L'exemple d'un couple qui peut faire mieux avec un revenu familial de 120 000 $ par année

Je suis abonné au Devoir (c'est mon père qui m'abonne à l'édition du samedi pour me faire lire les bonnes choses...) et je trouve vos avis fort intéressants, surtout lorsqu'il s'agit de finances personnelles.

J'ai 45 ans, 3 enfants (10,8 et 4 ans) et mon épouse, qui a 39 ans, est infirmière. Professionnel dans le secteur du développement économique depuis maintenant 18 ans, je gagne 55 000 $ par année, avec une petite contribution de mon employeur au REER de Desjardins qui s'élève maintenant à 4000 $. J'ai pu contribuer aussi au REER de la BMO à hauteur de 40 000 $ (Fonds d'actions canadiennes, dividendes et allocation de l'actif (45 %), Bons du trésor (50 % — récemment, parce que je trouve le marché trop volatil) et Fonds de ressources (5 %, qui me réjouit ces derniers temps).) Ces contributions se sont surtout réalisées par le biais d'emprunts sur marge de crédit REER remboursés rapidement par le retour d'impôt. J'ai environ 65 000 $ de contributions REER non réalisées, et je me demande comment les utiliser.

Hypothèque de 132 000 $, qui sera remboursée dans 10 ans (valeur résidentielle de 280 000 $), prêt auto (nous n'avons qu'un seul véhicule) et pas de dettes significatives. Mon épouse gagne 65 000 $ et possède environ 25 000 $ de contributions REER BMO placées en Fonds d'actions canadiennes. Son fonds de pension REGOP s'élève à 55 000 $.

Selon le planificateur financier de la BMO rencontré récemment, nous n'aurions qu'à contribuer de 5000 $ par année (soit 2500 $ chacun) à nos REER pour nous assurer une retraite à 65 ans qui produirait un revenu équivalent à deux fois et demie notre seuil de pauvreté, soit environ 65 000 $ de revenu annuel (cette estimation est-elle correcte?).

Vraiment, je ne sais pas quoi penser. J'aimerais être rassuré quant à nos chances d'atteindre cet objectif de retraite. Est-ce que les données présentées sont suffisantes pour évaluer notre situation? Si nous souhaitons améliorer notre situation financière, quelle serait la meilleure stratégie? Comment utiliser les contributions REER qui reste inactives?

Au plaisir de vous lire à ce sujet. J'imagine que notre situation est semblable à celle de nombreuses familles québécoises de la classe dite «moyenne», qui ne souhaitent pas vraiment devenir riches mais espèrent prendre de bonnes décisions pour sauvegarder leurs acquis durement gagnés.

Qu'en pensez-vous ?

Cordialement,

S. C.

Votre banquier est loin du compte. Pouvez-vous croire sincèrement qu'en mettant pendant les dix prochaines années (pour une retraite à 55 ans) 5000 $ de côté par année, vous parviendrez à une retraite aisée? En supposant un rendement après impôt de 4 %, la somme ainsi accumulée totaliserait 60 030 $ à 55 ans. Or, pour prétendre à une retraite aisée à l'âge de 55 ans, l'actif net requis pour un couple s'élève aujourd'hui à près de 744 000 $ après impôt. Cela comprend la valeur de votre maison qui, je suppose, sera entièrement payée lorsque vous serez à la retraite.

Votre actif net actuel après les dettes et impôt (vos REER constituent un actif avant impôt alors que votre résidence principale s'avère un actif après impôt) totalise environ 264 350 $. Cela comprend la valeur des REER (les vôtres et ceux de votre conjointe, desquels j'ai retranché 30 % pour tenir compte de l'impôt), la valeur de votre résidence moins la dette et la valeur actuelle de la rente future qu'obtiendra votre épouse du régime REGOP auquel elle cotise (valeur actuelle après impôt de 70 850 $ à 39 ans; ici, j'ai présumé qu'elle cotisait depuis 15 ans au régime).

