Vie aquatique en déclin

Selon une étude nord-américaine publiée dans la revue Fisheries, près de 40 % des espèces de poissons des eaux de l'Amérique du Nord sont menacées à des divers degrés par les interventions abusives des humains dans leur habitat.

Cette étude a été réalisée par des chercheurs des États-Unis, du Canada et du Mexique, en collaboration avec le US Geological Survey (USGS). Elle a porté tant sur les poissons continentaux que sur les migrateurs (anadromes).

Plus de 60 espèces ont disparu du continent, selon cette recension, et 280 sont jugées en danger d'extinction alors que 230 autres sont jugées vulnérables ou en déclin. En tout, plus de 700 espèces ont été répertoriées et évaluées à partir des données disponibles dans les différents services fauniques du continent. Globalement, si on compare les résultats de cet inventaire avec le précédent, réalisé en 1989, le nombre d'espèces menacées a augmenté en Amérique du Nord de 92% en 20 ans, un chiffre effarant qui démontre factuellement, et non à partir de prémisses idéologiques, la gravité du laxisme des gouvernements — municipal, provincial et fédéral — en matière de conservation et de protection de l'environnement.

L'étude en question indique par ailleurs que ce sont les salmonidés, les truites et les saumons principalement, qui sont les plus menacés à terme, surtout avec le réchauffement du climat et des eaux, une situation sans issue pour cette espèce exigeante en eaux fraîches et en oxygène. Selon l'inventaire publié par Fisheries, plus de 60 % des salmonidés sont dans une situation précaire ou problématique.

Mais on aurait tort de croire que les poissons généralement moins prisés des pêcheurs, comme les meuniers, les carpes, les barbottes et les ménés de toute sorte, s'en tirent mieux même si généralement leur tolérance et leur capacité d'adaptation sont plus grandes. Au contraire, plusieurs membres de ces différentes familles sont menacées par la destruction systématique de leur habitat par la détérioration des rives, par la pollution et par ces remblayages trop facilement tolérés par des fonctionnaires et des politiciens irresponsables. Même le bar rayé, une espèce sportive parmi les plus prisée aux États-Unis et que la Fédération des chasseurs et pêcheurs du Québec tente de réimplanter dans le fleuve, se trouve sur la liste des espèces en déclin.

Une des grandes causes de la disparition des espèces est l'artificialisation des cours d'eau et les empiétements multiples que tous les niveaux de gouvernements tolèrent et autorisent en prétextant chaque fois que c'est une exception mais que la politique de conservation générale continue de s'appliquer. Vous verrez que c'est ce qu'on dira quand on voudra agrandir bientôt le port de Montréal dans une zone de milieux humides, comme Contrecoeur.

On ne réalise pas à quel point l'implantation des villes de chaque côté des embouchures de rivières a atrophié dans le passé la vitalité de nos eaux, car il s'agit de milieux de reproduction et d'alevinage exceptionnels: de véritables bastions de la vie aquatique. Les premiers établissements humains y avaient peu d'impacts. Mais ce n'est plus le cas des villes d'aujourd'hui, où les promoteurs ont remblayé les prolifiques frayères et milieux humides, ce qui nous assure aujourd'hui de magnifiques inondations.

Un biologiste de renom m'expliquait récemment une chose que je n'avais jamais réalisée et qui contribue au déclin de nos espèces fluviales, qui ont perdu de 70 à 90 % de leurs effectifs dans certains cas, si on se fie au bilan historique dressé par l'Aquarium de Québec.

Le chenal maritime du Saint-Laurent — de 11 mètres de profondeur par 200 mètres de largeur — avale littéralement jusqu'à la moitié du débit fluvial en été. Cela s'explique par le fait que le fleuve est très peu profond, soit de deux à trois mètres en moyenne. Or des relevés biologiques préliminaires indiquent qu'il n'y aurait pratiquement aucune vie aquatique dans cette section du fleuve, pas plus en réalité que si cet autoroute maritime était faite de béton! Des travaux majeurs d'inventaire sont en cours pour vérifier cette hypothèse scientifique.

