Nature: Des réserves fédérales affamées

Dans son dernier rapport, la commissaire fédérale à l'environnement, Johanne Gélinas, notait que les huit réserves fauniques fédérales du Québec se partageaient un famélique budget de 102 000 $ et que les services fédéraux ne consacraient que cinq employés à plein temps à la gestion de la faune et des habitats d'ici.

Au Québec, ajoutait la commissaire à l'environnement, Environnement Canada «n'a pas la capacité de gérer efficacement toutes ses réserves nationales de faune. Par exemple, la RNF du lac Saint François, qui est un site Ramsar (patrimoine planétaire reconnu par l'ONU), a un plan de gestion qui remonte à 1986 et aucun employé fédéral ne travaille sur le site.»


Le délabrement scientifique auquel Environnement Canada accule les gestionnaires de ses propres réserves est renversant. La commissaire fédérale relevait à cet égard que la plupart des plans de gestion des réserves «n'ont pas été actualisés depuis le début ou le milieu des années 80», dont les sites de Long Point et du lac Saint-François. Le ministère fédéral de l'Environnement n'y a effectué aucun inventaire récent, y compris des espèces qui pourraient se révéler en péril, ce qui place le gouvernement fédéral en contravention potentielle de ses engagements internationaux.


La semaine dernière, cette question est venue sur le tapis du Parlement entre deux scandales sur les commandites, qui ont englouti des centaines de millions, dont quelques miettes auraient fait la différence pour les réserves fauniques.


Les Amis de la Réserve du lac Saint-François, qui gèrent un site à proximité de Montréal (14 km de sentiers, visites en canot ou en rabaska), essaient de dégeler un maigre 50 000 $ pour assurer non pas la pérennité du site, mais à tout le moins son fonctionnement à court terme.


Ces bénévoles, qui administrent le site en lieu et place d'Ottawa, sont littéralement contraints de le financer à sa place. En 2001, ils ont quémandé aux municipalités et organismes de la région leur budget de 100 000 $ auquel le fédéral n'a contribué que pour un maigre 16 000 $. Proprement inquiétant quand on pense que les commandites fédérales ont atteint des sommets précisément dans les salons de camping, de chasse et pêche, les soirées faune, etc.


Depuis que les bénévoles s'occupent de la réserve nationale de faune à la place du fédéral, ce dernier a fourni en tout seulement 13,1 % du budget de fonctionnement. Avec un pareil sous-financement, qui n'a d'égal que celui des parcs régionaux par Québec, on comprend que certains directeurs de parcs n'hésitent plus à offrir aux promoteurs la plus belle chute de leur écosystème en échange de quelques dollars...


Les bénévoles, qui ont assuré la survie de la Réserve du lac Saint-François depuis des années, réclament un budget de fonctionnement de 50 000 $ pour compter sur un minimum de personnel et de service. Ils en ont besoin pour chasser les braconniers de cerfs et de sauvagine, les cueilleurs de plantes rares et même les contrebandiers sans effaroucher pour autant les visiteurs...


L'erreur de ces bénévoles a peut-être été, au fond, de réclamer des fonds. Ils doivent proposer une commandite au ministre fédéral de l'Environnement, David Anderson, qui pourrait sûrement vendre plus facilement l'idée à ses collègues si la santé de la faune ne suffit pas...





Droits patrimoniaux de chasse et pêche


L'Ontario est sur le point d'adopter, si ce n'est déjà fait, son projet de loi no 135 qui va reconnaître et enchâsser pour les générations futures le droit de chasser et de pêcher, un droit corollaire à celui de bénéficier d'un environnement sain en y ajoutant de pouvoir participer à ses lois de base par une récolte encadrée par les principes de la conservation.


L'opposition libérale a appuyé ce projet de loi, proposé par l'ex-premier ministre Harris. Mais des sons de cloche discordants sont venus de groupes écologistes dont on n'aurait pas suspecté le côté animaliste, notamment le Sierra Club et ProNature Network. Ces derniers ont prétendu que ce projet de loi équivalait à céder la faune ontarienne au lobby économique de la chasse et de la pêche (2,4 millions d'amateurs et 3,5 milliards dans l'économie) et qu'un tel droit compromettrait la gestion des écosystèmes et de la biodiversité. Les écologistes ontariens, qui craignent comme la peste les politiques du gouvernement conservateur, sont encore, heureusement pour eux, très loin du modèle québécois où la gestion de la faune a été déchaînée de la gestion environnementale, puis rattachée à un ministre économique et pour être en permanence contrôlée par un conseil d'administration où sont représentés les acteurs économiques. Dans l'Ontario réactionnaire de Mike Harris, la gestion de la faune est pourtant demeurée une responsabilité directe de l'État...


Les écologistes ontariens ont été fort démagogiques en assimilant l'enchâssement du droit de chasser et de pêcher à une menace écologique. En Amérique, comme le relevait en 1993 le National Geographic Magazine dans un bilan sur la faune nord-américaine, les espèces chassées sont les seules qui se maintiennent ou qui sont en croissance, grâce aux investissements et aux pressions des chasseurs-pêcheurs qui ont obtenu des programmes et des politiques de protection d'habitats sur une vaste échelle. La nouvelle génération d'écologistes en habits rayés et aux méthodes de lobbyistes et de collecteurs de fonds charismatiques, oublie que les chasseurs ont été les premiers humains à s'intéresser activement au sort des espèces animales et qu'ils investissent depuis plus de sept siècles dans la protection de leurs habitats essentiels. Au lieu de jouer aux dogmatiques...


Mais il est un point où les écologistes ont raison: l'enchâssement législatif du droit de chasser et pêcher, comme activité patrimoniale, fera contrepoids à celui des autochtones. Mais c'est désormais une nécessité qu'une certaine rectitude politique empêche de réaliser. Les chasseurs et pêcheurs sportifs font présentement beaucoup plus restaurer certaines activités traditionnelles comme la chasse à l'arc et la protection des habitats pendant que certains autochtones essaient de justifier des pratiques inacceptables comme la pêche au filet, l'écrémage en camion des grands gibiers des réserves fauniques, la pêche dans les sanctuaires où le poisson est prisonnier, sous le couvert d'activités ancestrales ou traditionnelles.


Il y a ici, au Québec, au moins 1,5 million de chasseurs et pêcheurs qui apprécieraient l'enchâssement législatif des mêmes droits «traditionnels».