Sarkozy-McCain: même combat?

La seule façon de conserver la Maison-Blanche serait de choisir un candidat capable de faire campagne contre George W. Bush. Voilà à quelques mots près ce que déclarait, il y a un an exactement, l'ancien président républicain de la Chambre des représentants, Newt Gingrich. Et il ajoutait: «À l'instar de Nicolas Sarkozy»!

Ne cherchez pas. Le modèle de John McCain, qui remonte dans les sondages depuis la nomination de Sarah Palin, est tout trouvé. Il se nomme Nicolas Sarkozy! L'appel au changement lancé à la convention républicaine, l'image de rebelle savamment cultivée, cette identification à la classe moyenne et aux vedettes populaires un peu ringardes, tout cela n'évoque-t-il pas la campagne menée sur le thème de la «rupture» par le candidat de la droite française à la dernière élection présidentielle?

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Il faut croire que les conservateurs américains, pourtant peu francophiles, ont tiré toutes les leçons de ce qui s'est passé en France. Le défi de John McCain est en effet le même que celui qu'a brillamment relevé Nicolas Sarkozy: poser en candidat du changement alors même que son parti a été au pouvoir pendant deux mandats consécutifs. La côte était d'autant plus difficile à remonter pour Sarkozy que, contrairement à McCain, il avait été le ministre le plus influent des deux derniers gouvernements de Jacques Chirac.

Convaincus qu'ils affronteraient Hillary Clinton, les stratèges républicains n'ont jamais caché leur admiration pour celui qui a fait mordre la poussière à une autre femme: Ségolène Royal. «Sarkozy est formidable», s'exclamait le futur candidat malheureux des primaires républicaines, Mitt Romney. Lui qui avait pourtant accusé Hillary Clinton de vouloir abaisser les États-Unis au niveau de la... France. Selon McCain, Sarkozy n'est-il pas «le Français le plus pro-américain depuis Lafayette»?

Le principal conseiller diplomatique de Sarkozy, l'ancien ambassadeur à Washington Jean-David Levitte, connaît bien McCain qu'il a croisé sur les plateaux de télévision et qu'il a recruté discrètement en 2006 (avec le démocrate Joe Biden) dans son French Caucus, un groupe d'amitié destiné à contrer le «French bashing». Au printemps 2007, Levitte invite à Paris les stratèges républicains et démocrates qui s'intéressent tout particulièrement à la campagne de Sarkozy. C'est grâce à Levitte si McCain et Sarkozy se sont rencontrés à au moins deux reprises. McCain avait en effet été reçu à l'Élysée avant la visite très médiatisée de Barack Obama à Paris cet été. Détail significatif, c'est le banquier italo-américain Robert Agostinelli, un ami des Sarkozy qui a contribué à la campagne de Rudolph Giuliani, qui a payé une partie de la location de la villa américaine de Wolfeboro, où les Sarkozy ont passé leurs vacances après l'élection de 2007.

On ne se surprendra pas que John McCain ait fait cette semaine l'éloge de l'énergie nucléaire française tout en se vantant de vouloir «imiter les Français». Mais la politique est ingrate. En juillet, Nicolas Sarkozy n'a pas résisté à la tentation de s'afficher avec Barack Obama lors de son passage à Paris. Contrairement au premier ministre britannique, Gordon Brown, pourtant de la même famille politique qu'Obama, Sarkozy a organisé une conférence de presse commune. «Obama? C'est mon copain!», a-t-il déclaré à la presse comme s'il s'agissait de Johnny Hallyday. Une déclaration dont les stratèges démocrates se seraient probablement passés. Le président français sait quant à lui que 80 % des Français soutiennent Obama.

Ce ne serait pas la première fois que les responsables politiques français sont de gauche à l'étranger et de droite sur leurs terres. Notons que les positions libérales de McCain en matière d'immigration doivent déplaire souverainement au président français. En coulisse, les dirigeants européens ne partagent pas tous l'enthousiasme apparent de Sarkozy à l'égard d'Obama. Plusieurs redoutent le prestige dont jouirait un président démocrate. Ce qui lui permettrait d'exiger des Européens un effort militaire supplémentaire en Afghanistan. Il serait plus facile de dire non à John McCain, même si ce dernier est depuis longtemps partisan d'une véritable alliance avec l'Europe.

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Le parallèle entre les présidentielles américaine et française ne s'arrête pas là. La montagne de critiques qui s'est abattue depuis deux semaines sur Sarah Palin rappelle étrangement le refrain qui avait accompagné l'annonce de la candidature de la socialiste Ségolène Royal. Il faut croire que rien ne ressemble plus à un éléphant français qu'un dinosaure américain. Les vierges éplorées qui se demandent comment Sarah Palin fera pour s'occuper de ses enfants quand elle sera vice-présidente font penser à l'ancien premier ministre Laurent Fabius. En apprenant la candidature de Ségolène Royal, ne s'était-il pas exclamé lui aussi: «Mais qui s'occupera des enfants?» Au grand dam des élites parisiennes, la présidente du conseil régional de Poitou-Charentes avait elle aussi le défaut d'avoir une famille nombreuse. Tout comme la hockey mom de Wasilla.

On se gausse aujourd'hui de l'Alaska comme hier du Poitou-Charentes. Et l'on s'étonne d'entendre dans la bouche de certaines féministes des couplets que les politiciens machos n'osent plus entonner en public. Gaffeuse, incompétente, provinciale et mère dénaturée, le refrain est exactement le même. À la nuance près que Ségolène Royal n'a pas poussé l'hérésie jusqu'à élever un enfant trisomique. Cette palme revient plutôt à... Charles de Gaulle, qui avait d'ailleurs entouré sa fille Anne d'une grande affection.

Ces critiques ne parviennent pourtant pas à faire oublier que le discours de la gouverneure de l'Alaska à la convention républicaine était l'un des meilleurs entendus jusqu'ici — avec celui d'Obama une semaine plus tôt. Cela ne présume évidemment pas des performances futures de la candidate. Faut-il en conclure que la gauche n'a plus le monopole du féminisme? Hillary Clinton le savait, elle qui avait félicité les républicains pour cette «nomination historique».

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