Et si on retournait en arrière ?

Avec cette « psychose alimentaire », il ne faudrait pas que le geste de manger devienne un acte de bravoure dicté par notre seul instinct de survie.
Photo: Avec cette « psychose alimentaire », il ne faudrait pas que le geste de manger devienne un acte de bravoure dicté par notre seul instinct de survie.

C'est parti! Cette fois, la psychose est bien installée chez les consommateurs québécois et les artisans qui, encore une fois, sont soumis à rude épreuve. Ne pas chercher de coupable serait peut-être l'idéal. Au contraire, une chaîne de solidarité devrait se mettre en marche pour soutenir commerçants, artisans et producteurs, grandement affectés par la crise de la listériose partout au pays.

Comme nous le disions précédemment, les listéria, salmonelles et autres bactéries vivantes vouées à l'alimentation ne sont pas près de disparaître. On peut seulement contrôler leurs terrains de jeux et éviter qu'elles ne s'attaquent directement au secteur de la fabrication et de la transformation alimentaire. L'épandage de lisier ou encore de fumier composté est à lui seul porteur de bactéries. Il n'empêche pas pour autant la consommation de végétaux. Les pesticides ou les engrais chimiques peuvent eux aussi devenir aussi dangereux s'ils sont mal utilisés.

Et après tout cela, que va-t-il se passer? Heureusement, les élections fédérales déplacent l'attention des consommateurs vers d'autres questions tout aussi embarrassantes. Nos milieux de vie sont déjà passablement aseptisés et le risque zéro en matière alimentaire n'existe pas. Devons-nous pour autant songer à dire adieu aux fromages de lait cru, aux jambons de Parme, de Bayonne ou encore de Serrano, en Espagne? Devons-nous renoncer un jour à l'unique poulet de Bresse, au foie gras de canard, au saucisson de Lyon ou de Charlevoix? Devons-nous consommer des aliments irradiés, aseptisés, fabriqués dans les endroits où tout est contrôlé? Si oui, serions-nous en meilleure santé et à l'abri des risques?

Les chercheurs et les intervenants du milieu ne s'entendent guère et agissent en fonction de leur culture et de leurs origines. Je le répète, pas question de négliger le côté hygiène et contrôle de la qualité et de la salubrité, mais l'origine de notre alimentation influe de façon significative sur le résultat final.

Il ne faudrait pas que le geste de manger devienne un acte de bravoure dicté par notre seul instinct de survie. Pour ma part, je continuerai plus que jamais à encourager les producteurs de fromages fins du Québec et à consommer ces produits par plaisir. En quelques années, ils ont su rivaliser avec les meilleurs fromages du monde entier et sont devenus la fierté du secteur agroalimentaire d'ici.

Cette crise devrait au contraire solidariser les consommateurs et le secteur rural. Imaginez un instant combien la fromagerie de Saint-Gédéon, au Lac-Saint-Jean, doit vivre des moments difficiles. Des années de travail viennent en un rien de temps de basculer dans le néant. Normand Côté et ses employés devraient avoir l'appui de tous et espérer que tout finisse bien plutôt que de devenir des parias.

Souvenez-vous, il y a quelques années, de la crise similaire qui a frappé la commercialisation des moules. Il aura fallu plusieurs mois, voire plusieurs années pour contrer l'effet négatif qu'a eu cette crise chez les consommateurs avant qu'on ne relance l'industrie de la mytiliculture. Même chose pour la grippe aviaire et la grande peur suscitée par les organismes concernés.

D'aucuns, comme Alain Dansereau de la ferme d'élevage L'oie Naudière, dans Lanaudière, ont été forcés d'accrocher leurs patins et d'abandonner l'excellent travail relié à la qualité de leurs produits uniques. Ils n'ont pu produire la quantité de volatiles nécessaires à la rentabilité, tout cela en raison d'un rigoureux cahier des charges qui oblige à faire sortir les volailles. Depuis, ils sont contraints de travailler pour d'autres et d'oublier le foie gras d'oie produit au Québec. Toutes ces petites industries témoignent de la fragilité des commerces et de cet artisanat local qui affine l'identité alimentaire d'un pays, d'une région ou d'une nation.

Et si nous retournions en arrière et nous mettions à consommer des fraises durant la saison chaude, à manger du poulet fermier, du poisson le vendredi, des oranges à Noël? Non, vivons notre époque. Mais qui va payer pour tout cela? On tarde à répondre et les compagnies d'assurances se font tirer l'oreille. On déclare une zone sinistrée après une inondation, une tornade ou un ouragan. Eh bien, cette fois, la situation est tout aussi grave et il est temps de faire preuve de solidarité à l'égard de nos artisans, sans se contenter de bons mots.

Philippe Mollé est conseiller en alimentation. On peut l'entendre tous les samedis matins à l'émission de Joël Le Bigot, Samedi et rien d'autre.

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Recette de la semaine

Tarte cuite au fromage et bleuets

Pour 6 personnes

- 1 boîte de 500 g de mascarpone

- 500 ml de yogourt nature

- 250 g de sucre d'érable

- 60 ml de crème 10 %

- 3 oeufs entiers

- 2 casseaux de bleuets

- 1 fond de tarte non cuit de

8 po de diamètre

Dans un saladier ou au robot, mélangez le mascarpone avec le sucre, le yogourt et la crème. Ajoutez les oeufs entiers. Garnissez l'intérieur de la pâte du mélange et cuisez au four à 325 degrés durant 30 minutes environ. Laissez refroidir et garnissez le dessus avec les bleuets.

On peut aussi glacer le tout avec un nappage à l'abricot.

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Biblioscopie

La bible des conserves

Louise Rivard

Éditions Modus vivendi, 255 pages

On ne fait plus les conserves comme nos grands-mères. De nos jours, on s'assure, comme le fait Mme Rivard, de conditions sécuritaires et de matériel adéquat. De merveilleux moments à passer en famille pour préparer l'automne et l'hiver. Pas moins de 200 idées de conserves qui mettent en avant les producteurs locaux.

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