Festival international du film de Toronto - Histoire de croiser de Palma...

Agnès Varda s’est prêtée au jeu des photographes, sur une plage, lors du dernier Festival international du film de Venise, il y a quelques jours à peine.
Photo: Agence France-Presse (photo) Agnès Varda s’est prêtée au jeu des photographes, sur une plage, lors du dernier Festival international du film de Venise, il y a quelques jours à peine.

Toronto — Ce festival, c'est la perpétuelle frénésie. Tout le gratin accompagne les films: cinéastes et acteurs. Mais le culte de la vedette finit par enterrer les oeuvres de toutes origines, pourtant bel et bien programmées. Même les journaux dits sérieux succombent au star système. Rançon du succès de ce rendez-vous, masqué par ses paillettes, dont le nom se confond de plus en plus avec elles. Du moins chacun est-il vraiment là, côté création et côté industrie. Même le cinéaste américain Brian de Palma, qui s'était fait porter pâle au Festival des films du monde, soudain ravigoté, vient y nourrir sa cinéphilie. Il ne pouvait rater Toronto, que voulez-vous...

Le public fidèle est également de la fête. Il paie ses billets fort cher (25 $ l'entrée), ce public-là. La billetterie finance en partie le futur Centre cinématographique et quartier général du TIFF, qui ouvrira dans deux ans. C'est comme les cotes de la Bourse. La popularité d'un produit détermine sa valeur.

Instinct de mort

Hier, on avait hâte de voir Instinct de mort de Jean-François Richet, première partie de la coproduction France-Québec inspiré de la vie (et de l'autobiographie) du gangster Jacques Mesrine. L'action se déroule en France, en Algérie, en Espagne et au Québec, car l'ennemi public numéro un et as de l'évasion a commis plusieurs de ses hauts faits chez nous entre 1969 et 1972. Vincent Cassel joue Mesrine, Depardieu, son parrain, Cécile de France, sa petite amie. Et Roy Dupuis incarne son copain québécois de galère.

Hélas! Cet Instinct de mort est très mauvais. Tourné comme un téléfilm, sans langage cinématographique identifiable, dirigé d'une main lourde et non inspirée, pétri de clichés de polar à trois sous. On voudrait en réchapper quelque chose, mais... Cassel en rajoute, Depardieu nous ennuie, on a rarement vu Cécile de France aussi pitoyable, Roy Dupuis cherche à définir son personnage, sans trouver ses marques. Tout est à l'avenant.

Après s'être tapé la première partie, quelqu'un ira-t-il voir ensuite le volet 2? Rien n'est moins sûr.

On efface et on recommence...

Rencontre avec Agnès Varda

Une chance qu'une grande dame du cinéma français est dans les parages: Agnès Varda. Elle présente son merveilleux film autobiographique Les Plages d'Agnès, au regard ludique de jeunesse éternelle. Un fil directeur: les plages qui ont jalonné sa vie: celles de Noirmoutier, de Venice, à Los Angeles, etc. La Pointe courte, son premier film, précurseur de la Nouvelle Vague, en 1954, est également au programme de Toronto.

À 80 ans bien sonnés, tout en chaleur et en sincérité, la cinéaste demeure en exploration constante, alerte, généreuse, tournée vers les nouvelles technologies, ces caméras numériques de souplesse qui lui permettent de mieux se coller à la réalité. «À quoi bon penser à mes hanches douloureuses? demande-t-elle. Quand vous aimez la vie, vous ne posez pas vos conditions.»

Dans la lignée des Glaneurs et de la Glaneuse, puis de Deux ans après, mais en beaucoup plus intime, Vardam à travers Les Plages d'Agnès, déroule le fil de sa vie. Le sentiment que sa mémoire flanche a donné envie à l'octogénaire de revoir son parcours, de le réinventer aussi à sa manière.

Agnès Varda s'amuse avec des allégories, des fragments de passé recréés. Elle dit voir Les Plages d'Agnès comme un puzzle, une mosaïque, y entremêle des bouts de ses films, échos des moments clés de son existence. Les miroirs semés sur le sable au début du film sont à la fois un jeu et le reflet de sa propre équipe technique. «Le vent dans cette scène est capital, me dit-elle. En soufflant sur mon foulard, il révèle à quel point je veux être vue et voilée à la fois.»

Elle se décrit comme une femme libre, et ce, depuis toujours. «Je n'ai pas étudié le cinéma, étant d'abord photographe, ni suivi de canevas dans mes films, même pas celui du Dogme. Je me suis amusée avec de merveilleux jouets.»

«Dans Les Glaneurs, les gens ramassent ce qui a été abandonné et perdu. Les Plages me permettent plutôt de picorer, comme un oiseau qui vient, qui débusque. Alors que Les Glaneurs portaient sur un sujet plus vaste que moi-même — la consommation, le gaspillage —, ici, le sujet demeure le petit moi. Mais à travers ce moi, je revois des gens, des lieux, des époques. Ma vie n'est en fait qu'un prétexte pour dire beaucoup plus. Comme ce moment où Harrison Ford débutant, pressenti pour jouer dans un film de mon mari, Jacques Demy, se fait dire par un grand Studio qu'il n'a pas d'avenir comme acteur... »

La grande cinéaste de Cléo de 5

à 7 et de Sans toit ni loi ne réalise plus de fictions, plutôt des documentaires collages ou des installations-performances qui la gardent à l'écoute des autres. «J'aime tellement ce que les gens m'apportent, dit-elle. C'est leur réalité qui me nourrit.»

Coup de coeur

Vrai coup de coeur: Tulpan de Sergey Dvortsevoy avait été présenté en mai à Cannes, dans la section Un certain regard. Il fut tourné dans une steppe du Kazakhstan, au milieu de nulle part, là où seuls des bergers installent leurs yourtes. L'équipe du film a vécu comme eux.

Ce contact avec la vie des steppes, la force des décors infinis, un scénario brillant et drôle, une caméra au corps à corps font de Tulpan un film qui cloue le spectateur sur sa chaise. Avec des yourtes de bergers, un marin retourné dans sa steppe qui hurle à l'amour, et toutes sortes de personnages à lubies, Tulpan s'appuie sur un humour souverain, mais aussi sur les rapports des hommes avec leurs bêtes. La scène la plus magistrale est l'accouchement frontal d'une brebis en difficulté par l'acteur principal, aussi désemparé que le personnage de marin déboussolé qu'il incarne.

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Je quitte Toronto. Ça continuera sans moi jusqu'au 13 octobre.

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