Or, si tel devait être le cas, cela voudrait dire que la moitié de l'eau du Saint-Laurent sont des eaux aussi stériles d'un point de vue biologique qu'une piscine à Laval, le chlore en moins mais d'autres molécules en plus... En plus d'avoir atrophié la dynamique des courants en ralentissant la vitesse de l'eau en rives, ce qui explique qu'elles ne se nettoient plus au rythme d'avant aux dépens des frayères, la ponction des eaux avalées par le chenal invisible équivaudrait, somme toute, à une dérivation de la moitié du débit fluvial à certains moments de l'année!

Si un promoteur envisageait aujourd'hui de détourner la moitié du débit fluvial, on imagine le tollé. Mais on ne réalise pas que c'est déjà un peu cela avec l'autoroute à gros navires, que certains rêvent d'agrandir pour faire passer les Panamax géants devant Montréal, au détriment de l'activité économique de notre port et pour le plus grand profit de ceux des Grands Lacs.

Arc et arbalète

La décision de Québec d'autoriser cette année la chasse à l'arbalète «mur à mur» pendant la saison de chasse à l'arc, même si c'est une arme plus apparentée aux armes à feu par sa puissance et sa capacité de retenir son énergie, provoque bien des remous, y compris chez les arbalétriers.

Parce que les arbalétriers vont augmenter la récolte durant la traditionnelle chasse à l'arc, Québec a réduit les quotas d'orignaux femelles disponibles dans les zecs. Les arbalétriers qui rêvaient de pouvoir chasser les femelles avec cette quasi-carabine sont frustrés d'avoir acheté ces engins très dispendieux sans pouvoir finalement jouir du privilège dont on prive maintenant les archers pour leur faire de la place.

La situation est semblable dans les zones de chasse, où les densités de cerfs de Virginie sont moins élevées. Québec y a interdit l'abattage des femelles et des faons, que les archers pouvaient abattre en raison de la difficulté inhérente à cet art. Cette nouvelle loi du mâle imposée aux archers et aux arbalétriers de plusieurs régions vise à éviter une augmentation abusive de la récolte. Résultat: les archers sont frustrés et plusieurs de ma connaissance ont décidé d'aller dépenser leur argent aux États-Unis, où on est encore capable de faire la différence entre un arc et une arbalète. Quant aux arbalétriers, qui rêvaient d'avoir accès eux aussi aux femelles et aux faons dans certaines régions, comme Lanaudière, certains songent à intenter un recours collectif contre Québec, qui les a incités à se doter d'engins de 500 $ et plus pour se retrouver à la chasse aux mâles, comme durant la chasse à la carabine...

Nouveau développement dans cette affaire: plusieurs zecs, qui veulent sortir les arbalétriers du bois pendant la chasse à l'arc, se disent floués par Québec, qui refuserait d'inscrire «les effets pervers de l'arbalète» à l'ordre du jour de la Table nationale sur la faune. Selon les zecs, les fonctionnaires ont scrupuleusement omis de présenter les verdicts des organismes régionaux qui ne veulent pas voir cet engin autorisé durant la saison réservée aux archers. Selon un document distribué par la fédération des gestionnaires de zecs, la décision de Québec de «contaminer» la saison de chasse à l'arc par l'arbalète a été prise pour des «considérations strictement économiques» et parce que Québec était «pressé de se défaire de ses arches faux handicapés» qu'il récompense aujourd'hui pour avoir produit de faux certificats médicaux ou de complaisance. Mais faut-il s'en surprendre dans une province qui légalise depuis 30 ans les remblayages illégaux en invitant les contrevenants à faire une demande en règle d'autorisation qu'on s'empresse de signer par la suite?
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Lecture: Le mur végétal, de la nature à la ville, de Patrick Blanc, Éditions Michel Lafon, 192 pages. L'auteur a construit des murs verts partout dans le monde en utilisant ces plantes qui se multiplient sur les faces rocheuses des montagnes. Il a même mis au point une technique qui les empêche de miner progressivement le mur d'une maison. Si construire un toit végétal est dispendieux et souvent impossible faute d'une structure portante adéquate, le mur végétal est un moyen beaucoup plus aisé de climatiser naturellement et d'embellir une maison, de réduire sa facture d'énergie en plus de verdir la ville et de l'oxygéner. Certes, il faudra adapter tout cela au climat québécois, mais il y a tellement de bons patenteux ici...

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