La mobilisation est nécessaire

Je ne peux pas m'empêcher de penser qu'heureusement que la campagne électorale canadienne ne dure pas 20 mois comme celle des Américains, car, alors, il faudrait compter nos morts à la fin de l'exercice. Trente-cinq jours, ce sera bien suffisant pour les fientes de volatile et les mensonges, le «pétage» de bretelles et les remords, les condamnations et les mises à mort. Au fond, c'est le 14 octobre que ça va se passer. Il suffirait alors d'aller voter, et notre devoir de citoyen serait rempli. Le problème, c'est de savoir où mettre sa croix pour ne pas avoir à la porter pendant quatre ans.

Ma grand-mère avait l'habitude de dire: «Si tu veux récolter du blé, ne sèmes pas du maïs.» J'ai beaucoup repensé à elle depuis quelques jours en regardant aller nos politiciens. J'ai l'impression que le Québec a de sérieuses questions à se poser en face des politiciens qui le courtisent.

Certains ont dit que Stephen Harper était un dictateur. Je crois que c'est exagéré. Il est vrai aussi qu'il a de fortes tendances à gouverner dans le secret, tassant sans état d'âme les journalistes qu'il trouve si encombrants et à qui il ne fait pas confiance pour porter son précieux message à la population. Il fuit les intellectuels et il vient encore récemment de faire la démonstration qu'il n'entend rien à la culture, lui qui considère le Stampede de Calgary comme un événement culturel. Nous savons qu'il n'aime pas les livres, ni le théâtre, ni la danse, ni même le cinéma.

Il a mis de côté le protocole de Kyoto pour ne pas se mettre à dos les compagnies pétrolières de l'Alberta. Il a beau jouer les bons pères de famille pour les besoins de sa publicité électorale, il nous a laissé l'image d'un père qui serra la main de ses enfants — «Bonjour monsieur, bonjour madame!» — en les accompagnant à l'école plutôt que de les embrasser.

Il est plus pro-vie que pro-choix et il a réduit les ressources des groupes qui veillaient à la défense des droits des femmes. Il veut envoyer les contrevenants ados en prison avec les adultes et il veut agrandir les prisons. Il est contre le mariage gai. Mais surtout, surtout, il nous a plongés dans la guerre en Afghanistan pour ne pas déplaire à George W. Bush. Un dictateur? Non, pas encore. Mais de la graine de dictateur? Ma grand-mère aurait dit: «Si tu ne veux pas récolter la dictature, ne sème pas de graine de dictateur.»

Heureusement, me direz-vous, il y a trois autres choix pour le Québec. Stéphane Dion, digne chef du Parti libéral, sans mettre les pieds à l'Oratoire Saint-Joseph, a été frappé par la grâce. Un miracle s'est opéré sous nos yeux. Stéphane Dion est devenu nationaliste! Si ce n'est pas un authentique miracle, je vous demande ce que c'est. Ne dites pas de l'opportunisme, ce serait tellement méchant.

Stéphane Dion est certainement sincère quand il dit qu'il est aussi nationaliste que Gilles Duceppe. Pourquoi aurions-nous des raisons d'en douter? Bien sûr, il a souvent été dur avec le Québec, mais par chez nous, n'affirme-t-on pas que «qui aime bien châtie bien»? C'est évident qu'il nous aime beaucoup parce qu'il n'a jamais raté une occasion de nous donner une raclée et de nous rapetisser. C'est surtout vrai que sans le vote des Québécois, il ne sera jamais premier ministre de ce pays auquel il tient tant, le Canada, mais il ne sera plus chef de parti non plus. C'est à nous de décider.

S'il y a encore des Québécois capables de voter libéral après le scandale des commandites, alors que tout le monde sait que les vrais coupables n'ont pas encore été punis, je leur souhaite bonne chance.

Jack Layton est sûrement ce qu'il est convenu d'appeler un bon gars. Il se veut près du peuple, conscient des enjeux environnementaux et plein de bonne volonté. Il voudrait tant percer au Québec. Le problème, c'est qu'il nous est aussi étranger que s'il venait de la Lune.

Il reste Gilles Duceppe. Cet homme qui sait qu'il ne sera jamais premier ministre et à qui l'on ne cesse jamais de le rappeler. Le Bloc québécois ne prendra jamais le pouvoir. On le répète dans le but de décourager ceux et celles qui vont voter pour les candidats du Bloc.

Comme si le fait de faire de la résistance face aux trois autres partis, au nom du Québec, était une perte de temps. On ne peut pas dire que Duceppe le fait par goût du pouvoir, il n'en aura pas plus cette fois-ci que les autres fois. On ne peut pas dire qu'il mène une campagne d'ambition personnelle non plus. Il pourrait prendre une retraite bien méritée. C'est au fond le seul candidat qui n'a rien à y gagner personnellement. Se pourrait-il qu'il le fasse pour nous? Pour empêcher Harper de devenir majoritaire et de plus en plus dictateur ou pour empêcher Dion de perdre sa foi nationaliste si jeune et si fragile?

Les hommes sont différents. Les idées aussi. Il faut voter librement, mais pas à la légère. L'enjeu est trop important.

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