été au pouvoir, le Canada aurait participé à la guerre en Irak. Elle met aussi en relief l'absence de politique étrangère claire de ce gouvernement et renforce le préjugé voulant que M. Harper et ses troupes soient fortement influencés par le gouvernement de George W. Bush et par ses indéfectibles alliés, l'Australie en tête.

Depuis qu'il est au pouvoir, Stephen Harper s'est souvent retrouvé dans le même camp que Washington et Canberra au moment de prendre position dans des forums internationaux. Ce fut le cas lors de négociations sur les changements climatiques. Même chose au moment de l'adoption de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. Seulement quatre pays s'y sont opposés à l'époque: les États-Unis, la Nouvelle-Zélande, l'Australie et le Canada.

Pour prouver leur indépendance, les conservateurs citent toujours en exemple leur défense de la souveraineté canadienne dans l'Arctique. Mais leur politique d'ensemble reste imprécise, au-delà de l'Afghanistan et de bonnes relations avec les États-Unis. «Pour en comprendre les grandes orientations, il faut colliger discours, déclarations, communiqués, notait Stéphane Roussel, de l'UQAM, en mai dernier. C'est comme un puzzle dont il faut réunir les pièces pour avoir une vue d'ensemble. Cela fait en sorte qu'on n'a rien pour en mesurer la cohérence et en comprendre les objectifs à long terme.» Cela n'a pas changé depuis, et surtout pas durant cette campagne.

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mcornellier@ledevoir.com
1 commentaire
  • Yves Archambault - Inscrit 1 octobre 2008 10 h 33

    responsable!

    qui est responsable de ce gâchis... moi l'électeur je dois en prendre la responsabilité harper est mon employé...et je le congédis dès que possible.