L'écart à combler entre l'actif requis pour une retraite aisée à 55 ans de 744 000 $ et votre actif actuel de 264 350 $ s'élève à 479 650 $. Comme vous pouvez le constater, ce n'est pas à coup d'une épargne de 5000 $ par année pendant 10 ans, ni même 15 ans (ce qui porterait le début de votre retraite à 60 ans: dans ce cas, la somme accumulée à un rendement de 4 % l'an, après impôt, serait de 100 120 $) que vous parviendrez à combler l'écart de 479 650 $ qui manque à votre avoir pour prétendre vivre une retraite aisée.

Non. Il vous faudra mettre plus d'efforts que cela. Je dirais même qu'à 45 ans, sans participation à un riche régime de retraite tel que celui de votre épouse, vous accusez un sérieux retard sur l'objectif de retraite désiré. Heureusement, vous êtes deux à travailler et vous pouvez compter sur l'apport non négligeable du régime de retraite de votre conjointe pour générer une part des revenus requis à la retraite pour vivre à 2,5 fois votre seuil de pauvreté.

Mais, au-delà de l'apport de ce riche régime, il vous faut fournir pour les 15 prochaines années un effort plus important à l'épargne. D'emblée, dois-je vous dire, avec un revenu familial annuel de 120 000 $, vous êtes au-dessus du revenu moyen de la classe moyenne. Et j'estime que vous devriez être capables d'épargner ensemble 1 % de votre revenu familial d'ici à ce que vous preniez votre retraite (dans votre cas, à 60 ans environ). Cela implique que vous puissiez mettre de côté, bon an mal an, 18 000 $ de votre revenu familial. Cette épargne devra en priorité être canalisée dans les REER. Vu que votre conjointe participe à une riche caisse de retraite, ses cotisations annuelles permises au REER sont probablement fortement limitées par son facteur d'équivalence. Aussi, une fois les cotisations permises au REER effectuées, une part non négligeable de votre épargne viendra meubler votre portefeuille hors REER. À cette part de l'épargne s'ajoutera les reports d'impôt résultant de vos cotisations annuelles au REER, reports que vous prendrez soin d'épargner et non de dépenser.

Mais, au-delà de l'apport de ce riche régime, il vous faut fournir pour les 15 prochaines années un effort plus important à l'épargne. D'emblée, dois-je vous dire, avec un revenu familial annuel de 120 000 $, vous êtes au-dessus du revenu moyen de la classe moyenne. Et j'estime que vous devriez être capables d'épargner ensemble 1 % de votre revenu familial d'ici à ce que vous preniez votre retraite (dans votre cas, à 60 ans environ). Cela implique que vous puissiez mettre de côté, bon an mal an, 18 000 $ de votre revenu familial. Cette épargne devra en priorité être canalisée dans les REER. Vu que votre conjointe participe à une riche caisse de retraite, ses cotisations annuelles permises au REER sont probablement fortement limitées par son facteur d'équivalence. Aussi, une fois les cotisations permises au REER effectuées, une part non négligeable de votre épargne viendra meubler votre portefeuille hors REER. À cette part de l'épargne s'ajoutera les reports d'impôt résultant de vos cotisations annuelles au REER, reports que vous prendrez soin d'épargner et non de dépenser.

Dans votre lettre, vous dites disposer de droits de cotisation accumulées au REER de 65 000 $. Je crois que recourir à l'emprunt pour vous prévaloir en partie de ces droits de cotisation se justifie. Vous verrez alors à utiliser les reports d'impôt résultant de ces cotisations pour rembourser la dette contractée. Le reste de la dette, vous la rembourserez le plus rapidement possible, à même votre épargne annuelle. Vous devrez doser l'utilisation des droits de cotisation de sorte que ceux-ci soient déduits contre les tranches de revenus imposés à un taux marginal de 30 % et plus.

Selon le plan d'épargne proposé ci-dessus, dans 15 ans (vous aurez alors 60 ans et votre épouse 54 ans), votre avoir net totalisera près de 1,2 millions et il se composera environ comme suit: un portefeuille hors REER de près de 264 000 $, de REER d'une valeur de 542 000 $ (379 000 $ après impôt), d'une maison payée d'une valeur marchande de 405 000 $ (je suppose ici un taux d'inflation annuel moyen de 2,5 %) et d'une rente (celle de votre épouse qui cotise au REGOP) d'une valeur actuelle après impôt de près de 205 000 $.

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Courriel: cchiasson@proplacement.qc.ca

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